Ceux du mercure, 8. Les ancêtre de Ripley

Outre un superbe port de pêche et de plaisance, une station thermale accompagnée de longues plages de galets, Calabanche était aussi renommée pour son musée des automates. Assemblée par un marquis excentrique, cette collection attirait les curieux, après tout, ces pantins constituaient quelque part les aïeux des fameux androïdes kerysiens.

Ripley avait manifesté son désir de visiter cet endroit, Maximilien avait supplié son neveu de les amener à Calabanche. Honoré avait capitulé. Un beau domior, tout ce petit monde avait embarqué dans l’un des trains reliant Sainte Victoire à Calabanche.

Le musée était hébergé dans un manoir sur des falaises de craie blanche. Le propriétaire actuel les accueillit avec force courbettes, si bien que le capitaine Rocheclaire dut déployer toute sa persuasion pour qu’il accepte de les laisser se promener seuls.

Ripley s’avança entre les vitrines et les étagères. Ses bottines résonnaient sur le parquet ciré. Les premiers automates de la collection étaient des poupées de porcelaine animées par des engrenages rudimentaires. Leurs yeux de bille inertes fixaient Ripley.

La marionnette suivante était un simple colvert. Néanmoins, l’articulation de ses ailes et de son cou témoignait d’une grande recherche. Ripley s’approcha pour mieux y voir, détaillant les pistons et rouages. D’après le panonceau explicatif, l’animal artificiel s’avérait capable de battre des ailes ainsi que d’imiter d’autres fonctions plus organiques. À côté du canard se trouvait un sonneur de cloches, réalisation d’un horloger kerysien. Ripley examina ses propres mains et bougea les épaules. Sous la peau en sève d’hévéa et le blindage en titane, une complexe mécanique œuvrait, héritage des travaux de ces savants disparus.

Derrière elle, Maximilien et Honoré étaient restés à hauteur des pantins. La discussion tournait autour de l’hypothétique descendance du capitaine et des cadeaux que Maximilien pourrait leur offrir. Apparemment, les poupées munies d’explosifs étaient bannies.

Ripley passa dans la pièce suivante du musée. Trois automates protégés par des vitrines faisaient face au visiteur. L’une abritait une joueuse de clavecin en robe de cour, l’autre un garçon assis à un pupitre, le troisième un dessinateur.

L’androïde actionna une commande qui mit en marche un générateur glaesique. Aussitôt, les automates s’animèrent. Le jeune écrivain trempa sa plume dans son encrier pour commencer à griffonner, tandis que l’artiste crayonnait le portrait d’un homme et que la musicienne faisait résonner une mélodie allègre.

Ripley apprécia la dextérité et l’ingéniosité dont ils témoignaient. La mécanique se révélait subtile et précise. Ces marionnettes avaient servi de modèles aux androïdes. Ils en étaient les brouillons. Elle continua sa visite pour admirer les constructions de plus en plus raffinées : une nuée d’oiseaux de métal, un jardinier plantant ses fleurs, une Azanienne en costume traditionnel versant le thé…

La dernière pièce de la collection trônait dans une salle, derrière une vitrine. L’automate était inachevé. Si de la peau synthétique habillait son torse et son visage, ses jambes exhibaient leurs articulations de pistons et rouages. Ripley s’arrêta pour contempler Coppelia, le projet inabouti d’Olympe Rocheclaire et de son équipe.

Elle posa la main sur la vitre et fixa la figure inerte. Si on considérait les automates comme ses ancêtres, Coppelia représentait sa grand-mère. Grâce aux travaux d’Olympe Rocheclaire sur la mécanique, au concours de deux grands horlogers Kerysiens et d’un métallurgiste hors pair, on avait pu créer un système de circulation imitant celui du corps humain et développer des fonctions motrices d’une précision qui confinait à la perfection.

Mais Coppelia n’avait jamais été terminée. Construite avant Sabléglise, ses muscles artificiels n’intégraient pas de chair d’Amorphe. Elle n’avait pas été élevée et éduquée en vue de combattre les Abominations. Si perfectionnée soit-elle, Coppelia restait une poupée.

Le capitaine et le professeur Rocheclaire la rejoignirent. Honoré tira rapidement son oncle hors de la salle, de peur que la vue de l’automate ne ravive les souvenirs de sa défunte épouse. Ils saluèrent le propriétaire puis quittèrent le musée.

Dehors, le soleil était haut, l’air chargé d’iode. Les deux mercuriens inspirèrent à pleins poumons ce qu’ils nommèrent « le bon air marin ». Ripley ne comprenait pas vraiment ce qui changeait. Un peu moins de fumées d’usine peut-être.

— Alors ma petite, as-tu aimé la sortie ? s’enquit Maximilien.

— Oui, répondit-elle.

— Qu’est-ce que ça fait de rendre visite à ses ancêtres ? demanda Honoré.

— C’est instructif. Cela m’a permis de découvrir une différence importante entre eux et moi.

— Laquelle ?

— Je suis vivante.

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