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Escrime pour les écrivains – Décrire une combattante

Vous aimez les filles fortes et sexy à la fois ? Vous avez envie de créer votre personnage de guerrière ? En suivant ce guide, vous avez toutes les chances de construire un personnage réaliste, charismatique, réaliste et original !

 

 

 

Les armures, c’est bon pour les faibles

 

C’est vrai ça ! À quoi bon se planquer derrière des plaques d’acier ? Non, le charisme (et les nibards) pour une guerrière, ça suffit. Alors oubliez gambisons, brigandines, camails et plastrons et optez plutôt pour un bikini en cotte de mailles ! De toute manière, subjugués par la beauté de votre amazone, les ennemis oublieront de la frapper ou viseront à côté.

Franchement, de toute façon, les armures, c’est naze, comme j’en ai parlé dans cet article.

Ça ne servait à rien, ce n’était pas joli, bref, d’une inutilité totale. Et puis, ce n’est pas du tout féminin, comme le montre ce blog

 

Suivez plutôt l’exemple de cette vidéo

 

 

Pas besoin d’entraînement

 

Transpirer, répéter inlassablement les mêmes mouvements, enchaîner les séances d’entraînement, c’est inutile. Optez plutôt pour le vieux mentor, qui en quelques sessions transformera votre princesse en guerrière accomplie, capable d’affronter toutes les batailles. Qui a dit que ça prenait des années pour devenir bonne au combat ?

Elle est l’élue. Pas besoin de s’entraîner

D’ailleurs, c’est la même chose si votre héros est un jeune fermier : il sera instantanément expert.

J’en parlais ici, d’ailleurs

 

 

Les muscles, ça ne sert à rien

 

Sérieusement, qui a envie de lire les aventures d’une fille avec des bras de camionneurs, de bonnes cuisses athlétiques et les muscles du dos et des abdominaux dessinés par des années de pratique ? Non, pas besoin de tout ça. Votre guerrière peut tout à fait être frêle comme un roseau, peser 45 kg toute mouillée, et manier une épée plus grande qu’elle comme s’il s’agissait d’un fleuret. C’est tout à fait crédible.

Elle est belle, sexy, de haute naissance, elle n’a pas besoin de force physique ni d’endurance. Elle peut mettre au tapis des adversaires faisant trois fois sa taille sans être décoiffée.

Bon, ok, chez Clamp, même les garçons sont épais comme des spaghettis ^^

 

Qui aurait envie de voir des personnages comme ça. Tout le monde sait que les muscles, c’est moche.

 

 

Rester sexy en toute circonstances

 

Les filles normales connaissent les bleus, les bosses, les éraflures, les côtes fêlées, les doigts cassés, les plaies et les blessures. Les filles normales se salissent, se fatiguent, finissent leur combat rouge écarlate, le souffle court, totalement échevelée et puant la sueur. Mais pas votre guerrière, non. Elle est au-dessus de tout cela. Des jours à marcher dans la nature ne lui font pas peur, elle reste toujours fraîche. Et même après une bataille rangée épique, même sans armure, elle ressortira immaculée de la mêlée.

Prenez exemple sur Buffy. Même transformée en cro-magnon, elle reste sexy

 

Parce qu’après tout, elle est la meilleure et elle n’est pas une fille normale.

 

 

Vous avez bien compris la leçon, alors, à vos claviers et stylos maintenant !

 

Note : Article à ne surtout pas prendre au sérieux, que j’ai écrit parce que je pratique les arts martiaux, et notamment l’épée, depuis environ 12 ans, et que le traitement des personnages de combattantes m’agace très souvent. Les gamines qui en trois leçons savent manier à la perfection une épée, se lancent dans une bataille et en ressortent à peine décoiffées, ça a tendance à m’énerver.

Alors ok, je sais qu’il faut que le produit soit vendable un minimum, qu’il faut que le personnage ait un minimum de glamour pour faire rêver. Mais je maintiens qu’une dose de réalisme dans ce cliché ne ferait pas de mal. Et pour ceux qui ne sont pas d’accord et qui militent pour le bikini en cotte de mailles, moi et mes copines escrimeuses serons ravis de les rencontrer pour en discuter amicalement. Et avec une hache.

 

Escrime pour les écrivains – les autres armes de la Renaissance

La Renaissance : c’est une période un peu bâtarde, qui n’est pas vraiment unifiée d’un point de vue historique. La Renaissance, c’est la redécouverte par les intellectuels des savoirs antiques (grecs et romains, principalement). Elle commence à la fin du XIIIe siècle en Italie, plutôt au XIVe pour d’autres pays. Il n’y pas de coupure franche avec l’époque moderne, mais plutôt un glissement qui se fait au début du XVIIe.

 

La Renaissance est une époque très florissante d’un point de vue intellectuel : les marchands vénitiens et florentins commercent avec les arabes et apportent le savoir de l’Orient, on redécouvre l’Antiquité, il se crée un vrai réseau intellectuel européen. Le monde de l’art explose. Pour l’élite européenne, se cultiver devient un impératif. Mais, c’est également une époque très troublée, avec guerres de religion, luttes pour le pouvoir et criminalité.

 

 

Après l’épée, je vais maintenant vous parler des autres armes utilisées au cours de la Renaissance. L’épée, c’est bien, mais c’est réservé quand même à une élite. Une épée coûte cher et donc n’est pas accessible à tous. Parce qu’on n’a pas que des personnages qui soient nobles, intéressons-nous un peu aux autres armes utilisées au cours de la Renaissance

 

— La dague (synonyme du poignard)

 

Elle est petite, moins chère qu’une épée et plus discrète. On peut la glisser à une ceinture et elle peut vous sauver la vie.

Comme l’épée, c’est un accessoire qui permet de prouver sa virilité et qu’on est prêt à se défendre. A la Renaissance la dague ressemble véritablement à une épée miniature, celles qui sont utilisées conjointement à la rapière peuvent protéger davantage l’extérieur et le dessus de la main.

 

 

La dague seule est surtout utilisée dans des contextes de self-défense. Le but c’est de sauver sa peau.

 

Les différents types de dague

 

La dague est une arme qui prend différentes formes. On peut retenir le plus communes.

