Ressources

Procrastination

Aujourd’hui, on va parler d’écriture, et surtout de ressources pour les écrivains.

 

Ceux qui me suivent depuis un moment déjà savent que j’aime bien étudier les techniques d’écriture et me documenter (j’ai quelques articles et des fiches de lecture sur cette page).

 

 

Depuis des années, j’écoute régulièrement le podcast Writing Excuses, animé par Brandon Sanderson, Howard Tayler, Dan Welles et Mary Robinette Kowal (j’en parle ici).

 

 

Le principe de Writing Excuses est simple : « 15 minutes long because you’re in a hurry and we’re not that smart ».

En gros, 15 minutes pour discuter d’un sujet lié à l’écriture, qu’il s’agisse de la création d’un personnage, de comment créer du suspense, ou tout simplement de comment surmonter un blocage.

 

Le podcast est en langue anglaise, ce qui peut rebuter ceux qui n’auraient pas un niveau d’anglais suffisant pour comprendre, je le reconnais. C’est là qu’intervient Procrastination.

 

Procrastination est la version française de Writing Excuses, animé par Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort. « 15 minutes parce que vous avez autre chose à faire et qu’on n’a pas la science infuse ».

Voilà tout est dit.

 

On reprend donc le principe de Writing excuses : 15 minutes sur un thème donné. Et c’est chouette.

 

C’est chouette, parce que comme l’original, Procrastination ne vous donnera pas des réponses toutes faites, mais vous forcera à vous interroger sur votre rapport à l’écriture et sur la manière dont vous voyez les choses.

 

C’est chouette parce que les auteurs ont tous des approches différentes, notamment au niveau du plan d’un roman (architecte et jardinier, je pense que j’y consacrerai un prochain article). Les points de vue se confrontent, on discute même si on n’est pas d’accord, c’est constructif et passionnant, le tout dans une ambiance conviviale et apaisée.

 

Très franchement, certains épisodes m’ont vraiment fait cogiter, d’autres (celui sur les descriptions notamment) m’ont fait mettre des mots clairs sur quelque chose que je pressentais. J’aime bien, parce que ça me force à sortir de ma zone de confort et à envisager d’autres pistes pour des romans et nouvelles que celles que j’avais en tête.

 

Le podcast compte pour l’instant 3 saisons, qui abordent des thèmes variés allant de la place du rêve dans la création au choix du titre, en passant par la rémunération des auteurs dans le monde de l’édition. Apparemment, une quatrième saison serait en préparation (chouette !)

 

Bref, je pense que si vous voulez évoluer dans votre écriture, écouter ce genre d’émission est un must.

 

 

Et maintenant, fini de procrastiner, allez écrire !

 

 

 

Vous pouvez retrouver le podcast sur le site de Lionel Davoust

La saison 1 est également sur Youtube

Architectes et jardiniers

Je vois souvent passer sur les réseaux sociaux des débats entre architecte et jardinier au niveau de l’écriture.

 

Pour information, les termes ont été définis par George Martin, auteur du Trône de fer, pour définir deux types d’écrivains.

 

“I think there are two types of writers, the architects and the gardeners. The architects plan everything ahead of time, like an architect building a house. They know how many rooms are going to be in the house, what kind of roof they’re going to have, where the wires are going to run, what kind of plumbing there’s going to be. They have the whole thing designed and blueprinted out before they even nail the first board up. The gardeners dig a hole, drop in a seed and water it. They kind of know what seed it is, they know if planted a fantasy seed or mystery seed or whatever. But as the plant comes up and they water it, they don’t know how many branches it’s going to have, they find out as it grows.”

 

Voici une traduction de la citation par votre serviteur :

 

« Je pense qu’il y a deux catégories d’écrivains, les architectes et les jardiniers. Les architectes préparent tout à l’avance, comme un architecte construit une maison. Ils savent combien de pièces aura la maison, quel type de toit elle aura, où se trouverons les câbles et quel type de plomberie elle aura. Ils ont conçu et ont les plans de tout avant même de planter le premier clou. Les jardiniers creusent un trou, plantent une graine et l‘arrose. Ils savent quel type de graine ils ont planté, si c’est une graine de fantasy, d’enquête policière ou autre. Mais quand la plante sort et qu’ils l’arrosent, ils ne savent pas combien de branches elle aura, ils le découvrent au fur et à mesure qu’elle grandit ».

