Critiques

Vert-de-Lierre – Louise Le Bars

 

Résumé

Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa grand-mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre. À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

 

Mon avis

 

Cela fait un moment que je vois passer des avis sur ce roman, et j’ai profité d’un salon où j’ai croisé l’autrice pour acheter le livre.

 

Je ne regrette pas ma lecture.

 

C’est un livre assez étrange, qui parle à la fois d’un écrivain en mal d’inspiration, de deux mystérieuses femmes mises au banc d’un village, d’une légende sur un vampire végétal et de la condition féminine au travers des siècles.

La narration reprend ce côté multiple de l’intrigue, car on alterne entre Olivier et le roman de Rose qu’il lit.

J’ai bien aimé tout ce côté de narration imbriquée et d’avoir ces différentes histoires qui se font écho et finissent par se rejoindre.

J’avais vu venir les révélations finales, mais c’est somme toute bien amené et logique dans la progression du roman.

 

Le rythme est assez lent, ça ne m’a pas déplu, mais si vous êtes amateurs de romans trépidants, Vert-de-Lierre risque de ne pas vous plaire.

 

J’ai également aimé la plume de Louise Le Bars, très délicate et raffinée, un vrai régal à lire.

 

En résumé : un roman inclassable, entre conte de fée, horreur et introspection, servi par une plume poétique.

Les oubliés d’Ushtar – Emilie Querbalec

Résumé

Ushtâr, planète-océan des confins.

Lorsque, après une guerre aussi brève qu’inégale, le Gouvernement tombe aux mains du régime autoritaire et ultra-patriarcal d’Albâr, Gul-Yan n’a d’autre choix que de fuir avec les autres Infants. Objectif : sauver la Gemme de Vie, dépositaire de la mémoire de son peuple. Mais cette évacuation ne se déroule pas comme prévu…

Dans les méandres d’une cité à moitié engloutie, la traque commence. Or, rien n’arrête les Nadjams, ces soldats programmés pour tuer.

Rien, sauf peut-être l’Arme-Vie. Mais celle-ci n’est-elle pas une simple légende ?

 

 

Mon avis

Je connais la plume d’Émilie Querbalec par le magazine Etherval. J’avoue que j’apprécie sa sensibilité et son côté à la fois très fluide et très ciselé.

J’ai été heureuse de la retrouver dans ce roman : c’est vraiment très bien écrit, sans jamais être lourd. Les descriptions sont splendides, délicates et poétiques, ça se lit tout seul.

 

J’ai aussi aimé l’univers décrit, il est très riche et assez original (inspiré des philosophies orientales, il me semble).

On sent que c’est travaillé et qu’il y a eu des heures de recherches et de réflexion pour livrer un tout cohérent : il y a une attention aux détails, notamment de la vie quotidienne, à la philosophie, qui fait vraiment exister Ushtar.

 

J’ai eu un peu plus de mal à accrocher aux personnages principaux : j’ai trouvé que Gul-Yan et Illâan étaient un peu lisses, un peu trop archétypaux.

J’ai trouvé les personnages secondaires plus intéressants, notamment la matria Pi-Yan et le clone Joon-One. La matria est une femme forte, qui se retrouve à devoir naviguer en politique à choisir entre ses croyances et son but final. Ses doutes et ses peurs sont très bien rendus.

Joon-One est un clone dévoué fanatiquement à l’empire d’Albâr. Mais il entre en contact avec une gemme-mémoire et récupère une voix qui va le faire douter et remettre en question ce en quoi il croit. De tous les personnages, j’ai trouvé que c’était celui qui évoluait le plus et qui m’a le plus touché.

 

Malgré un départ très fort, l’histoire se déroule de manière assez lente, sans que ce soit une critique, car cet aspect un peu contemplatif sert les thèmes généraux du roman (la mémoire d’un peuple, le choix, la place d’un individu dans une société).

Je regrette quand même que l’intrigue manque un peu de surprise et de rebondissements. Je regrette aussi que beaucoup des noms aient des consonances similaires, ce n’est pas évident pour se repérer !

Les meurtres de Molly Southborne – Thade Thompson

 

Résumé

Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont-elles simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge. Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi. Ne saigne pas. Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent. Si tu trouves un trou, va chercher tes parents. Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu… Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop le prix. Celui du sang.

 

Mon avis

Pour un voyage en train, j’avais sélectionné cette novella de la collection « Une heure lumière » du Belial, parce que le résumé m’inspirait.

 

Le texte est effectivement assez court et se lit en un peu plus d’une heure. C’est donc très prenant et sans temps mort.