 

La dague à rouelle

Source : https://www.pinterest.fr/pin/546272629777524292/

 

 

Et le poignard (grosso modo, une petite épée)

 

Source : https://www.pinterest.fr/pin/268879040230501990/

 

 

 

Les défenses à la dague

 

Une chose à savoir sur les combats à la dague : c’est rapide et c’est vicieux.

J’ai eu l’occasion de participer à un atelier sur le combat à la dague selon Fiore Dei Liberi (maître italien du XIVe siècle, dont une  partie du traité est consacré au combat à la dague). Et bien, quand on vous attaque par surprise, vous n’avez pas le temps de sortir votre dague, vous devez donc vous défendre à main nue. Et vous allez prendre des coups, c’est obligé.

La dague, c’est violent et c’est sale, je pense que c’est quelque chose qu’il faut absolument garder en mémoire.

 

 

— Le messer ou coutelas

 

Il s’agit exactement d’un très long couteau (presque une machette), utilisé par les allemands au cours de la Renaissance. Le messer est une arme de taille (on coupe et on tranche).

L’une des particularités du messer, c’est son troisième quillon.

Source : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/78/Maestro_Line_Marxbruder_04.jpg/1200px-Maestro_Line_Marxbruder_04.jpg

 

 

Il permet des parades, du jeu au fer ainsi que des désarmements.

 

 

C’est une arme moins chère et moins prestigieuse qu’une épée, et donc plus accessible à un plus grand nombre.

 

 

— Les armes d’hast

Qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? me direz-vous. Les armes d’hast sont une vaste famille qui grosso-modo regroupe tout ce qui a une lame fichée au bout d’un bâton. Naturellement, cette description est assez restrictive, car on trouve foison d’armes d’hast différentes.

 

Les armes d’hast sont des armes qui vont peur, parce qu’elles sont utilisées dans un contexte de guerre ou de maintien de l’ordre. Ce n’est pas un hasard si elles équipent les gardes ou les sentinelles.

 

On peut les classer en trois familles : celles qui piquent, celles qui coupent et celles qui crochètent.

 

– La lance

Elle est assez connue, un fer au bout d’un bâton. C’est une arme d’estoc (de pointe donc).

Source : https://www.pinterest.fr/pin/755056693758555985/

 

– La pique

Elle ressemble à la lance, mais en plus long : elle mesure entre 3 et 6m, c’est l’arme principale des piétons lors de la Renaissance (à noter que la pique reste utilisée jusqu’au XVIIe)

Vu la taille, on ne peut guère l’utiliser pour le duel (on trouve quelques occurrences d’affrontement à la pique, mais ça ressemble plus à du jeu qu’à un réel duel). L’idée, c’est de la manier en formation.

Source : http://i0.wp.com/zweilawyer.com/wp-content/uploads/2010/02/zweihander_warrior.jpg?resize=421%2C225

 

– Le marteau d’arme ou bec de corbin

Une arme de percussion, très efficace contre les armures.

Le marteau d’armes est utilisé en frappe, mais on se sert aussi de la hampe pour parer les coups ou dévier une attaque.

 

Source : https://www.pinterest.fr/pin/268879040228913141/

 

 

– La pertuisane

Une arme de pointe, mais aussi un peu de taille.

La pertuisane, c’est grosso modo une lame d’épée au bout d’une hampe. Oui, je sais, finesse et subtilité.

 

Source ; https://www.pinterest.fr/pin/268879040238482503/

 

Et à manier, ça donne ça :

 

 

– La hallebarde 

Vous connaissez la hallebarde. Si, si. Vous avez forcément vu des gardes suisses du Vatican à un moment ou à un autre, donc vous connaissez la hallebarde.

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Member_of_the_Swiss_Guard.jpg

Il s’agit d’une pointe avec un fer de hache et d’un crochet.

C’est une arme versatile, qui permet donc de piquer, couper et crocheter (sans compter que la hampe peut être utilisée pour parer, frapper, crocheter elle aussi). Elle est assez légère : le fer pèse autour de 2kg5 (encore une fois, je le rappelle, avec de l’entraînement, ça ne pose aucun problème).

Elle est utilisée en ville pour maintenir l’ordre dans les rues, un bon hallebardier peut contenir une foule assez facilement.

 

 

 

– La vouge

 

La vouge est l’ancêtre technique de la hallebarde. Initialement, il s’agit d’une lame de fer assez large qui est fixée sur le côté de la hampe et souvent surmonté d’une pointe. Peu à peu ce fer va être fixé directement à l’extrémité de la hampe et le nom de vouge va disparaître pour être systématiquement remplacé par celui de la hallebarde. 

 

Source : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a4/Vouge%2C_perhaps_France%2C_18th_century_-_Higgins_Armory_Museum_-_DSC05626.JPG

 

 

 

A noter que la typologie des armes d’hast n’est pas figée et qu’il en existe d’autres, plus anecdotiques (comme la roconne ou la guisarme) dont je n’ai pas parlé ici.

 

 

Au travers de cet article, j’ai essayé d’élargir la vision qu’on a des armes de la Renaissance, pour montrer qu’il n’existe pas que l’épée et qu’on peut armer différemment ses personnages.

Escrime pour les écrivains – L’épée à la Renaissance

La Renaissance : c’est une période un peu bâtarde, qui n’est pas vraiment unifiée d’un point de vue historique.

La Renaissance, c’est la redécouverte par les intellectuels des savoirs antiques (grecs et romains, principalement). Elle commence à la fin du XIIIe siècle en Italie, plutôt au XIVe pour d’autres pays.

Il n’y pas de coupure franche avec l’époque moderne, mais plutôt un glissement qui se fait au début du XVIIe.

La Renaissance est une époque très florissante d’un point de vue intellectuel : les marchands vénitiens et florentins commercent avec les arabes et apportent le savoir de l’Orient, on redécouvre l’Antiquité, il se crée un vrai réseau intellectuel européen. Le monde de l’art explose. Pour l’élite européenne, se cultiver devient un impératif.

Mais, c’est également une époque très troublée, avec guerres de religion, luttes pour le pouvoir et criminalité.

Dans cette optique, je vous propose de nous intéresser aux armes typiques de cette période et à la manière de les manier.