 

En gros, l’architecte est celui qui va créer les plans de sa maison avant de la construire. Le jardinier, lui, plante une graine et voit ce qui va sortir.

A noter qu’architecte et jardiniers sont parfois appelés « plotter » et « plantser » sur les sites anglo-saxons.

 

 

J’entends souvent que tel archétype est supérieur à l’autre, parce que plus efficace ou plus intuitif. On va d’abord poser quelque chose qui me semble important de rappeler : ce n’est pas mieux d’être architecte ou jardinier, c’est différent.

 

Je suis architecte, j’ai besoin de construire mon plan à l’avance pour savoir où je vais, sinon je bloque, je procrastine et je finis par laisser tomber. A l’inverse, je connais pas mal de jardiniers qui ont l’impression d’être enfermés par des plans et qui ont arrêté d’en écrire parce que de toute manière, ils ne les respectent pas.

Vous êtes architecte ou jardinier, aucun des deux n’est supérieur à l’autre, c’est juste une manière différente d’aborder l’écriture.

 

 

Chaque méthode a pour moi ses avantages et ses inconvénients

 

Architecte :

 

Les avantages

—  On sait souvent de manière assez précise où on va en terme de longueur.

—  Faire des fiches, c’est plus pratique pour travailler et éviter de perdre des détails.

—  On peut faire relire sa trame en amont à des bêta lecteurs pour éviter les gros plantages.

—  C’est plus simple pour vendre un projet à un éditeur (qui demande souvent d’avoir les trames préparatoire des romans suivants quand on part sur une série. L’éditrice de Au Loup m’a avoué que pour Aiden Jones, le fait que j’ai déjà la trame pour les deux tomes suivants a joué dans la signature du contrat).

 

Les inconvénients

—  Il est facile de se perdre dans sa trame. On procrastine en raffinant une trame qui est déjà très complète, au lieu de l’écrire.

—  Si l’on suit sa trame sans écouter son histoire, et qu’on refuse de dévier, on peut très facilement aller dans le mur. On peut aussi vite paniquer quand on sort de la trame et qu’on se rend compte que ce qu’on avait prévu ne fonctionne pas.

 

 

Jardinier :

 

Les avantages

—  L’histoire est très souvent organique : elle a « poussé » de manière naturelle, les personnages ont une bonne cohérence.

—  Si les jardiniers se prennent tout autant la tête que les architectes sur les textes, ils ont souvent un rapport plus spontané avec l’écriture et leurs histoires. On écrit, on se laisse porter, et il y a souvent de jolies surprises.

 

Les inconvénients

—  On peut parfois se perdre dans son histoire et se retrouver face à un mur, sans savoir comment on est arrivé là et comment on s’en sort.

—  La mémoire humaine est faillible, on oublie souvent des détails de l’histoire (noms de personnages, apparence physique…).

—  On a beau savoir ce qu’on veut faire avec son histoire, les éditeurs veulent du concret et souvent un plan.

 

 

De plus, on n’est jamais totalement jardinier ou totalement architecte. Pour moi, on a une dominante, mais on n’est pas 100 % l’un ou 100 % l’autre.

 

Je reprends comme exemple mon humble personne (la tête, ça va. Par contre, les chevilles sont un peu à l’étroit dans mes Dr Martens).

Je suis architecte pour le plan général de l’histoire, mais j’ai remarqué que je suis totalement jardinière sur des éléments précis. Par exemple, je sais que les personnages doivent aller d’un point A à un point B, mais je ne sais pas comment, ou ce qui va leur arriver. Je ne sais pas exactement à quoi ressemblent les lieux avant de les écrire, et je découvre souvent des tics et des manies des personnages.

 

Rachel Fleurotte qui est plutôt jardinière dans l’âme, fait quand même une tonne de recherches avant tout roman, notamment sur sa dernière série, Les mystères de Joux, parce que c’est une uchronie et qu’il faut être parfaitement au point sur les détails historiques.

 

Une amie autrice, Hermine Lefebvre m’a récemment parlé d’une catégorie d’auteurs qui se définissent comme paysagistes ou randonneurs.

