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6 vérités sur l’autoédition

Cela fait quelque temps que je vois des débats assez animés sur Twitter au sujet de l’édition, de ce qu’attend un éditeur, mais également au sujet de l’autoédition.

C’est un sujet qui me tient à cœur car si je suis publiée chez différents éditeurs pour des nouvelles (Bragelonne,  Etherval, Brins d’éternité, L’IvreBook…), et chez Au Loup pour une série de romans jeunesse, je suis aussi autoéditée depuis 2015.

J’ai en effet à mon actif deux séries : La Ligue des ténèbres (un feuilleton steampunk et geek) et Kerys (une comédie de steampunk lovecraftien).

Je me rends compte que même si on parle beaucoup plus volontiers de l’autoédition qu’il y a quelques années, certains pans restent assez méconnus. Je me permets donc d’ajouter ma pierre à l’édifice et de parler, attention, roulement de tambour, des vérités de l’autoédition !

1. Vous allez en baver

Si, si, autant l’accepter tout de suite : vous allez en baver, parce que c’est parfois le parcours du combattant.

Parce que si vous croyez qu’autoéditer consiste à charger votre fichier dans Amazon KDP et appuyer sur « publier », vous allez au-devant de grandes désillusions.

Je m’explique.

2. Ce n’est pas la solution de facilité

Je l’entends souvent : les auteurs autoédités sont des aigris qui ont été refusés par l’édition traditionnelle et qui choisissent la voie de la facilité en publiant eux-mêmes.

Je pense que c’est vrai pour certaines personnes et que, si un texte a été refusé par les ME, il faut se demander pourquoi et si l’on ne peut pas l’améliorer.

Après, de mon expérience, les autoédités publient surtout parce qu’ils ont des textes qui ne rentrent pas forcément dans les cases de l’édition traditionnelle, ou que c’est une histoire qui leur tient à cœur et dont ils veulent garder le contrôle.

Certains auteurs passent par l’autoédition car ils ne se reconnaissent pas dans le temps éditorial : à quoi bon attendre parfois des années une réponse, travailler des mois et des mois sur un roman, qui finalement n’aura une durée de vie que de quelques semaines dans les rayons des librairies, avant de sombrer dans les limbes de l’oubli ?

Le constat est aussi financier : dans un contexte économique où les droits d’auteurs fondent à vue d’œil, l’autoédition offre une rémunération bien plus conséquente que les pourcentages du circuit traditionnel.

Pour La Ligue des ténèbres, je tenais à garder le contrôle de mon projet. Je savais que c’était un projet atypique et j’avais envie de le mener à bien. Saut de l’ange dans le monde de l’autoédition, donc. Youpi, agitez les pompons d’encouragement !

À ce stade, je savais que ce serait du boulot, mais je ne réalisais pas à quel point.

Dans l’édition traditionnelle, votre éditeur emploie un correcteur (pour le fond et la forme), il s’occupe de la maquette de votre livre, de sélectionner et payer un artiste pour la couverture. Il gère la préparation des ebooks et le tirage papier. Il prend en charge la diffusion, la relation avec les librairies, avec les festivals. Il assure la communication.

Dans l’autoédition, tout ça, c’est à votre charge.

3. Soyez honnête avec vous-même

Une des grosses difficultés de l’autoédition est pour moi l’autoévaluation.

Dans l’édition traditionnelle, vous travaillez avec un correcteur qui s’occupe de relire votre texte et votre éditeur vous dit quand un texte est prêt à être publié. Il y a donc une validation extérieure.

Dans l’autoédition, cette lourde charge vous revient.

Comment décider qu’un texte est prêt à être publié et qu’on a été jusqu’au bout des corrections ? Que c’est le meilleur texte que vous puissiez proposer à vos lecteurs ?

Il n’existe pas de réponse parfaite à ces questions, chaque auteur doit se connaître suffisamment pour en juger et doit considérer son œuvre avec honnêteté : sans mégalomanie excessive mais sans laisser non plus libre cours à son syndrome de l’imposteur.

Croyez-moi, quand vous avez la tête dans le guidon, céder à un excès ou à un autre est très aisé.

4. Soyez bon en communication

On l’entend souvent qu’il faut être bon en communication pour s’autoéditer efficacement, et pour le coup, c’est vrai.