 

On découvre donc l’histoire de Molly, qui est victime d’une étrange affliction : dès qu’elle saigne, elle crée un clone d’elle-même qui va chercher à la tuer. Heureusement pour elle, elle peut compter sur ses parents, notamment sur sa mère, une femme au passé trouble experte en combat et en armes.

 

Le début décoiffe, on ne sait pas trop ce qui se passe et d’où vient cette malédiction. On suit Molly au fur et à mesure qu’elle en découvre l’ampleur et qu’elle et ses parents établissent des règles pour survivre.

C’est brut de décoffrage, assez gore par moment et ça a un côté à la fois film d’horreur et conte de fées.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette partie.

 

J’avoue avoir moins accroché au dernier tiers, j’ai trouvé que l’intérêt retombait un peu et je n’ai pas entièrement était convaincue par la fin (il y a un retournement que j’avais vu venir dès le début) et par l’explication de cette malédiction.

 

Malgré tout, c’est un texte que je recommande si vous cherchez une histoire courte et palpitante.

La Passe-miroir, Christelle Dabos

Je pense que tout le monde maintenant a entendu parler de La Passe-miroir, saga de Christelle Dabos, révélée par le concours Gallimard jeunesse.

 

J’avoue que le pitch était alléchant : 

 

Sous ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons, la jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

 

 

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour le lire ? Et bien parce que je me méfie des effets de mode et que les dernières fois qu’on m’avait vendu un roman en m’annonçant que c’était la révélation en fantasy du siècle, j’avais été un peu déçue (coucou, Kvothe !). J’ai aussi attendu parce que, à l’inverse, si ça me plaisait, je n’avais pas envie d’attendre la sortie des romans (oui, je sais, je suis compliquée ^^).

Alors bon, comme le tome 4 est sorti, je me suis lancée. Verdict :

 

Read more…

Killjoys

Aujourd’hui, il ne sera pas question de livres, mais plutôt d’une série télévisée que j’ai vraiment envie de faire connaître : Killjoys.

 

Killjoys est une série de science-fiction qui a débuté en 2015 et vient de se terminer. Elle est réalisée par Michelle Lovretta et compte 5 saisons de 10 épisodes chacune.

 

Ma chronique du jour aura pour but de vous expliquer pourquoi cette série est vraiment chouette et pourquoi il faut la voir.

 

Une histoire prenante

 

 

Killjoys se déroule dans un système planétaire fictif : le Quad, composé de 4 planètes (d’où le nom). On suit les aventures d’un trio de Killjoys (les chasseurs de prime locaux) chargés de retrouver des criminels en fuite. Il y a Dutch, belle jeune femme experte en combat au passé très mystérieux, Johnny, son partenaire un peu geek et D’Avin, le frère de ce dernier, ex-militaire à la carrière très mouvementée.

 

Le début de l’histoire est assez convenu, et je craignais d’avoir une énième histoire avec des héros badass et méchants, mais tout au fond avec un cœur d’or.

Assez rapidement, j’ai été conquise. Le passé de Dutch revient la hanter sous la forme de boîtes rouges laissées à son intention par Khlyen, son ancien mentor/figure paternelle avec qui elle entretient des rapports très conflictuels, mêlés d’amour et de haine.

Son  histoire, et celle de D’Avin, ont des points communs et se dessine petit à petit une trame plus grande.

Sans spoiler, disons qu’au fil des épisodes et des saisons, on approfondit l’univers et surtout ce qui s’est passé dans le Quad des siècles auparavant, et qui revient hanter les personnages dans le présent.

C’est bien addictif,  notamment la dernière saison, qui abandonne le format « monster of the week » qui prévalait jusque là pour livrer un feuilleton où on n’a qu’une seule envie : savoir la suite.

 

 

Des personnages attachants

 

L’histoire m’a plu dès le début, mais ce qui m’a vraiment poussée à continuer la série, c’est les personnages. Ils sont vraiment réussis.

 

Si on reprend le postulat de départ, on pourrait se retrouver avec de gros stéréotypes, mais non.

Dutch est une femme d’action, mais aussi une princesse, élevée dans un milieu où on lui a appris l’art de tuer et d’épouser des rois (si, si). Elle est à la fois forte et très féminine, elle a ses fêlures, ses moments de doute et un attachement viscéral à son équipe, qui la rendent très humaine.

Johnny est un geek, qui a une drôle de relation avec l’IA de son vaisseau (l’amour de sa vie, presque), mais il est aussi un homme d’action qui sait se débrouiller et qui de temps à autre, sauve même les autres (et qui s’en vante beaucoup par la suite).