En gros, cette troisième voie se situe entre les deux. Un paysagiste va être plutôt un jardinier, qui décide de “treiller” un peu son oeuvre en amont (avec une trame générale, ou des fiches de personnage par exemple) ou bien un architecte qui décide de partir un peu à l’aventure sur un pan de son oeuvre.

De plus en plus, je me reconnais dans cette voie et je croise des gens sur les réseaux sociaux à qui ça parle.

D’ailleurs, je trouve que cette charte résume assez bien la diversité des profils

Et vous, où vous situez vous? Moi j’étais très lawful plotter il y a quelques années, je suis plus neutral plotter maintenant, avec quelques touches de lawful plantser ^^

 

 

 

Je suis actuellement en train d’écrire un roman en mode total jardinier : sur un carnet, on y va comme ça vient, un peu à l’arrache. Je ne sais pas où ça va me mener et si même ça va donner quelque chose d’exploitable, mais je teste.

 

Pour résumer, il n’y pas de méthode supérieure à l’autre, chacune se valent et vont mieux correspondre à un type de personne. Je pense néanmoins que rien n’est vraiment figé, qu’on évolue au fil de sa carrière et qu’il ne faut pas se cantonner à ce qu’on pense être. Changer de méthode pour un roman, une nouvelle, ou tout simplement pour écrire une scène, ça peut permettre de débloquer un passage. C’est aussi une manière de ne pas rester dans sa zone de confort et d’évoluer.

 

Relations entre personnages – La théorie « Kowal »

Aujourd’hui, nous allons parler écriture, et plus particulièrement relations entre les personnages.

J’aimerais vous faire découvrir une théorie découverte dans le podcast Writing Excuses.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Writing Excuses est un podcast en langue anglaise, animée par quatre auteurs : Brandon Sanderson, Howard Taylor, Dan Welles et Mary Robinette Kowal. Toutes les semaines depuis 14 ans maintenant (oui, je sais, une longévité impressionnante), ces quatre auteurs abordent en 15 minutes un sujet lié à l’écriture.

Dans un des épisodes, Mary Robinette Kowal a développé une théorie sur les relations entre les personnages.

Elle est issue de conseils que sa belle-mère a donné à son fils concernant sa vie sentimentale, et se résume de la manière qui suit : il existe 6 axes qui définissent la personnalité et au plus nos propres axes ressemblent à celui d’une autre personne, au mieux on va s’entendre.

Jusqu’ici, rien de révolutionnaire. La théorie est intéressante quand on l’applique en écriture. Plus on se ressemble et mieux on va s’entendre, mais l’inverse est vrai. On peut se rejoindre sur certains points et diverger sur d’autres. De ces différences vont justement naître les frictions et donc les conflits si chers à nos petits cœurs d’écrivains.

À noter que cette charte peut être appliquée pour de la romance, mais également pour les autres types de relations (amitié, rivalité, relations professionnelles…).

Voyons maintenant quels sont ces fameux six axes, les six « M », si l’on garde leur dénomination anglaise :

Mind / L’intelligence

Il s’agit d’avoir le même degré d’intelligence, mais aussi le même type.

Comme exemple, je citerai Mulder et Scully de la série X Files. Il est intuitif et ouvert au paranormal. Elle est scientifique et rationnelle. Beaucoup de conflits dans la série sont issus de la confrontation entre leurs deux manières d’aborder les choses.

Pour moi, l’intelligence regroupe aussi les centres d’intérêts : on s’entend toujours mieux avec des personnes qui écoutent la même musique, regardent les mêmes films et séries ou lisent les mêmes livres que nous.

Money / L’argent

Il n’est pas forcément question d’avoir la même quantité d’argent, mais d’avoir le même rapport à l’argent : quelle quantité on en veut, ce qu’on est prêt à faire pour en avoir, ce qu’on veut en faire…

Un exemple qui me vient en tête est celui de la série The Haunting of Hill House, où l’argent est une question centrale.

Sans spoiler, l’un des personnages a écrit un livre sur sa famille et a proposé de partager les dividendes avec ses frères et sœurs. Chacun a une réaction différente à ce sujet, entre ceux qui ont besoin de cet argent et ceux qui pourraient faire sans, mais aussi entre ceux qui sont prêts à l’accepter et ceux qui ne veulent pas en entendre parler. La famille est déjà dysfonctionnelle sans cela, mais cette question ajoute encore aux conflits déjà présents.