Il faut maîtriser au minimum les outils de communication (Facebook, Twitter, Instagram et autres, il faut avoir un site ou un blog). Il ne faut pas hésiter à se mettre en avant, à démarcher de parfaits inconnus, que ce soit sur Internet ou dans la vie réelle.

Mais pas de panique : ça s’apprend. On peut se former sur le tas ou au contact d’autres personnes, ou suivre des formations (j’en ai vu passer quelques-unes sur les bases du marketing et l’utilisation des réseaux sociaux).

Alors, on ne va pas se leurrer, c’est plus simple pour certaines personnes que pour d’autres. Ayant un caractère introverti, c’est dur pour moi de me mettre en avant et de prendre contact avec des gens que je ne connais pas du tout pour leur proposer mes livres. Le jeu en vaut pourtant la chandelle et on apprend rapidement à passer outre l’inconfort.

Je me permets également d’insister sur un point essentiel : la politesse.

C’est très facile d’être malpoli sur le net, surtout avec les idiots. Rappelez-vous, soyez polis, même avec les cons. Je sais, ça fait mal, des fois le clavier démange. Mais une engueulade virtuelle ne vous apportera qu’un moment passager de satisfaction et risque au contraire de ternir durablement votre image.

Un des meilleurs conseils que j’aie pu lire à ce sujet vient du livre Write Publish Repeat et disait en substance que, sur le net, il fallait se comporter comme si on était invités chez des gens qu’on ne connaissait pas et donc rester poli, même si on n’était pas d’accord.

5. Sachez vous entourer

S’il y a vraiment une chose que cette aventure m’a apprise, c’est qu’il ne faut pas rester seule.

Revenons au point 2 et regardez toutes les tâches que vous allez devoir accomplir. Dites-vous que vous ne pourrez pas tout faire bien tout seul : il va falloir trouver des personnes qui pourront vous aider.

C’est suite à ce constat que des amis auteurs et moi avons créé le collectif Hydralune.

Nous sommes un regroupement d’auteurs, similaire à une association, et qui a le fonctionnement d’une maison d’édition : les œuvres passent par un comité de lecture avant d’être validées, nous avons des correcteurs/trices attitrés/ées, nous avons une charte graphique et une maquette commune, nous vendons via le même site internet. Nous louons des stands ensemble dans les salons du livre. La particularité est que chaque auteur reste propriétaire de ses droits et responsable de l’exploitation de ses œuvres

Chaque membre a des compétences (communication, gestion du site internet, création de la maquette, relecture…) qui sont mises en commun.

Nous utilisons beaucoup le bénévolat, mais payons certains intervenants, notamment les artistes pour les couvertures. À titre personnel, je sais que si un jour je dégage assez de bénéfices, je chercherai un/e correcteur/trice professionnel/les pour les relectures, et quelqu’un qui s’y connaisse bien en fabrication d’ebook (parce que c’est chronophage !).

Il faut néanmoins se dire que pour autoéditer, il faut un pécule de départ.

6. L’autoédition coûte de l’argent

On a trop tendance à croire que l’autoédition ne coûte rien et c’est faux.

Même si vous publiez en numérique uniquement, vous devrez payer votre illustrateur, ou les photos que vous allez utiliser pour la couverture (même si des sites comme Shutterstock offrent des banques d’images à des prix réduits, il faut quand même mettre la main au portefeuille).

Si vous choisissez un tirage papier, il faudra avancer les fonds pour le financer.

Vous aurez également des frais annexes : hébergement du site internet, impression de marque-pages, de flyers, d’un roll-up, matériel pour les salons (une nappe, des porte-livres…).

Si vous voulez participer à des salons, l’inscription est très souvent payante, et les prix peuvent grimper très très vite pour les gros événements. Il faut de plus se rendre sur place et s’y loger. Il faut prévoir un budget nourriture, bref, tous les frais annexes qui peuvent rapidement plomber un budget.

C’est un constat bassement matériel mais qu’il faut garder en tête : si vous voulez vous autoéditer, il faudra un petit pécule de départ.

J’espère vous avoir éclairés avec cet article.

L’autoédition est pour moi une formidable aventure, avec de bons moments et de fichus quarts d’heures, mais je ne regrette aucunement de m’être lancée, car j’ai énormément appris, que ce soit tant en écriture qu’en management.

Et puis, pour rien au monde je ne renoncerai à la proximité avec mes lecteurs !