Pour des raisons de taille, je scinderai mon propos en deux articles : d’abord j’aborderai les épées de la Renaissance, puis je parlerai des autres armes.

L’épée

L’épée est un peu la star de l’époque.

Porter l’épée devient un impératif social : on est dans une culture virile (surtout en Italie). Comme je le disais en introduction, le contexte historique est assez troublé, et il faut savoir se défendre. Un homme bien né se doit donc de porter l’épée et de savoir la manier.

Au début de la Renaissance, les lames vont avoir tendance  à être larges, et la garde peu ouvragée (vestige du Moyen Âge).

Globalement, au fur et à mesure de la Renaissance, les lames vont s’allonger, s’affiner et la garde va se complexifier.

L’épée mesure autour d’1m. Elle pèse rarement plus d’1kg300. Encore une fois, c’est un poids qui peu impressionner, mais qui en réalité n’est pas si important que ça, surtout avec de l’entraînement.

Ces épées ne sont pas très lourdes, car elles sont conçues pour être portées au quotidien.

Elles sont belles, car ce sont des accessoires esthétiques (les forgerons de la Renaissance se sont fait plaisir et ont testé beaucoup de formes différentes).

Les différentes parties d’une épée

Le ricasso est une partie de la lame qui n’est pas affûtée. Cela a une importance pour la tenue de la lame

Comme vous le voyez, on peut placer son index sur la lame. Il est protégé par la garde et par le pas d’âne (le cercle de métal juste au-dessus de la garde), et cela permet une tenue plus fine de l’épée, et plus de précision si on veut jouer de pointe.

On évolue d’une escrime de taille et d’estoc, vers une escrime plutôt d’estoc (de pointe), qui préfigure la rapière du XVIIe siècle (j’en parlerai dans un prochain article).

L’avantage avec la Renaissance, comparé au Moyen Âge, c’est qu’avec le développement de l’imprimerie, on commence à avoir des sources écrites. Je vais donc vous parler de deux grandes traditions de maniement de l’épée :

— La tradition italienne : les maîtres bolonais.

Ça tombe bien, les maîtres bolonais, c’est ce que mon mari et moi étudions spécifiquement. Pour la petite histoire, l’école bolonaise regroupe plusieurs traités, écrits du début du XVIe jusqu’à sa fin.

Le style bolonais est une escrime à la fois de taille et d’estoc, qui se caractérise par une grande mobilité des combattants. Ce style est plutôt élégant, il témoigne d’une recherche de « Sprezzatura », désinvolture en italien, ou l’art de faire croire que tout ce qu’on accomplit se fait facilement, sans aucun effort.

On commence à voir apparaître un jeu d’esquive, de parade/risposte et de contre-attaques, qui préfigure l’escrime moderne.

L’école bolonaise a beaucoup de gardes, certaines avec des noms imagés : la queue longue, la porte de fer, la garde de la licorne, la garde haute… Pensez-y si vous voulez créer votre propre escrime parfum Renaissance.

Le maniement de l’épée seule

L’épée se manie principalement seule. Le style, comme je l’ai dit, se compose de coups de taille, mais aussi d’estoc.

Dans l’école bolonaise, les coups de tailles principaux sont :

— les mandritti, maindroit en italien. Les mandritti recouvrent tous les coups qui vont de la droite vers la gauche (comme un coup droit au tennis)

— Les roversi, revers en italien. Cette fois, c’est l’inverse, ce sont tous les coups qui viennent de la gauche vers la droite (comme un revers de tennis, pour continuer dans la métaphore).

— Les fendente (fendants) : coups du haut vers le bas.

— Les montante (montants): coups du bas vers le haut.

En action, ça donne ça :

Ou ça 

L’épée peut donc se manier seule,  ou avec d’autres armes :

— Dague : là, on est vraiment dans un jeu de parade et riposte. Retenez qu’en général, on va parer les attaques qui viennent de la gauche avec la dague et celles qui viennent à droite avec l’épée.

On attaque très rarement avec la dague, principalement pour des raisons d’allonge, et parce que c’est dangereux de s’approcher trop près de son adversaire (lui aussi a une dague, et le risque de se faire taillader si on s’avance est grand).



— Bocle (petit bouclier d’environ 20 cm de diamètre et qui pèse environ 1kg).

La bocle sert principalement à protéger la tête et la main d’arme. Cette escrime est plutôt une escrime de jeu (j’y viens un peu plus loin).

— Rondache (bouclier un peu plus grand, qui pourrait rappeler le bouclier viking).

— Cape :

Elle remplace la dague et  peut donc servir à parer un coup.

— Deuxième épée (si, si)

Oui, ce n’est pas qu’un fantasme de rôliste : ça existe. On ne sait tout de même pas dans quel contexte la double épée était utilisée (jeux ? duels ?).

La difficulté quand on manie deux épées, c’est de ne pas s’emmêler avec ses lames et de ne pas s’auto-infliger de blessure. C’est bien plus compliqué qu’à l’épée/dague, où on a une petite lame et une grande lame qui se gênent pas.

Globalement, à la double épée, l’épée de droite va parer les coups venant à droite et inversement pour l’épée gauche. Pour l’attaque, on va essayer de déborder son adversaire en le forçant à parer avec des mouvements amples, pour tenter de se glisser entre les armes.

A noter que la double épée, c’est très compliqué à manier efficacement, parce que cela implique qu’on soit très bon de la main droite comme de la main gauche (ce qui veut dire double dose d’entraînement).

— La tradition allemande

Il n’y a pas de franche rupture avec les traditions des siècles précédents, mais si vous cherchez un auteur phare de la période, regardez les œuvres de Joachim Meyer.

Les coups ne changent pas beaucoup par rapport à l’école bolonaise, on retrouve plus ou moins les mêmes gardes.

La grosse différence, c’est la posture très basse, et présence d’une garde avec l’épée au-dessus de la tête, pointe vers le bas, qui permet à la fois de parer, et d’engager le fer pour attaquer.

L’arme principale est l’épée à deux mains, pas une énorme épée (genre épée de frappe des lansquenets).

Les gardes sont nombreuses et porte des noms assez évocateurs : garde du bœuf, garde de la charrue. Notez au passage qu’entre les bœufs, les sangliers et les licornes, on est vite dans un registre animalier.

