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Into the woods – John Yorke

Comprendre comment les mécanismes narratifs et les histoires fonctionnent ou pourquoi certains personnages nous touchent plus que d’autres est important pour moi. On ne peut pas bien écrire si on ne comprend pas ce qu’on fait, on ne peut pas se renouveler si on ne fait pas attention aux schémas qu’on utilise, aux archétypes et aux clichés qu’on emploie.

Dans cette optique, j’essaye d’écouter des podcasts sur l’écriture (Writing Excuses en tête) ou de lire des livres sur le sujet. Après les classiques (Truby et Lavandier), sur les conseils de mon mari, j’ai attaqué Into the woods de John Yorke

L’auteur est anglais (ça change de la pléthore d’auteurs américains qui ont écrit sur le sujet, avec plus ou moins de bonheur). Il a travaillé beaucoup pour la télé, notamment pour la BBC. Vu son CV, pas d’inquiétude, il sait de quoi il parle.

Son livre n’est pas un manuel de scénario (même s’il donne beaucoup de conseils à ce sujet), mais plutôt une réflexion sur les histoires en général : pourquoi les écrit-on ? À quelles règles obéissent-elles ? Que peut-on en déduire ?

Si vous cherchez un manuel d’écriture, je ne vous conseille pas la lecture : c’est de la théorie beaucoup plus que de la pratique. L’ouvrage est ardu à lire, avec beaucoup de références et de notes de bas de page (qui d’ailleurs sont reportées en fin d’ouvrage au lieu d’être justement en bas de la page. Pas très pratique pour les consulter).

Malgré tout, il vaut vraiment le coup qu’on s’y accroche et certaines idées développées dans le livre ont trouvé un fort écho chez moi.

John Yorke prend en effet à contrepied la théorie des trois actes qu’on voit souvent fleurir dans le cinéma américain. Pour lui, cette structure existe, mais elle est tellement vague qu’on peut l’appliquer à tout. Il préfère y substituer sa théorie des 5 actes, dérivées du théâtre classique (notamment Shakespeare), du monomythe de Campbell et de pas mal d’autres dramaturges (à noter que sa théorie des 5 actes s’applique à la structure présentée par Truby).

À travers une foule d’exemples, Yorke montre que les œuvres les plus percutantes s’articulent en cinq parties. On va essayer de résumer ça simplement :

— Acte 1 : l’exposition, le personnage n’a pas de connaissance et se trouve confronté à ce manque de connaissance. Il s’éveille à la fin de l’acte.

— Acte 2 : Les doutes, que le personnage doit surmonter pour s’éveiller à la connaissance et l’accepter.

— Acte 3 : Il expérimente avec cette nouvelle connaissance et subit (ou provoque) un événement qui va changer la donne.

— Acte 4 : Les conséquences de ce changement, le personnage doute de nouveau et touche le fond.

— Acte 5 : renouveau, le personnage accepte la connaissance et renaît.

Yorke insiste particulièrement sur le milieu. Pour lui, dans une bonne histoire, il s’y trouve donc un retournement, qui permet de rebondir et de se réorienter pour la fin.

C’est une théorie qui, comme toutes les théories peut être contestée. Seulement, il y a effectivement beaucoup d’exemples de cette structure qui fonctionnent et dans différents médias (films, séries, romans, pièces de théâtre…). Je l’ai déjà croisée, formulée différemment, notamment dans certains épisodes de Writing excuses (notamment cet épisode)

J’ai de plus réalisé, en lisant le livre, que c’est quelque chose que j’ai fait assez naturellement pour certaines histoires (dans ma trilogie de Kerys, les trois tomes ont chacun un retournement à peu près au milieu, qui donne de nouveaux enjeux à l’histoire. Mes lecteurs sauront de quoi je parle ^^).

Allez, les lecteurs ! Dites-moi quel est le retournement dans ce tome ^^

Je pense aussi à tous ces auteurs avec qui j’ai pu échanger sur les forums et les réseaux sociaux. Très souvent, le milieu d’une histoire pose problème, c’est le ventre mou. On sent que quelque chose ne va pas, n’est pas assez dynamique et je pense que ce livre peut apporter des pistes de réponses.

Donc oui, il y a matière à réflexion et j’avoue que la manière organique de construire les histoires développées par Yorke m’a beaucoup parlé. Bien plus que tout ce que j’avais pu lire à ce sujet.

Cette théorie est le cœur de l’ouvrage et pour moi la partie la plus intéressante. Ce passage est très dense, complexe à lire. Je pense qu’il méritera plusieurs relectures pour pouvoir se l’approprier.

Outre ces cinq actes, Yorke développe aussi d’autres théories, notamment sur le rythme, les personnages et le dialogue.

J’ai trouvé cette partie-là un peu moins percutante. Non pas qu’elle soit inintéressante et qu’il n’y ai pas des choses à glaner de ce côté-là. Mais elle est plus orientée écriture pour le cinéma ou la télévision (Yorke parle beaucoup des contraintes de ces médias et de l’influence qu’elles ont sur l’écriture). C’est moins universel que ses théories sur la structure et moins parlant pour un auteur ou une autrice.