Nobliaux et sorcières – Terry Pratchett

Résumé

Le royaume de Lancre au cœur des montagnes du Bélier. Si petit. Tout juste s’il ne faut pas un passeport pour s’allonger. Retour de voyage, trois sœurcières y retrouvent leurs pénates, dont l’une, Magrat, pour épouser le roi Vérence. Les noces approchent. Tout devrait se passer comme dans un songe de nuit d’été. Si l’imprudence des uns et des autres ne risquait d’ouvrir le monde au retour des Seigneurs et Dames. Des Nobliaux. Des Lumineux… Les elfes sont si beaux, si gueulamour. Les elfes sont cruels. Ils prennent tout. Et ils offrent la peur en échange. Autour des trois sœurcières à la peine, une affiche exceptionnelle avec notamment : l’archichancelier Mustrum Ridculle, le bibliothécaire de l’Université (« Oook ! ») et le deuxième grand amant du monde, Giamo Casanabo.

Mon avis

Oui, je sais, ma PAL est monstrueuse et ne cesse de grandir, mais je ne peux pas m’en empêcher : je relis les Terry Pratchett.

J’avoue avoir une affection toute particulière pour les sorcières, et Nobliaux et sorcières est un de mes préférés.

J’aime ce roman parce qu’il est drôle. L’humour de Nounou Ogg fait toujours mouche. L’arrivée des mages à Lancre est géniale, le bibliothécaire et l’économe sont égaux à eux-mêmes, tout comme Ridculle et Stibon. Casanabo est à hurler de rire et son duo avec Nounou est absolument génial.

Il y a des moments qui arrivent à être à la fois tordants et épiques, notamment la danse des bâtons et des seaux, ou la transformation de Magrat en guerrière sans peur.

J’aime aussi Nobliaux et sorcières parce qu’il est très touchant. Mémé Ciredutemps et Mustrum Ridculle, deux des personnages au caractère le plus trempé de la série, dévoilent ici une histoire commune, qui aurait pu évoluer différemment (le fameux pantalon du temps). On découvre une facette plus fragile de Mémé et ça ne rend son personnage que plus fort.

Magrat et Vérence sont eux aussi attachants, avec leurs doutes et leurs errances. La transformation de la sorcière est particulièrement jouissive.

Nounou Ogg n’est pas en reste et on réalise qu’à sa manière, elle est aussi puissante et aussi dangereuse que Mémé, probablement parce que tout le monde la sous-estime.

Comme tous les romans du Disque-Monde, Nobliaux et sorcières est aussi très riche. Le roman parle à la fois de la vie dans une petite communauté que de l’accomplissement personnel, des choix qu’on peut faire et qui vont changer notre vie du tout au tout. Il aborde le thème de la vieillesse qui s’oppose à la jeunesse, du rôle des sorcières et des sacrifices que ce poste implique.

Avec les elfes, il y a bien sûr les clins d’œil à la littérature (Shakespeare en tête), aux contes de fées et à tout le folklore qui va avec.

C’est très riche et foisonnant.

Si je devais mettre un bémol à ce roman, c’est que la mise en place met un peu de temps et qu’à l’inverse, la résolution est assez rapide.

Mais dans tous les cas, c’est encore un très bon Pratchett !

Celles dont le nom fait frémir

J’ai l’immense plaisir de vous annoncer la sortie de Celles dont le nom fait frémir chez Hydralune, dernier tome de la trilogie Kerys.

Vous pouvez admirer le splendide travail de Melle Sue sur la couverture

Branle-bas de combat à Sainte-Victoire : les Dévoreuses arrivent !

Les mercuriens et leurs nouveaux alliés doivent faire face à la plus grande menace qu’ils aient jamais affrontée et le sort semble se liguer contre eux. Déjà attaqués dans l’ombre par les individualistes de Maréchal et les Indicibles menés par Orchua, voilà qu’un général ambitieux tente de profiter de la situation pour prendre le contrôle des brigades et que la flotte austrénienne attaque.

La plus importante bataille des mercuriens s’annonce bel et bien serrée !

Celles dont le nom fait frémir est disponible en papier et en numérique chez Hydralune.

Vous pouvez également retrouver le roman en numérique chez Amazon, Fnac, Kobo et Google play

Escrime pour les écrivains – L’épée à la Renaissance

La Renaissance : c’est une période un peu bâtarde, qui n’est pas vraiment unifiée d’un point de vue historique.