Cette arme se manie elle aussi de taille et d’estoc (l’escrime de pointe est, par contre, souvent interdite quand se bat pour le jeu, car c’est dangereux. Le risque de ne pas contrôler un coup et de blesser gravement, voire de tuer son partenaire n’est pas négligeable. Ne faites pas ça chez vous, les enfants).

Les manuscrits allemands détaillent de nombreux mouvements de retraite et de fuite, pour se dégager si l’adversaire prend le dessus. Les prises de lutte sont également très nombreuses : quand la distance entre les escrimeurs est raccourcie, il est possible d’attraper son adversaire pour le désarmer et/ou le faire tomber.

L’épée à deux mains est une arme souvent d’école, mais la même philosophie peut se retrouver avec toutes les armes de la Renaissance. Comme je le disais plus haut, l’utilisation de l’estoc est réglementée et pour le jeu, les lames ne sont pas aiguisées.

Outre l’épée à deux mains, les allemands vont adopter rapidement la rapière (grosso modo, elle ressemble à l’épée seule italienne. À noter que la rapière est la seule épée qui, à la base, est étrangère aux Allemands). La fin de la Renaissance coïncide d’ailleurs avec la fin de l’importance de l’escrime germanique sur le devant de la scène. Beaucoup de maîtres d’armes allemands vont définitivement adopter la rapière.

Voici quelques vidéos pour montrer à quoi cela ressemble. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à parcourir la chaîne, j’ai eu l’occasion de suivre un atelier de Robert Rutherfoord et c’était chouette !

La place de l’épée

« Les épées, c’est fait pour tuer », c’est quelque chose que les pratiquants d’AMHE entendent souvent. En général, on répond : « oui, mais pas que ».

— La défense et la guerre.

Ne nous leurrons pas, la Renaissance est une époque troublée, et savoir manier l’épée pour se défendre et pour faire la guerre était une nécessité.

De plus, la guerre représentait une opportunité pour la petite noblesse sans fortune de gagner argent, terres ou gloire et de gravir ainsi l’échelle sociale.

L’épée était une arme très prisée pour les champs de bataille, mais aussi pour les escarmouches, les embuscades, les razzias et autres pillages.

— Les duels

Ils existaient, mais étaient très encadrés, beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire. Avant d’en arrivait au duel, il y avait des procédures très contraignantes, pour tenter de régler le litige autrement que par les armes.

Oui, il y avait des morts, mais dans la plupart des cas, les duels se soldaient par des blessures (qui pouvaient s’infecter et entraîner la mort dans d’atroces souffrances quelques jours plus tard, mais c’est un autre problème).

Il existait aussi des duels « sauvages », punis par la loi du coup. Vous pouviez donc gagner votre duel, mais vous faire exécuter par la suite. Dommage…

— Un impératif social

J’y reviens encore, mais c’est un aspect qu’on oublie souvent. Pour un homme de la Renaissance, surtout pour quelqu’un qui va fréquenter les cours, qu’elles soient d’Italie, d’Angleterre, de France ou d’Allemagne, il est de mise de savoir un certain nombre de choses, dont manier l’épée.

Malgré tout, il faut savoir que le port de l’épée était extrêmement encadré et réglementé. Dans certaines citées franches allemandes, tirer son arme dans l’enceinte de la ville pouvait par exemple vous valoir une très forte amende et de la prison.

— Une escrime de jeu

Et oui, au XVIe siècle commence à apparaître une escrime dite de salle, qui est plus ou moins l’ancêtre de notre sport. On sait que chez les italiens, on s’entraînait sous la houlette du maître avec une Spada da gioco (épée de jeu), à la différence de la spada da filo (épée affutée) qui servait à des usages plus militaires.

On sait aussi qu’il existait un contexte pour les coups. L’estoc (les coups de pointe) était réservé à la défense et à la guerre. Pour l’entraînement ou le jeu, on privilégiait la taille. Ou carrément le plat de lame, par exemple pour contrôler quelqu’un sans le tuer.

Escrimer, c’était une manière de prouver sa virilité, mais aussi de canaliser l’énergie des jeunes, car les anciens trouvaient la nouvelle génération était à la fois trop molle et trop énervée. Comme quoi, rien ne change vraiment.

J’en ai fini avec cette première partie, rendez-vous dans le prochain article, où nous parlerons des autres armes de la Renaissance.

Je tiens à remercier pour cet article Pierre-Alexandre Chaize (docteur et auteur de la thèse « les arts martiaux de l’occident médiéval : comment se transmet un savoir gestuel à la fin du Moyen-Âge) et Pierre-Henri Bas (docteur également et auteur de la thèse « le combat à la fin du Moyen-Âge et dans la première modernité : théorie et pratiques) dont l’expertise et la vaste culture m’a énormément aidée pour cet article. Merci à mon mari, Aurélien Calonne, qui lui aussi a beaucoup contribué (Vous pouvez retrouver ses travaux sur son blog Nimico). Merci aux membres du REGHT pour le soutien et l’aide pour les vidéos !

Escrime pour les écrivains : les armures

Dans ce billet, je ne vous parlerai pas d’épées ni de technique, mais je resterai dans le domaine des arts martiaux, et du Moyen-Âge, car nous allons parler d’armures.

 

Les armures, c’est génial.

Un personnage en armure, c’est le bien.

Un combat de personnages en armure, c’est la classe intégrale.

Avouons-le, quand on écrit de la fantasy, et surtout du médiéval fantastique, l’armure, c’est un peu un passage obligé.

 

 

 

 

Une armure, en quoi c’est fait ?

 

Il existe des armures en cuir, en tissus collés, en papier même, en bronze, mais le modèle qui je pense intéressera le plus les écrivains est celui en acier. Je laisse volontairement de côté les armures asiatiques pour ce billet, pour me concentrer sur la tradition occidentale.

 

Je commencerai par une typologie des armures. Attention, je vais vous donner ici des généralités, les grandes lignes en quelque sorte, mais il faut savoir que les évolutions ne sont jamais aussi nettes que ce qu’on voudrait bien croire, et que des périodes se chevauchent toujours.