 

D’Avin aurait peu être la caricature de héros sombre et tourmenté, mais malgré son passé compliqué, il est ouvert, bon vivant avec la tête sur les épaules et il a un humour assez féroce, dont son frère Johnny est la première cible.

 

Autour du trio central gravitent un certain nombre de personnages assez colorés : Pree le gérant du bar local (qui lui aussi a un passé assez mouvementé), Zeph, scientifique de génie qui a un peu de mal avec les interactions sociales, Della Seya, une vraie garce de la noblesse de Qresh, le mystérieux Khlyen, qui aime sincèrement Dutch mais n’hésitera pas à la faire souffrir.

Pree dans toute sa splendeur

Les personnages sont tous travaillés et tous attachants à leur manière. Même les méchants et les méchantes. Si, si.

J’avoue que mes coups de cœur vont à Johnny, Pree (qui est absolument fabuleux), Delle Seya (une vraie saloperie, mais tellement jouissive à regarder) et Aneela (celle-là, je ne peux pas vous en parler sans spoiler, mais elle est magique et son actrice est exceptionnelle).

De l’humour

 

Killjoys est certes une série SF bourrée d’action et de retournements, mais c’est aussi une comédie.

 

L’humour passe principalement par les personnages, qui ont une fâcheuse tendance à se vanner allégrement, ou à commenter les situations où ils se trouvent de manière très piquante.

C’est parfois très humour noir (ce que j’apprécie), c’est vraiment drôle et vif et franchement, je me suis payé plusieurs fou-rires au cours de cette série.

 

Un fanservice égalitaire

 

La série Killjoys, comme beaucoup de séries, joue pas mal sur le fanservice. Mais, ce que j’apprécie, c’est qu’il ne se fait jamais au détriment de l’histoire, et qu’il est égalitaire. Les filles comme les hommes assurent le fanservice, et il y en a pour tous les goûts.

 

Que vous aimiez les guerrières, les nobles arrogantes, les médecins de terrain ou les geekettes, vous aurez de quoi faire.

Si vous êtes plus gay flamboyant, homme en uniforme, jeune garçon timide ou silver fox, il y aura forcément quelque chose pour vous plaire. Si, si, je vous l’assure.

 

C’est vraiment chouette que le fanservice ne soit pas uniquement destiné à un public mâle hétérosexuel. Ça repose.

 

Un souci de représentativité

 

Derrière ce fanservice égalitaire, on distingue aussi un souci de représentativité dans la série.

 

Les personnages féminins sont bien représentés et ne servent pas qu’à faire joli.

L’équipe des Killjoys est dirigé par Dutch, et les deux garçons lui obéissent sans que ça soit discuté, c’est un état de fait.

Les autres personnages ne sont pas en reste : Pawter est une médecin qui intervient dans les endroits les moins recommandables du Quad, Delle Seya est la chef d’une importante famille, Zeph commence comme apprentie Killjoy avant de prendre du galon. Bref, pas de potiche, vous l’aurez compris.

J’ai lu à ce titre un article qui faisait un parallèle entre Killjoys et d’autres séries comme Dark Matter ou Orphan Black, et où là aussi les femmes avaient un rôle prédominant (et assuraient des rôles de leader sans que personne y trouve rien à redire). C’est une évolution qui fait plaisir à voir.  

 

Autre représentativité : il y a des personnages de couleur : l’actrice principale, Hannah John-Kamen est d’origine nigériane et norvégienne, Pree est joué par un acteur noir. Fancy Lee par un acteur d’origine coréenne, Delle Seyah par une actrice d’origine vietnamienne. Le casting est loin d’être tout blanc ici.

 

L’univers de Killjoys apparaît aussi comme assez tolérant au niveau de la sexualité. La prostitution n’est pas stigmatisée, les « kinks » comme le BDSM ont l’air aussi de ne pas susciter de foudres des gardiens moraux.

La série présente aussi plusieurs personnages LGBT. Il y a un personnage bisexuel, un couple gay (qui reste ensemble jusqu’à la fin et ne meurt pas !) et aussi une relation lesbienne. Celle-ci est très intéressante parce que l’amour de ces deux femmes les transcende et les fait toutes les deux évoluer pour le meilleur (la scène finale qu’elles partagent est vraiment très belle).

Killjoys met aussi en scène l’homoparentalité, avec un enfant qui a donc deux mères biologiques et un père (ça fait sens dans le contexte, je vous le promets) et mis à part des circonstances un peu particulière pour la conception et la naissance, cette parentalité ne pose aucun problème. Et le garçon en question est très fier de ses deux mamans (il faut dire qu’elles sont badass).

Voilà, j’espère avec cette chronique vous avoir donné envie de voir cette série. En tout moi je me suis régalée à la voir !