Morals / Les valeurs morales

Qu’est-ce qui est bien ?  Qu’est-ce qui est mal ? Qu’est-ce qu’on poursuit dans la vie ? Quel est le but de l’existence ?

Je pense que la fantasy fourmille d’exemples de personnages qui se rejoignent pour une même cause (la lutte contre le mal, souvent) ou s’opposent à ce sujet.

En littérature classique, on peut citer Les Misérables, avec Javert et Jean Valjean. Chacun de ses personnages a un code moral assez strict, qui entre en conflit avec celui de l’autre.

Manners / Les bonnes manières

Qu’est-ce qui est poli et qui ne l’est pas ? Comment se comporte-t-on en société ?

À noter que la moralité et les bonnes manières sont deux choses différentes. Le podcast cite comme exemple L’arme fatale : les deux protagonistes veulent la même chose (la poursuite de la vérité et le respect de la loi) mais s’opposent sur la manière de le faire.

Pour moi, cette opposition entre moralité et manière est l’un des ressorts des cops movies.

Monogamy / Monogamie

Il est question ici de savoir si les deux personnages attendent la même chose d’une relation.

Cela marche pour la romance : l’un des deux peut vouloir s’engager, l’autre non. Mais cela fonctionne aussi pour d’autres types de relations : une personne qui pense être très amie avec une autre, alors que la personne en question considère la première comme une simple connaissance.

C’est le moteur principal de la pièce Couple ouvert à deux battants, de Dario Fo. Un mari et une femme qui ne s’entendent plus décident de rester ensemble, mais dans une relation libre. Seulement, si la femme a l’habitude que son mari ait des maîtresses, le mari n’est en réalité pas prêt à voir son épouse batifoler.

Un autre exemple me vient à l’esprit, c’est Littlefinger dans A Song of Ice and Fire de GRR Martin, amoureux de Catelyn Stark, alors qu’elle ne l’a jamais vu que comme un ami (au mieux un petit frère). Et ceux qui ont lu les livres ou vu la série savent à quel point cet amour incompris a façonné la personnalité de Littlefinger.

Marx Brothers / L’humour

Est-ce que les deux personnes rient de la même chose ?

Comme exemple, je prendrai bien la série Castle. Beckett et Castle ne rient vraiment des mêmes choses, et les blagues de l’écrivain ont tendance à agacer la policière.

A l’inverse, dans La Mallorée de David Eddings, on sait que Silk et Liselle s’entendent (et se plaisent mutuellement) parce qu’ils ont le même humour acerbe et caustique.

En conclusion

J’ai franchement beaucoup aimé cet épisode de Writing Excuses et je trouve que l’outil proposé ici est synthétique et utile.

Que ce soit pour savoir ce qui va rapprocher deux personnages ou au contraire, sur quoi ils vont s’opposer, cette théorie donne de bonnes pistes de réflexions pour permettre de créer des relations crédibles et pleines de sens.

6 vérités sur l’autoédition

Cela fait quelque temps que je vois des débats assez animés sur Twitter au sujet de l’édition, de ce qu’attend un éditeur, mais également au sujet de l’autoédition.

C’est un sujet qui me tient à cœur car si je suis publiée chez différents éditeurs pour des nouvelles (Bragelonne,  Etherval, Brins d’éternité, L’IvreBook…), et chez Au Loup pour une série de romans jeunesse, je suis aussi autoéditée depuis 2015.

J’ai en effet à mon actif deux séries : La Ligue des ténèbres (un feuilleton steampunk et geek) et Kerys (une comédie de steampunk lovecraftien).

Je me rends compte que même si on parle beaucoup plus volontiers de l’autoédition qu’il y a quelques années, certains pans restent assez méconnus. Je me permets donc d’ajouter ma pierre à l’édifice et de parler, attention, roulement de tambour, des vérités de l’autoédition !

1. Vous allez en baver

Si, si, autant l’accepter tout de suite : vous allez en baver, parce que c’est parfois le parcours du combattant.

Parce que si vous croyez qu’autoéditer consiste à charger votre fichier dans Amazon KDP et appuyer sur « publier », vous allez au-devant de grandes désillusions.

Je m’explique.