 

 

Typologie des armures :

 

  • Les armures antiques

 

L’hoplite grec

Il s’agit d’un soldat armuré, dont l’équipement se compose d’un casque, d’une cuirasse, d’un bouclier et des cnémides (protège-tibias). L’ensemble est en général en bronze.

Si vous cherchez de l’iconographie à ce sujet, il y en a pléthore sur les vases grecs.

 

 

Le soldat romain

« Soldat romain » c’est vaste, vu que la domination romaine s’étend sur quelques siècles et que l’équipement du légionnaire a bien évidemment évolué. Cela dit, voici les principales pièces d’armures : un casque (galea), un plastron de plates (lorica segmentata), éventuellement une cotte de maille (même si les archéologues n’en ont retrouvé que quelques-unes et que ce genre de protection devait sûrement être anecdotique).

 

 

 

  • Le Haut Moyen-Âge (du Ve au XIe siècle)

 

À cette époque, l’armure de plate n’existe pas encore (elle apparaît plus tardivement). On porte pour se protéger la broigne : un plastron de cuir, sur lequel étaient attachées des mailles de fer. D’abord sans manche, elle évolue jusqu’à couvrir les épaules.

 

Pour se protéger la tête, on revêt le camail : sorte de coiffe en maille qui apparaît progressivement.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Vers 900, on commence à voir apparaître des casques ronds.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Moyen-Âge central (XIe, XIIe et XIIIe siècles)

 

À cette période, l’armure se développe pour devenir l’armure de plates ou harnois (armure complète) qui a marqué l’imaginaire collectif.

 

La broigne évolue pour devenir la cotte de maille. On y adjoint un plastron d’acier.

 

Côté tête, on voit apparaître des casques comme la cervelière ou le nasal, qui protègent le haut du crâne.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Le heaume devient plus courant à partir du XIIe siècle. Au départ, il n’est pas totalement enveloppant, il le devient au cours des siècles.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Autre modèle de casque : le bassinet.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Ou la salade

crédit : http://www.jmebert.com

 

Le gorgerin vient se placer autour du cou et protéger la gorge.

 

Pour les bras : on place aux épaules des spalières (plaques qui protègent les épaules)

Crédit : http://www.jmebert.com

 

puis des canons (protections d’avant-bras) et bien évidemment des gantelets.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Pour les jambes : apparaissent les jambières ou grèves (qui protègent les mollets et genoux), les tassettes (lames de métal qui descendent sur les cuisses) et les solerets (sortes de chaussures en lamelles articulées, qui protégeaient les pieds des cavaliers).

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Fin du Moyen-Âge et Renaissance (XIVe à la fin du XVIe siècle)

 

Cette période voit l’essor des armes à feu, dont l’utilisation change la donne en combat et modifie petit à petit les armures.

 

De l’époque, on peut retenir les armures gothiques ou maximiliennes, caractérisées par leur style très ouvragé.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

La forme du plastron change et devient plus incurvée (formant une sorte de pointe vers l’avant).

 

Côté casque, on voit apparaître le morion (le casque des conquistadors)

 

 ou la bourguignotte.

 

Sur la fin de la période, les armures tendent à se simplifier : les solerets disparaissent, les tassettes diminuent.

 

 

 

 

Cette chronologie est très généraliste. Mon but n’est pas d’être exhaustive, mais de vous donner les différents repères et de vous présenter les différentes pièces qu’on peut trouver.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup de modèles d’armures différents : piéton, cavalier, chevau-léger, armure de joute, armure de siège… Rien ne vous empêche (bien au contraire) de poursuivre vos recherches sur le sujet qui vous intéresse.

 

 

Vous trouverez ici une frise qui résume les différentes évolutions et vous donnera une idée des différentes silhouettes.

 

 

Porter l’armure

 

Commençons déjà par tordre le cou à plusieurs mythes :

 

— On ne porte pas l’armure à même la peau.

C’est inconfortable, c’est froid, et ça pince. De plus, il faut une couche entre l’armure et le porteur pour dissiper les chocs, sinon, c’est le corps qui prend directement, et c’est précisément ce qu’on veut éviter.

On porte donc l’armure sur des vêtements rembourrés : gambisons (qui lui-même pouvait servir de protections aux piétons) ou buffletins, selon les époques.

On peut aussi porter de la maille en dessous, aux ouvertures de l’armure notamment, mais toujours avec une épaisseur pour amortir.

 

— On n’enfile pas son armure seul.

C’est très compliqué de mettre son armure complète seul (notamment pour boucler le plastron et mettre le casque), il vaut mieux avoir quelqu’un pour assister à la manœuvre.

D’autant plus que si votre personnage a assez d’argent pour se payer une armure complète, il peut aussi avoir un écuyer qui l’aide à la mettre.

 

Vous trouverez ici une illustration qui montre les différentes couches d’une armure de type XVe siècle. Comme vous le voyez, c’est assez complexe.

 

— Ça prend des heures de se mettre en armure

Sans s’enfiler aussi rapidement qu’un T-shirt, un écuyer compétent peut équiper son chevalier en à peu près un quart d’heure (comptez plutôt une demi-heure pour des personnes moins expérimentées).

 

Vous trouverez ici une vidéo qui montre l’habillage. Elle dure une vingtaine de minutes et le monsieur en armure prend son temps de montrer pas mal de choses.

 

 

 

 

Une armure, ça protège comment ?

 

Une armure, on ne la porte pas pour faire joli (enfin, des fois si, mais j’y reviendrai).

Une armure, ça sert avant tout à éviter de mourir au combat. À ce titre, la pièce principale de l’armure, celle que votre personnage doit à tout prix porter s’il ne veut pas mourir, c’est le casque.

On le voit très rarement dans les films et séries, parce qu’il faut qu’on puisse reconnaître les personnages, et avec un casque, c’est moins pratique. Les auteurs n’ont pas cette contrainte, donc mettez des casques à vos personnages !

(Note : prenez exemple sur le manga Berserk, dans les volumes consacrés à la troupe de mercenaires. Ils vont au combat avec leurs casques et de mémoire, ça sauve la vie à Guts dans une ou deux occasions).

 

 

Abordons maintenant le degré de résistance des armures, car je sais qu’il y a pas mal d’idées préconçues de ce côté-là.