La Renaissance, c’est la redécouverte par les intellectuels des savoirs antiques (grecs et romains, principalement). Elle commence à la fin du XIIIe siècle en Italie, plutôt au XIVe pour d’autres pays.

Il n’y pas de coupure franche avec l’époque moderne, mais plutôt un glissement qui se fait au début du XVIIe.

La Renaissance est une époque très florissante d’un point de vue intellectuel : les marchands vénitiens et florentins commercent avec les arabes et apportent le savoir de l’Orient, on redécouvre l’Antiquité, il se crée un vrai réseau intellectuel européen. Le monde de l’art explose. Pour l’élite européenne, se cultiver devient un impératif.

Mais, c’est également une époque très troublée, avec guerres de religion, luttes pour le pouvoir et criminalité.

Dans cette optique, je vous propose de nous intéresser aux armes typiques de cette période et à la manière de les manier.

Pour des raisons de taille, je scinderai mon propos en deux articles : d’abord j’aborderai les épées de la Renaissance, puis je parlerai des autres armes.

L’épée

L’épée est un peu la star de l’époque.

Porter l’épée devient un impératif social : on est dans une culture virile (surtout en Italie). Comme je le disais en introduction, le contexte historique est assez troublé, et il faut savoir se défendre. Un homme bien né se doit donc de porter l’épée et de savoir la manier.

Au début de la Renaissance, les lames vont avoir tendance  à être larges, et la garde peu ouvragée (vestige du Moyen Âge).

Globalement, au fur et à mesure de la Renaissance, les lames vont s’allonger, s’affiner et la garde va se complexifier.

L’épée mesure autour d’1m. Elle pèse rarement plus d’1kg300. Encore une fois, c’est un poids qui peu impressionner, mais qui en réalité n’est pas si important que ça, surtout avec de l’entraînement.

Ces épées ne sont pas très lourdes, car elles sont conçues pour être portées au quotidien.

Elles sont belles, car ce sont des accessoires esthétiques (les forgerons de la Renaissance se sont fait plaisir et ont testé beaucoup de formes différentes).

Les différentes parties d’une épée

Le ricasso est une partie de la lame qui n’est pas affûtée. Cela a une importance pour la tenue de la lame

Comme vous le voyez, on peut placer son index sur la lame. Il est protégé par la garde et par le pas d’âne (le cercle de métal juste au-dessus de la garde), et cela permet une tenue plus fine de l’épée, et plus de précision si on veut jouer de pointe.

On évolue d’une escrime de taille et d’estoc, vers une escrime plutôt d’estoc (de pointe), qui préfigure la rapière du XVIIe siècle (j’en parlerai dans un prochain article).

L’avantage avec la Renaissance, comparé au Moyen Âge, c’est qu’avec le développement de l’imprimerie, on commence à avoir des sources écrites. Je vais donc vous parler de deux grandes traditions de maniement de l’épée :

— La tradition italienne : les maîtres bolonais.

Ça tombe bien, les maîtres bolonais, c’est ce que mon mari et moi étudions spécifiquement. Pour la petite histoire, l’école bolonaise regroupe plusieurs traités, écrits du début du XVIe jusqu’à sa fin.

Le style bolonais est une escrime à la fois de taille et d’estoc, qui se caractérise par une grande mobilité des combattants. Ce style est plutôt élégant, il témoigne d’une recherche de « Sprezzatura », désinvolture en italien, ou l’art de faire croire que tout ce qu’on accomplit se fait facilement, sans aucun effort.

On commence à voir apparaître un jeu d’esquive, de parade/risposte et de contre-attaques, qui préfigure l’escrime moderne.

L’école bolonaise a beaucoup de gardes, certaines avec des noms imagés : la queue longue, la porte de fer, la garde de la licorne, la garde haute… Pensez-y si vous voulez créer votre propre escrime parfum Renaissance.

Le maniement de l’épée seule

L’épée se manie principalement seule. Le style, comme je l’ai dit, se compose de coups de taille, mais aussi d’estoc.

Dans l’école bolonaise, les coups de tailles principaux sont :

— les mandritti, maindroit en italien. Les mandritti recouvrent tous les coups qui vont de la droite vers la gauche (comme un coup droit au tennis)

— Les roversi, revers en italien. Cette fois, c’est l’inverse, ce sont tous les coups qui viennent de la gauche vers la droite (comme un revers de tennis, pour continuer dans la métaphore).