2. Ce n’est pas la solution de facilité

Je l’entends souvent : les auteurs autoédités sont des aigris qui ont été refusés par l’édition traditionnelle et qui choisissent la voie de la facilité en publiant eux-mêmes.

Je pense que c’est vrai pour certaines personnes et que, si un texte a été refusé par les ME, il faut se demander pourquoi et si l’on ne peut pas l’améliorer.

Après, de mon expérience, les autoédités publient surtout parce qu’ils ont des textes qui ne rentrent pas forcément dans les cases de l’édition traditionnelle, ou que c’est une histoire qui leur tient à cœur et dont ils veulent garder le contrôle.

Certains auteurs passent par l’autoédition car ils ne se reconnaissent pas dans le temps éditorial : à quoi bon attendre parfois des années une réponse, travailler des mois et des mois sur un roman, qui finalement n’aura une durée de vie que de quelques semaines dans les rayons des librairies, avant de sombrer dans les limbes de l’oubli ?

Le constat est aussi financier : dans un contexte économique où les droits d’auteurs fondent à vue d’œil, l’autoédition offre une rémunération bien plus conséquente que les pourcentages du circuit traditionnel.

Pour La Ligue des ténèbres, je tenais à garder le contrôle de mon projet. Je savais que c’était un projet atypique et j’avais envie de le mener à bien. Saut de l’ange dans le monde de l’autoédition, donc. Youpi, agitez les pompons d’encouragement !

À ce stade, je savais que ce serait du boulot, mais je ne réalisais pas à quel point.

Dans l’édition traditionnelle, votre éditeur emploie un correcteur (pour le fond et la forme), il s’occupe de la maquette de votre livre, de sélectionner et payer un artiste pour la couverture. Il gère la préparation des ebooks et le tirage papier. Il prend en charge la diffusion, la relation avec les librairies, avec les festivals. Il assure la communication.

Dans l’autoédition, tout ça, c’est à votre charge.

3. Soyez honnête avec vous-même

Une des grosses difficultés de l’autoédition est pour moi l’autoévaluation.

Dans l’édition traditionnelle, vous travaillez avec un correcteur qui s’occupe de relire votre texte et votre éditeur vous dit quand un texte est prêt à être publié. Il y a donc une validation extérieure.

Dans l’autoédition, cette lourde charge vous revient.

Comment décider qu’un texte est prêt à être publié et qu’on a été jusqu’au bout des corrections ? Que c’est le meilleur texte que vous puissiez proposer à vos lecteurs ?

Il n’existe pas de réponse parfaite à ces questions, chaque auteur doit se connaître suffisamment pour en juger et doit considérer son œuvre avec honnêteté : sans mégalomanie excessive mais sans laisser non plus libre cours à son syndrome de l’imposteur.

Croyez-moi, quand vous avez la tête dans le guidon, céder à un excès ou à un autre est très aisé.

4. Soyez bon en communication

On l’entend souvent qu’il faut être bon en communication pour s’autoéditer efficacement, et pour le coup, c’est vrai.

Il faut maîtriser au minimum les outils de communication (Facebook, Twitter, Instagram et autres, il faut avoir un site ou un blog). Il ne faut pas hésiter à se mettre en avant, à démarcher de parfaits inconnus, que ce soit sur Internet ou dans la vie réelle.

Mais pas de panique : ça s’apprend. On peut se former sur le tas ou au contact d’autres personnes, ou suivre des formations (j’en ai vu passer quelques-unes sur les bases du marketing et l’utilisation des réseaux sociaux).

Alors, on ne va pas se leurrer, c’est plus simple pour certaines personnes que pour d’autres. Ayant un caractère introverti, c’est dur pour moi de me mettre en avant et de prendre contact avec des gens que je ne connais pas du tout pour leur proposer mes livres. Le jeu en vaut pourtant la chandelle et on apprend rapidement à passer outre l’inconfort.

Je me permets également d’insister sur un point essentiel : la politesse.

C’est très facile d’être malpoli sur le net, surtout avec les idiots. Rappelez-vous, soyez polis, même avec les cons. Je sais, ça fait mal, des fois le clavier démange. Mais une engueulade virtuelle ne vous apportera qu’un moment passager de satisfaction et risque au contraire de ternir durablement votre image.