 

D’un côté, on a l’armure version feuille de papier : le moindre coup suffit à la percer et à la déchirer. Franchement, croyez-vous que les humains se seraient embêtés à fabriquer et à porter des armures durant des siècles si elles étaient aussi peu efficaces ?

Ceux que j’ai interrogés et qui ont porté l’armure en combat témoignent que, avec le bon « rembourrage » en dessous de l’armure, on sent les coups, mais sans réelle douleur.

 

À l’inverse, il ne faut pas croire que les armures étaient absolument indestructibles. Même la plus couvrante des armures a des défauts où une arme peut toucher : sous le gorgerin, sous le casque, sous l’aisselle, au creux du coude, dans la paume de la main, à l’arrière des genoux, sur le pied et sur le fessard.

 

Un bon moyen de nuire à adversaire en armure est de taper un de ces points, ou de faire tomber l’adversaire, et de l’immobiliser au sol avec une clé par exemple.

 

 

Et vu que l’être humain est un petit animal taquin qui adore se chamailler avec ses semblables et briser os et crânes, on a rapidement trouvé la parade aux armures.

 

L’armure protège bien, mais les chocs répétés peuvent occasionner des contusions, des fractures, ou même un bon vieux KO technique. Mes experts m’indiquent que c’est une chose intéressante à savoir si on veut malmener un peu un personnage sans le tuer.

 

Les armures sont de qualités différentes, celles de qualité moindre peuvent être percées par des flèches ou carreaux d’arbalètes. Les armes contondantes servent aussi contre un combattant en armure : marteaux d’armes, masses ou haches d’armes, par exemple (note : ces armes appartiennent à la famille des armes d’hast).

 

Mais finalement, les armes les plus efficaces sont les armes à poudre, qui auront petit à petit raison des armures en combat.

 

 

La mobilité en armure

 

Là aussi, c’est un questionnement qui revient souvent et qui accompagné en général de l’image d’un chevalier qu’un treuil doit hisser sur son cheval.

C’était vrai pour les armures de tournois, mais globalement, les armures étaient conçues pour permettre une certaine mobilité. La preuve en image. 

 

 

 

Alors oui, une armure, c’est lourd. Un haubert de maille pèse entre 12 et 20 kg. Une armure de plate complète peut monter jusqu’à 30 kg (rarement plus de 35 kg). C’est un poids qui peut impressionner, mais qui n’est pas plus élevé que celui de l’équipement d’un pompier ou d’un militaire. Si vous ne me croyez pas, regardez la vidéo.

 

 

Le poids est en plus réparti sur tout le corps et non sur un seul point. Rien d’insurmontable pour quelqu’un d’un peu entraîné.

 

Je n’ai pas encore eu la chance de porter une armure (j’en rêve…), mais j’ai interrogé plusieurs personnes (reconstituteurs, batteurs d’armure et chercheurs) qui ont porté, ou portent l’armure régulièrement.

Ce qui ressort, c’est qu’une bonne armure, bien adaptée à la morphologie n’est pas inconfortable et ne gêne pas les mouvements.

Au début, se mouvoir est étrange. Puis, on s’habitue à marcher avec un poids supplémentaire. Avec de l’entraînement, on peut se relever assez rapidement, sans trop de mal.

La respiration dépend du casque qu’on porte. Mais là aussi, avec un peu d’expérience, on apprend à gérer son souffle.

 

 

Le statut social de l’armure

 

C’est quelque chose qu’on oublie parfois : une armure, ça coûtait cher et ça prenait du temps à réaliser.

 

L’armure complète est un objet réservé à une élite. Les combattants de base se protégeaient plutôt avec des gambisons, ou des armures de cuir, ou quelques pièces d’armure. Certaines pouvaient d’ailleurs parfois être payées par le suzerain.

 

L’armure servait à protéger, mais aussi à montrer le pouvoir du porteur (donc oui, des fois, on portait une armure pour faire joli). Si vous avez l’occasion d’aller à Paris, je vous conseille le musée des Invalides, qui a une impressionnante collection d’armures princières (au département des armes et armures anciennes, de mémoire), toutes plus magnifiques les unes que les autres. Elles valent le détour et montrent bien le faste des armures d’apparat.

 

Sinon, vous pouvez vous rabattre sur le livre Sous l’égide de Mars : Armures des princes d’Europe

 

 

Les armures féminines

 

J’aimerais ici aborder un point qui me semble assez important pour les auteurs de fantasy : le cas des armures féminines.

Enfin, ça risque d’être plutôt un coup de gueule qui va se résumer en quelques mots : par pitié, oubliez les bikinis en côté de maille et autres armures qui tiennent plus de la lingerie que d’une véritable protection !

 

Outre le côté hyper sexualisation, et le fait de réduire une combattante à un objet de désir masculin, les armures féminines telles qu’on peut les voir souvent en BD, jeux vidéo et autres me gênent profondément parce qu’elles ne sont pas crédibles.

Comme je l’ai dit plus haut, le but premier d’une armure, c’est de protéger. Alors courir à la bataille en soutif de métal, avec le ventre à l’air, c’est moyen quand même.

 

Ce billet de blog explique pourquoi les nichons en métal, c’est pas l’idée du siècle en terme de protection (article en anglais).

 

 

Pour ceux qui voudraient de l’inspiration pour des armures féminines qui restent crédibles tout en étant esthétiques, vous pouvez jeter un coup d’œil sur le site Babes in armor.

 

Les armures SF

 

Pour avoir fait, et porté en GN, une armure de sœur de bataille de Warhammer 40k, je peux le dire : les armures version SF, ça envoie.

 

A peu près 6 mois de boulot…

 

Pas de grosses différences avec la structure d’une armure de plates pour moi, sauf qu’on épice tout ça avec des réacteurs et de l’armement lourd par exemple.

 

Je pense que pour des raisons de crédibilité il faut quand même limiter ce genre d’armures. Soyons réalistes (si, si, même avec des aliens et des vaisseaux), ce type de protection relève de la haute technologie et ne doit pas vraiment être accessible au commun des mortels.

En plus, d’un point de vue narratif, réserver ces armures, faire que votre héros doive combattre et se dépasser pour l’avoir, ça ajoute quand même du piquant et peut donner une bonne dynamique.