Voilà en résumé, un livre que je conseille vraiment aux auteurs qui ont envie d’aller plus loin. C’est un livre exigeant, qui suscitera sûrement plus de questions qu’il n’apportera de réponses, mais n’est-ce pas l’essence de l’écriture, toujours se demander « et si » ?

Le Régiment Monstrueux

Le Régiment monstrueux

Résumé

Le frère de Margot Barrette est parti au front et ne donne plus de nouvelles. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme se déguise en homme et s’engage dans l’armée. Ce qui brave tous les interdits de son pays, la Borogravie, où les femmes n’ont même pas le droit de porter des pantalons… Voilà Margot plongée en pleine guerre, entourée par de nouvelles recrues tout aussi inexpérimentées qu’elle — dont un vampire, un troll et Igor — sous la houlette d’un caporal sadique. Ce monstrueux régiment saura-t-il vaincre l’ennemi ?

Mon avis

On continue la relecture du Disque-Monde, avec cette fois-ci un arrêt dans la Borogravie, petit pays inspiré de l’Europe de l’Est, et qui est en guerre avec ses voisins depuis des temps immémoriaux.

Dans ce contexte troublé, on rencontre Margot, héroïne très Pratchettienne (débrouillarde, vive, et assez dure de caractère) qui se déguise en homme et s’engage dans l’armée pour retrouver son frère. Elle est intégrée au sein d’une escouade, et découvre assez rapidement qu’elle n’est pas la seule femme à s’être travestie, loin de là.

On retrouve comme d’ordinaire chez Pratchett un côté assez burlesque et une bonne dose d’humour. J’avoue avoir hurlé de rire devant certaines répliques, la plupart du fait de Jackrum.

C’est drôle et rythmé, mais comparé à d’autres tomes du disque-monde, ici, l’humour est plus volontiers grinçant, car Le Régiment Monstrueux est l’un des romans les plus sombres de la série.

Il est question de guerre, avec toutes ses atrocités et ses horreurs. Le conflit est ici absurde, mais également meurtrier. Les jeunes recrues ne sont pas épargnées et le lecteur non plus. On ressent bien le désespoir et la folie de ce pays, engagé dans une guerre centenaire dont il n’arrive pas à se dépêtrer.

C’est aussi un roman sur la condition et le rôle des femmes. Là aussi, les règles de Borogravie sont dépeintes comme absurdes, et Pratchett réussit bien à rendre le carcan dont Margot et les autres sont victimes.

Le Régiment monstrueux parle de viol, de torture, de sévices physiques et psychologiques. Quand on apprend l’histoire de certains des personnages, on frissonne à l’idée de ce qu’elles ont enduré. On comprend pourquoi l’Asperge adore le feu, ou pourquoi Alice est cinglée.

Le roman aborde aussi la question de la représentation des sexes : qu’est-ce qu’une femme ? Comment se définit-elle ? Si on porte un pantalon et une paire de chaussettes comme rembourrage (ça fait sens dans le contexte, promis), est-ce qu’on reste une femme ? Que faire quand les chaussettes commencent à penser à votre place ?

Comme d’habitude chez Pratchett, c’est traité avec beaucoup de subtilité et de pudeur (à noter aussi que ce roman met en scène une couple de lesbiennes, et il me semble que c’est une première dans le Disque Monde).

En résumé, si vous cherchez une lecture légère, je vous conseillerai plutôt un autre tome, mais si vous avez envie d’une histoire profonde, rythmée, drôle et poignante à la fois, Le Régiment Monstrueux est fait pour vous !

L’Hiverrier – Terry Pratchett

Miyards !!

Résumé

Miyards ! Quand l’esprit de l’hiver tombe amoureux de vous, il ne faut pas s’étonner si vous attrapez froid – surtout quand il ne cesse de vous offrir des icebergs en guise de fleurs, de vous déclarer sa flamme par des avalanches et de vous couvrir de flocons ! Pour les habitants du Disque-Monde, mais aussi pour Tiphaine, une apprentie sorcière de 13 ans, il est grand temps que cela cesse ! Il faut que le printemps revienne… Heureusement, les facétieux Nac mac Feegle, les ch’tits hommes libres, sont là pour aider Tiphaine – ou pas…

Mon avis

On continue dans la série des Tiphaine Patraque. Cette fois, notre jeune sorcière a 13 ans et attire malencontreusement sur elle l’attention de l’Hiverrier, personnification du froid et de l’hiver.

On retrouve ce qui fait le charme de cette série. L’humour d’abord, avec les Nac Mac Feegle toujours très en forme. Cette fois-ci, ils sont alliés à Horace, un fromage bleu des Causses assez particulier (ça fait sens dans le contexte, je vous le promets).

Nounou Ogg, Mémé Ciredutemps et Toi, chaton adopté par cette dernière, refont quelques apparitions bienvenues.

