Nouvelle écrite dans le cadre d’un appel à texte sur le thème « libertins », avec l’obligation de ne pas dépasser les 500 mots

Ange déchu

 

Elizabeth salua le videur à l’entrée de « l’ange déchu » et poussa la porte. Comme tous les vendredis, le club organisait une soirée « libertine ». C’était son terrain de chasse favori.

La piste centrale grouillait. Les corps se frôlaient, se touchaient, au rythme d’une musique électro dont les basses pulsaient dans la poitrine d’Elizabeth. Elle se mêla un instant aux danseurs, savourant l’extase du battement sourd des haut-parleurs et le frémissement des chairs pressées contre elle. Parfums musqués ou ambrés, yeux avides de nouvelles sensations, tailles corsetées, cous sévèrement sanglés dans des harnais de cuir.

Rassasiée d’odeurs, elle quitta la piste de danse pour s’aventurer dans les alcôves réparties autour, en quête d’une nourriture plus consistante. Des regards alanguis s’attardèrent sur sa silhouette parfaite, gainée dans une courte robe de latex. Ses chaussures vertigineuses aux talons acérés martelaient le sol en rythme avec la musique.

Les libertins modernes tendirent vers elle des mains avides pour la frôler. Elle se laissa effleurer, goûtant les attouchements fugaces de doigts gantés de noir et de dentelle. Elle plongea au milieu des noctambules. Débauche de cuir, de vinyle, de soieries et de velours. Corps dénudés offrant leur peau aux caresses.

Une femme portant des lentilles d’un bleu électrique se frotta contre elle. Elizabeth prit délicatement sa figure entre ses ongles démesurés, amusée de constater que le visage de cette femme semblait comme un miroir du sien. Sauf que les yeux glacier et le tient blême d’Elizabeth ne devaient rien au maquillage.

Elle se lassa vite des caresses fugaces et timorées de sa troupe de soupirants. D’un geste dominateur, elle les congédia et se mit en quête d’une autre proie. Elle trouva rapidement de quoi épancher sa faim. Nichées dans une alcôve, trois femmes enlacées soupiraient avec délice. L’une d’elles releva la tête du cou de sa compagne et se tourna vers Elizabeth. Une mince rigole écarlate ruisselait de sa bouche peinte en noir. Elle sourit, montrant ses crocs pointus et factices. Les narines d’Elizabeth s’évasèrent, alors qu’elle passa fugacement une langue gourmande sur ses lèvres, dévoilant des canines effilées, aussi réelles que celles de la femme étaient artificielles.

Un parfum enivrant montait des trois femmes, fragrances raffinées, chaleur des corps et fumet du sang frais, un carmin pur ruisselant sur le cou d’albâtre de la victime. La vampire sourit et plongea parmi les libertines. La chasse serait bonne ce soir.