 

En conclusion, j’espère avoir été suffisamment claire et vous avoir aidé.

 

 

Je remercie pour la rédaction de cet article :

 

Gilles Martinez, de l’académie d’armes de Rochemaure (Qui m’avait déjà été pour mon article sur le combat épée et bouclier)

Jean-Marc Réchignac, batteur d’armures (Qui a fabriqué la plupart des armures en photo dans cet article).

Daniel Jacquet, docteur en histoire, université de Genève (Que vous avez pu admirer dans ces superbes vidéos)

Escrime pour les écrivains : Raconter une bataille

Arbo_-_Battle_of_Stamford_Bridge_(1870)

Comme je l’ai déjà dit dans mes précédents articles sur l’escrime pour les écrivains, j’ai une autre passion que l’écriture : l’escrime historique. Mon mari et moi pratiquons les AMHE (Arts martiaux historiques européens), discipline qui consiste à tenter de retrouver les techniques martiales d’époques. Nous travaillons sur des manuscrits italiens du XVIe siècle, mais quand l’occasion se présente, nous aimons expérimenter d’autres techniques.

Sous la direction de Gilles Martinez, de l’académie d’armes de Rochemaure, qui prépare un doctorat en archéologie expérimentale (Gilles Martinez qui m’a d’ailleurs aidée pour l’article sur le combat épée bouclier, encore merci à lui), nous avons participé à plusieurs expérimentations sur le combat en groupe au bouclier XIIIe siècle.

Nous nous sommes affrontés en groupes, au bouclier/lance et bouclier/épée une main. Cette expérience m’a appris beaucoup d’un point de vue martial, mais elle m’a permis aussi de réfléchir beaucoup à la manière dont se déroule un combat en groupe, et surtout comment on peut le raconter.

Parce que, ne le cachons pas, la bataille, c’est quelque chose qui revient assez souvent dans les romans des fantasy et que ce n’est pas forcément évident à raconter. Voici donc quelques trucs et astuces issus de la ma propre expérience.

Disclaimer : cette fiche est comme je l’ai signalée entièrement subjective, je ne prétends pas détenir une vérité absolue, je vous livre juste mon ressenti et mes analyses (mais bon, sachez quand même que je pratique les arts martiaux et l’écriture depuis plus de 15 ans, donc je ne suis pas une entière débutante). Je laisse donc de ce côté pour cette fois-ci la technique, pour plus vous parler de notions générales.

Notez également que je pars du principe que vous écrivez une scène de mêlée du point de vue de l’un, ou de plusieurs, des personnages, qui se trouve justement au cœur de combats. Je laisse de côté les points de vue plus « cinématographiques » (genre le général qui contemple la bataille et voit du coup les grands mouvements de troupes).

 

 

  1. Une mêlée, c’est le bazar

 

Pour moi qui aie plutôt l’expérience d’affrontements en un contre un, j’ai été assez désarçonnée dans les premiers assauts : ça tombe de tous les côtés. Vous combattez un adversaire, et hop, vous prenez un coup de lance en pleine tête parce que vous n’avez pas surveillé le bonhomme à votre gauche. Il faut faire attention à se protéger, à ne pas toucher les copains… Le stress monte, les gestes sont moins précis. Votre vision est limitée, vous ne voyez que très peu de choses au final. Il y a énormément de bruit (et encore, nous n’étions qu’une vingtaine, mais vingt mille, et nous n’avions pas les trompettes, tambours, cors et autres instruments qui accompagnaient souvent les armées).

Comme me l’a aussi fait remarqué Axis Mundi dans les commentaires, le terrain joue aussi beaucoup : l’herbe ça glisse, les pavés mouillés aussi. Le soleil aveugle rapidement, et ne parlons même pas des combats de nuit et de leur cruel manque de visibilité…

Bref, une bataille, c’est le bazar.

D’un point de vue martial, c’était une super expérience, car ça m’a forcée à être propre techniquement, à ne laisser aucune ouverture dans ma défense, sous peine de récolter un coup.

D’un point de vue d’écrivain, ça m’a ouvert des pistes sur la manière de raconter ça. Lorsqu’on est dans une mêlée, la perception du temps n’est pas la même. Un mouvement qui dure une fraction de seconde peut paraître ralenti. On éprouve tout le temps un sentiment d’urgence, il faut parer un coup, contre-attaquer, vérifier qu’on ne se fait pas contourner…

Lorsqu’on écrit une bataille, je pense qu’il faut garder à l’esprit cette idée d’urgence, ce rythme et le chaos qui règne, mais tout en restant compréhensible pour le lecteur (qui doit savoir ce qui arrive à qui, et à quel moment).

 

 

  1. Malgré tout, un combat de groupe obéit à certaines règles

 

Une fois passées les premières reprises, je trouve qu’on s’habitue au côté chaotique de la mêlée et qu’on découvre un avantage au combat en groupe : on n’est pas tout seul. Il y a toujours un camarade pour défendre un côté, surveiller les angles morts…

Le groupe où j’ai combattu avait peu d’expérience, nous nous connaissions, mais n’avions jamais vraiment combattu ensemble. Du coup, il nous a fallu un peu de temps pour nous habituer à prendre, et surtout garder des positions. En face de nous se trouvaient les élèves de Gilles Martinez, un groupe qui lui avait l’habitude des formations et maîtrisait bien mieux les différentes manœuvres. Autant vous dire qu’on s’est fait laminer une paire de fois (notamment une mémorable où ils étaient en infériorité numérique et ont quand même proprement éclaté nos lignes. Je peux vous dire que ça fait drôle).

Ce qui m’amène à dire que l’aspect chaotique de la mêlée sera nuancé par le degré d’expérience de votre/vos protagonistes : si votre personnage est un jeune fermier sorti de sa cambrousse, il ne connaîtra pas les manœuvres et le travail en groupe. À l’inverse, si vous écrivez sur un soldat de métier, il aura une vision beaucoup plus claire du champ de bataille. À vous de décider où vous placez le curseur.

 

 

  1. L’importance de l’entraînement et de la préparation

 

C’est un corollaire du précédent point : les groupes efficaces en combat sont ceux qui ont de l’entraînement, de la préparation et un bon équipement.