Un des meilleurs conseils que j’aie pu lire à ce sujet vient du livre Write Publish Repeat et disait en substance que, sur le net, il fallait se comporter comme si on était invités chez des gens qu’on ne connaissait pas et donc rester poli, même si on n’était pas d’accord.

5. Sachez vous entourer

S’il y a vraiment une chose que cette aventure m’a apprise, c’est qu’il ne faut pas rester seule.

Revenons au point 2 et regardez toutes les tâches que vous allez devoir accomplir. Dites-vous que vous ne pourrez pas tout faire bien tout seul : il va falloir trouver des personnes qui pourront vous aider.

C’est suite à ce constat que des amis auteurs et moi avons créé le collectif Hydralune.

Nous sommes un regroupement d’auteurs, similaire à une association, et qui a le fonctionnement d’une maison d’édition : les œuvres passent par un comité de lecture avant d’être validées, nous avons des correcteurs/trices attitrés/ées, nous avons une charte graphique et une maquette commune, nous vendons via le même site internet. Nous louons des stands ensemble dans les salons du livre. La particularité est que chaque auteur reste propriétaire de ses droits et responsable de l’exploitation de ses œuvres

Chaque membre a des compétences (communication, gestion du site internet, création de la maquette, relecture…) qui sont mises en commun.

Nous utilisons beaucoup le bénévolat, mais payons certains intervenants, notamment les artistes pour les couvertures. À titre personnel, je sais que si un jour je dégage assez de bénéfices, je chercherai un/e correcteur/trice professionnel/les pour les relectures, et quelqu’un qui s’y connaisse bien en fabrication d’ebook (parce que c’est chronophage !).

Il faut néanmoins se dire que pour autoéditer, il faut un pécule de départ.

6. L’autoédition coûte de l’argent

On a trop tendance à croire que l’autoédition ne coûte rien et c’est faux.

Même si vous publiez en numérique uniquement, vous devrez payer votre illustrateur, ou les photos que vous allez utiliser pour la couverture (même si des sites comme Shutterstock offrent des banques d’images à des prix réduits, il faut quand même mettre la main au portefeuille).

Si vous choisissez un tirage papier, il faudra avancer les fonds pour le financer.

Vous aurez également des frais annexes : hébergement du site internet, impression de marque-pages, de flyers, d’un roll-up, matériel pour les salons (une nappe, des porte-livres…).

Si vous voulez participer à des salons, l’inscription est très souvent payante, et les prix peuvent grimper très très vite pour les gros événements. Il faut de plus se rendre sur place et s’y loger. Il faut prévoir un budget nourriture, bref, tous les frais annexes qui peuvent rapidement plomber un budget.

C’est un constat bassement matériel mais qu’il faut garder en tête : si vous voulez vous autoéditer, il faudra un petit pécule de départ.

J’espère vous avoir éclairés avec cet article.

L’autoédition est pour moi une formidable aventure, avec de bons moments et de fichus quarts d’heures, mais je ne regrette aucunement de m’être lancée, car j’ai énormément appris, que ce soit tant en écriture qu’en management.

Et puis, pour rien au monde je ne renoncerai à la proximité avec mes lecteurs !

Into the woods – John Yorke

Comprendre comment les mécanismes narratifs et les histoires fonctionnent ou pourquoi certains personnages nous touchent plus que d’autres est important pour moi. On ne peut pas bien écrire si on ne comprend pas ce qu’on fait, on ne peut pas se renouveler si on ne fait pas attention aux schémas qu’on utilise, aux archétypes et aux clichés qu’on emploie.

Dans cette optique, j’essaye d’écouter des podcasts sur l’écriture (Writing Excuses en tête) ou de lire des livres sur le sujet. Après les classiques (Truby et Lavandier), sur les conseils de mon mari, j’ai attaqué Into the woods de John Yorke

L’auteur est anglais (ça change de la pléthore d’auteurs américains qui ont écrit sur le sujet, avec plus ou moins de bonheur). Il a travaillé beaucoup pour la télé, notamment pour la BBC. Vu son CV, pas d’inquiétude, il sait de quoi il parle.

Son livre n’est pas un manuel de scénario (même s’il donne beaucoup de conseils à ce sujet), mais plutôt une réflexion sur les histoires en général : pourquoi les écrit-on ? À quelles règles obéissent-elles ? Que peut-on en déduire ?