— Les fendente (fendants) : coups du haut vers le bas.

— Les montante (montants): coups du bas vers le haut.

En action, ça donne ça :

Ou ça 

L’épée peut donc se manier seule,  ou avec d’autres armes :

— Dague : là, on est vraiment dans un jeu de parade et riposte. Retenez qu’en général, on va parer les attaques qui viennent de la gauche avec la dague et celles qui viennent à droite avec l’épée.

On attaque très rarement avec la dague, principalement pour des raisons d’allonge, et parce que c’est dangereux de s’approcher trop près de son adversaire (lui aussi a une dague, et le risque de se faire taillader si on s’avance est grand).



— Bocle (petit bouclier d’environ 20 cm de diamètre et qui pèse environ 1kg).

La bocle sert principalement à protéger la tête et la main d’arme. Cette escrime est plutôt une escrime de jeu (j’y viens un peu plus loin).

— Rondache (bouclier un peu plus grand, qui pourrait rappeler le bouclier viking).

— Cape :

Elle remplace la dague et  peut donc servir à parer un coup.

— Deuxième épée (si, si)

Oui, ce n’est pas qu’un fantasme de rôliste : ça existe. On ne sait tout de même pas dans quel contexte la double épée était utilisée (jeux ? duels ?).

La difficulté quand on manie deux épées, c’est de ne pas s’emmêler avec ses lames et de ne pas s’auto-infliger de blessure. C’est bien plus compliqué qu’à l’épée/dague, où on a une petite lame et une grande lame qui se gênent pas.

Globalement, à la double épée, l’épée de droite va parer les coups venant à droite et inversement pour l’épée gauche. Pour l’attaque, on va essayer de déborder son adversaire en le forçant à parer avec des mouvements amples, pour tenter de se glisser entre les armes.

A noter que la double épée, c’est très compliqué à manier efficacement, parce que cela implique qu’on soit très bon de la main droite comme de la main gauche (ce qui veut dire double dose d’entraînement).

— La tradition allemande

Il n’y a pas de franche rupture avec les traditions des siècles précédents, mais si vous cherchez un auteur phare de la période, regardez les œuvres de Joachim Meyer.

Les coups ne changent pas beaucoup par rapport à l’école bolonaise, on retrouve plus ou moins les mêmes gardes.

La grosse différence, c’est la posture très basse, et présence d’une garde avec l’épée au-dessus de la tête, pointe vers le bas, qui permet à la fois de parer, et d’engager le fer pour attaquer.

L’arme principale est l’épée à deux mains, pas une énorme épée (genre épée de frappe des lansquenets).

Les gardes sont nombreuses et porte des noms assez évocateurs : garde du bœuf, garde de la charrue. Notez au passage qu’entre les bœufs, les sangliers et les licornes, on est vite dans un registre animalier.

Cette arme se manie elle aussi de taille et d’estoc (l’escrime de pointe est, par contre, souvent interdite quand se bat pour le jeu, car c’est dangereux. Le risque de ne pas contrôler un coup et de blesser gravement, voire de tuer son partenaire n’est pas négligeable. Ne faites pas ça chez vous, les enfants).

Les manuscrits allemands détaillent de nombreux mouvements de retraite et de fuite, pour se dégager si l’adversaire prend le dessus. Les prises de lutte sont également très nombreuses : quand la distance entre les escrimeurs est raccourcie, il est possible d’attraper son adversaire pour le désarmer et/ou le faire tomber.

L’épée à deux mains est une arme souvent d’école, mais la même philosophie peut se retrouver avec toutes les armes de la Renaissance. Comme je le disais plus haut, l’utilisation de l’estoc est réglementée et pour le jeu, les lames ne sont pas aiguisées.

Outre l’épée à deux mains, les allemands vont adopter rapidement la rapière (grosso modo, elle ressemble à l’épée seule italienne. À noter que la rapière est la seule épée qui, à la base, est étrangère aux Allemands). La fin de la Renaissance coïncide d’ailleurs avec la fin de l’importance de l’escrime germanique sur le devant de la scène. Beaucoup de maîtres d’armes allemands vont définitivement adopter la rapière.