Pour bien décrire votre bataille, il faut déterminer le degré de préparation. Une bataille rangée préparée de longue date ne sera pas la même chose qu’une embuscade en forêt.

De la même manière, dans un combat en groupe, le chef joue un rôle crucial. Vous savez, le cliché du chef qui galvanise les troupes par sa simple présence et les pousse à se dépasser pour combattre ? Eh bien, je pense de plus en plus que ce n’est pas totalement un cliché…

Comme je l’ai dit, le groupe dans lequel j’ai combattu était composé de personnes possédant toutes une petite expérience martiale, mais n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble, ou des mouvements de groupe. Nous étions parfois (bon d’accord, souvent) désorganisés. À un moment, Gilles, l’organisateur des tests, est venu combattre avec nous et a joué le rôle du chef. Sa présence a changé beaucoup de chose. Avec quelqu’un d’expérimenté pour nous guider, les mouvements sont devenus plus fluides, les lignes se tenaient mieux, nous nous replacions avec plus d’efficacité et de rapidité.

Réfléchissez à l’organisation de votre groupe. Y a-t-il un chef ? Est-il compétent ? Va-t-il mourir dans la bataille ?

 

 

  1. Le degré de violence

 

Lors d’un combat de groupe, on prend des coups. Point à la ligne, il n’y a pas à discuter.

Comme en duel, en fait, la moindre erreur d’inattention est sanctionnée. Et en plus, ça tombe de plusieurs côtés à la fois. Même si on est bien protégé, il reste toujours des zones un peu moins couvertes. Et même avec des protections, les coups peuvent faire mal. Pour moi, aucune chance de sortir de ce genre d’affrontement totalement indemne.

Note annexe : attention tout de même à ne pas en faire trop. Des expériences ont été menées à ce sujet, qui ont révélé qu’un gambison arrête plutôt bien les coups de taille. La maille protège bien des coups de taille et des coups d’estoc. Quand aux armures, si on pouvait les détruire aussi facilement que ce qu’on voit dans les films, je pense que les humains ne se seraient pas embêtés à les fabriquer et les porter durant des siècles. Ceux que le sujet intéresse peuvent consulter mon article sur les clichés à éviter, et sur le combat à l’épée et au bouclier.

Ceux qui ne veut pas dire que participer à une bataille signe forcément l’arrêt de mort et qu’il faut à tout prix mutiler ses personnages, non.

Généralement, surtout si on se place dans un contexte fantasy, on ne va pas combattre à poil, mais avec un minimum d’équipement. Sans aller jusqu’à l’armure complète, les soldats étaient un peu équipés (casques, jambières, boucliers, vestes rembourrées, plastrons).

De ma propre expérience, on apprend assez rapidement à utiliser les protections pour limiter l’impact des coups : présenter plutôt le haut du crâne, protégé par le casque, que le visage découvert, garder son bouclier bien contre soi…

Par contre, si vous envoyez vos personnages au cœur d’une mêlée sans équipement ni rien… euh, on va dire que j’espère pour eux qu’ils courent vite, ou qu’ils ont de bons pouvoirs magiques. Et surtout, par pitié, oubliez le personnage qui jette son casque et qui, cheveux aux vents, va dégommer de l’orque (ou toute autre bestiole tendance chaotique mauvaise).

La question du gore : les blessures par armes blanches c’est sale. Celles par armes contondantes encore plus. À vous de déterminer, en fonction de la tonalité de votre histoire à quel point vous allez décrire précisément les blessures qui surviennent au cours du combat.

 

 

  1. Les héros meurent rapidement

 

Grosse déconvenue pour moi, qui ait plutôt un tempérament de fonceuse, les héros meurent rapidement. Vous pouvez foncer sur l’ennemi et peut-être percer ses lignes, mais il y a de fortes chances que vous restiez sur le carreau (j’ai essayé en GN et j’ai trépassé. J’ai essayé en combat bouclier/épée et j’ai pris des coups)

Dans une bataille, la meilleure garantie de survie réside dans la cohésion du groupe. Comprenez que tant que vous restez à portée de vos camarades, ils peuvent vous protéger. Celui qui s’amuse à jouer les héros et à foncer tout seul sur les ennemis risque de connaître une existence aussi mouvementée que brève.

Ce qui ne signifie pas que vous deviez renoncer à toute action d’éclat. Bien au contraire. Pour moi, les actions d’éclat représentent l’articulation d’un combat. Ce sont les moments marquants, c’est pour ça que le lecteur va lire la bataille, parce qu’il est attaché aux personnages et qu’il a envie de voir ce qu’ils vont faire.

Ces actions héroïques doivent être plausibles, sous peine de détruire la suspension d’incrédulité et de faire décrocher le lecteur. Elles doivent aussi être préparées en amont par le déroulement du combat.

 

 

En conclusion

J’espère que ces quelques notes vous auront aidé.

J’encourage tous les écrivains à tester au moins une fois dans leur vie un combat en groupe. Le plus simple (et le moins dangereux) serait une mêlée de GN (jeux de rôle grandeur nature, qui se pratique avec des épées en mousse). Vous verrez, ça change la perspective.

 

Si on résume, avant d’écrire un combat de groupe, voici quelques points à vérifier :

— Qui sont les protagonistes par les yeux desquels vous allez raconter le déroulement des événements ?

— Ont-ils de l’expérience martiale ? Ont-ils déjà combattu dans un groupe ? Vont-ils combattre avec des gens qu’ils connaissent ou avec des inconnus ?

— Le groupe est-il organisé ? S’attend-il à l’attaque ? Quel est son degré de préparation ?

— Quel est le degré de réalisme que vous êtes prêts à intégrer au niveau de la violence et des blessures ?

— Quelles seront les actions d’éclat et les moments marquants de la bataille ? Comment allez-vous les amener pour que le lecteur ne se dise pas que c’est complètement irréaliste et tiré par les cheveux ?

 

 

Si vous avez d’autres suggestions, vos propres trucs, des éléments que vous aimez retrouver dans les batailles et dont je n’ai pas parlé ici, n’hésitez pas à m’en faire part, je suis preneuse !

En attendant, bonne écriture !

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