La série est toujours aussi fine sur la psychologie des personnages. À travers les yeux de Tiphaine, on observe de nouvelles facettes de Mémé Ciredutemps, de Nounou Ogg, mais aussi on voit évoluer Annagramma et les autres sorcières. Les jeunes filles apprennent leur métier, découvrent ce qu’être une sorcière de village signifie, certaines se découvrent des talents insoupçonnés, d’autres vont devoir recourir à des artifices (j’ai adoré l’histoire du Pipo !).

Tiphaine évolue beaucoup. 13 ans, c’est l’âge où les hormones commencent à s’affoler et tout n’est pas simple, surtout quand le garçon qui ne l’intéresse pas et qui n’est pas son petit ami va honteusement voir les aquarelles d’une autre fille (là aussi, ça fait sens dans le contexte ^^).

On ajoute à ça la gestion de l’Hiverrier. Toutes les filles (ou les garçons, ne soyons pas sexistes) qui ont déjà eu affaire à un admirateur/trice collant/e pourront se retrouver dans les mésaventures de Tiphaine et de l’Hiverrier. Là aussi, c’est bien vu et très subtil.

Un reproche que je ferai à ce tome, c’est le rythme, que j’ai parfois trouvé un peu mou, comme si l’histoire ne savait pas trop où elle allait.

La fin est par contre très jolie, avec beaucoup de poésie.

Un chapeau de ciel, Terry Pratchett


Résumé

La jeune bergère Tiphaine Patraque venait enfin de commencer son apprentissage de la sorcellerie. Mais en route chez sa professeure, elle est attaquée par un rucheur, un horrible parasite errant qui s’empare de votre esprit. Pour échapper à ce cauchemar, Tiphaine compte sur l’aide de ses anges gardiens, les petits hargneux bleus, les Nac Mac Feegles.

Et avec un peu de chance, Mémé Ciredutemps, la plus puissante des sorcières, sera de la partie…

 

Mon avis

On continue la série des Tiphaine Patraque, avec ce nouveau tome.

 

Notre jeune sorcière a maintenant onze ans et part en apprentissage loin du Causse. Bien évidemment, rien ne va être simple, surtout quand une entité millénaire se mêle de lui emprunter son corps…

 

Je commencerai par ce qui m’a le moins convaincue dans ce livre : l’intrigue. Ce n’est pas mauvais, mais je n’ai pas eu de grosses surprises, j’ai prévu tous les retournements et les dénouements à l’avance. Ce n’est pas déplaisant, mais comparé à certains autres livres de la série, j’ai trouvé ça un peu en dessous.

 

Par contre, là où Pratchett excelle toujours, c’est dans les personnages et la justesse de leurs sentiments. Je me suis beaucoup attachée à Tiphaine, c’est une adolescente intelligente, qui réfléchit beaucoup (trop, probablement, j’ai connu et je connais encore le même souci, le cerveau qui se fait des nœuds tout seul). Elle est capable, mais elle commet des erreurs, qui sont tout à fait logiques, car elle reste une enfant de onze ans un peu perdue.

C’est vraiment un beau personnage et j’ai hâte de voir comment elle va évoluer dans les livres suivants.

 

Je trouve que ses aventures éclairent en plus sous un jour nouveau la sorcellerie façon Disque-Monde. Pour moi, c’est l’un des livres où l’on se rend le plus compte des sacrifices qu’être une sorcière implique et du poids qui pèse sur leurs épaules.

On découvre aussi une nouvelle facette de Mémé Ciredutemps, vieille femme revêche, toute en contradiction, sorcière extrêmement puissante, mais aussi terriblement humaine. J’ai aimé le rôle de mentor qu’elle a pour Tiphaine et la relation qui se noue entre les deux.

 

Pour finir, j’ai quand même un coup de cœur pour les Nac Mac Feegle. Ils sont absolument hilarants, c’est un plaisir de les revoir, et là aussi, je me demande ce qu’ils nous réservent pour la suite.

La Cité exsangue – Mathieu Gaborit

Résumé

Abyme, ville merveilleuse et baroque, est aussi l’unique cité des Royaumes crépusculaires où les peuples mortels peuvent cohabiter avec les démons et leurs seigneurs infernaux… Jusqu’à aujourd’hui. Après dix ans d’absence, Maspalio, farfadet flamboyant et ancien Prince-voleur de renom revient dans sa cité de cœur sur une énigmatique injonction de son ancienne amante Cyre. Mais dès son arrivée, rien ne se passe comme prévu. Abyme a changé et souffre d’une mystérieuse affliction. Aspiré dans un tourbillon de mésaventures, l’arrogant Maspalio devra se révéler d’une improbable humilité pour venir à bout des fléaux qui s’abattent sur lui et les siens…

 

 

Mon avis

Il y a quelques années, en quête de fantasy francophone, j’ai emprunté Abyme de Mathieu Gaborit et j’avais eu le coup de foudre pour la plume de cet auteur et pour cet univers.

J’ai donc été très heureuse de savoir que Mathieu Gaborit revenait à Abyme et aux Royaumes crépusculaires et j’ai replongé avec délice.

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