Si vous cherchez un manuel d’écriture, je ne vous conseille pas la lecture : c’est de la théorie beaucoup plus que de la pratique. L’ouvrage est ardu à lire, avec beaucoup de références et de notes de bas de page (qui d’ailleurs sont reportées en fin d’ouvrage au lieu d’être justement en bas de la page. Pas très pratique pour les consulter).

Malgré tout, il vaut vraiment le coup qu’on s’y accroche et certaines idées développées dans le livre ont trouvé un fort écho chez moi.

John Yorke prend en effet à contrepied la théorie des trois actes qu’on voit souvent fleurir dans le cinéma américain. Pour lui, cette structure existe, mais elle est tellement vague qu’on peut l’appliquer à tout. Il préfère y substituer sa théorie des 5 actes, dérivées du théâtre classique (notamment Shakespeare), du monomythe de Campbell et de pas mal d’autres dramaturges (à noter que sa théorie des 5 actes s’applique à la structure présentée par Truby).

À travers une foule d’exemples, Yorke montre que les œuvres les plus percutantes s’articulent en cinq parties. On va essayer de résumer ça simplement :

— Acte 1 : l’exposition, le personnage n’a pas de connaissance et se trouve confronté à ce manque de connaissance. Il s’éveille à la fin de l’acte.

— Acte 2 : Les doutes, que le personnage doit surmonter pour s’éveiller à la connaissance et l’accepter.

— Acte 3 : Il expérimente avec cette nouvelle connaissance et subit (ou provoque) un événement qui va changer la donne.

— Acte 4 : Les conséquences de ce changement, le personnage doute de nouveau et touche le fond.

— Acte 5 : renouveau, le personnage accepte la connaissance et renaît.

Yorke insiste particulièrement sur le milieu. Pour lui, dans une bonne histoire, il s’y trouve donc un retournement, qui permet de rebondir et de se réorienter pour la fin.

C’est une théorie qui, comme toutes les théories peut être contestée. Seulement, il y a effectivement beaucoup d’exemples de cette structure qui fonctionnent et dans différents médias (films, séries, romans, pièces de théâtre…). Je l’ai déjà croisée, formulée différemment, notamment dans certains épisodes de Writing excuses (notamment cet épisode)

J’ai de plus réalisé, en lisant le livre, que c’est quelque chose que j’ai fait assez naturellement pour certaines histoires (dans ma trilogie de Kerys, les trois tomes ont chacun un retournement à peu près au milieu, qui donne de nouveaux enjeux à l’histoire. Mes lecteurs sauront de quoi je parle ^^).

Allez, les lecteurs ! Dites-moi quel est le retournement dans ce tome ^^

Je pense aussi à tous ces auteurs avec qui j’ai pu échanger sur les forums et les réseaux sociaux. Très souvent, le milieu d’une histoire pose problème, c’est le ventre mou. On sent que quelque chose ne va pas, n’est pas assez dynamique et je pense que ce livre peut apporter des pistes de réponses.

Donc oui, il y a matière à réflexion et j’avoue que la manière organique de construire les histoires développées par Yorke m’a beaucoup parlé. Bien plus que tout ce que j’avais pu lire à ce sujet.

Cette théorie est le cœur de l’ouvrage et pour moi la partie la plus intéressante. Ce passage est très dense, complexe à lire. Je pense qu’il méritera plusieurs relectures pour pouvoir se l’approprier.

Outre ces cinq actes, Yorke développe aussi d’autres théories, notamment sur le rythme, les personnages et le dialogue.

J’ai trouvé cette partie-là un peu moins percutante. Non pas qu’elle soit inintéressante et qu’il n’y ai pas des choses à glaner de ce côté-là. Mais elle est plus orientée écriture pour le cinéma ou la télévision (Yorke parle beaucoup des contraintes de ces médias et de l’influence qu’elles ont sur l’écriture). C’est moins universel que ses théories sur la structure et moins parlant pour un auteur ou une autrice.

Voilà en résumé, un livre que je conseille vraiment aux auteurs qui ont envie d’aller plus loin. C’est un livre exigeant, qui suscitera sûrement plus de questions qu’il n’apportera de réponses, mais n’est-ce pas l’essence de l’écriture, toujours se demander « et si » ?