Voici quelques vidéos pour montrer à quoi cela ressemble. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à parcourir la chaîne, j’ai eu l’occasion de suivre un atelier de Robert Rutherfoord et c’était chouette !

La place de l’épée

« Les épées, c’est fait pour tuer », c’est quelque chose que les pratiquants d’AMHE entendent souvent. En général, on répond : « oui, mais pas que ».

— La défense et la guerre.

Ne nous leurrons pas, la Renaissance est une époque troublée, et savoir manier l’épée pour se défendre et pour faire la guerre était une nécessité.

De plus, la guerre représentait une opportunité pour la petite noblesse sans fortune de gagner argent, terres ou gloire et de gravir ainsi l’échelle sociale.

L’épée était une arme très prisée pour les champs de bataille, mais aussi pour les escarmouches, les embuscades, les razzias et autres pillages.

— Les duels

Ils existaient, mais étaient très encadrés, beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire. Avant d’en arrivait au duel, il y avait des procédures très contraignantes, pour tenter de régler le litige autrement que par les armes.

Oui, il y avait des morts, mais dans la plupart des cas, les duels se soldaient par des blessures (qui pouvaient s’infecter et entraîner la mort dans d’atroces souffrances quelques jours plus tard, mais c’est un autre problème).

Il existait aussi des duels « sauvages », punis par la loi du coup. Vous pouviez donc gagner votre duel, mais vous faire exécuter par la suite. Dommage…

— Un impératif social

J’y reviens encore, mais c’est un aspect qu’on oublie souvent. Pour un homme de la Renaissance, surtout pour quelqu’un qui va fréquenter les cours, qu’elles soient d’Italie, d’Angleterre, de France ou d’Allemagne, il est de mise de savoir un certain nombre de choses, dont manier l’épée.

Malgré tout, il faut savoir que le port de l’épée était extrêmement encadré et réglementé. Dans certaines citées franches allemandes, tirer son arme dans l’enceinte de la ville pouvait par exemple vous valoir une très forte amende et de la prison.

— Une escrime de jeu

Et oui, au XVIe siècle commence à apparaître une escrime dite de salle, qui est plus ou moins l’ancêtre de notre sport. On sait que chez les italiens, on s’entraînait sous la houlette du maître avec une Spada da gioco (épée de jeu), à la différence de la spada da filo (épée affutée) qui servait à des usages plus militaires.

On sait aussi qu’il existait un contexte pour les coups. L’estoc (les coups de pointe) était réservé à la défense et à la guerre. Pour l’entraînement ou le jeu, on privilégiait la taille. Ou carrément le plat de lame, par exemple pour contrôler quelqu’un sans le tuer.

Escrimer, c’était une manière de prouver sa virilité, mais aussi de canaliser l’énergie des jeunes, car les anciens trouvaient la nouvelle génération était à la fois trop molle et trop énervée. Comme quoi, rien ne change vraiment.

J’en ai fini avec cette première partie, rendez-vous dans le prochain article, où nous parlerons des autres armes de la Renaissance.

Je tiens à remercier pour cet article Pierre-Alexandre Chaize (docteur et auteur de la thèse « les arts martiaux de l’occident médiéval : comment se transmet un savoir gestuel à la fin du Moyen-Âge) et Pierre-Henri Bas (docteur également et auteur de la thèse « le combat à la fin du Moyen-Âge et dans la première modernité : théorie et pratiques) dont l’expertise et la vaste culture m’a énormément aidée pour cet article. Merci à mon mari, Aurélien Calonne, qui lui aussi a beaucoup contribué (Vous pouvez retrouver ses travaux sur son blog Nimico). Merci aux membres du REGHT pour le soutien et l’aide pour les vidéos !

Un Bon gobelin chez Etherval

Les gobelins sont de retour !

Ceux qui me suivent depuis quelque temps déjà savent de quoi je parle : ils ont tenté de conquérir l’espace dans Grakaash, conquérant des étoiles et concouru pour Les Jeux de la glace

.  Yorgl et sa bande de gobelins sont de retour chez Etherval, dans la nouvelle Un Bon gobelin.

Par une manigance des elfes, Yorgl hérite de pouvoirs magiques plutôt encombrants et pour le moins entropiques. De catastrophes en explosions, Yorgl devra résoudre l’équation suivant : peut-il rester un bon gobelin même s’il fait de la magie ?

Réponse dans les pages d’Etherval !

Bonne lecture à vous