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6 vérités sur l’autoédition

Cela fait quelque temps que je vois des débats assez animés sur Twitter au sujet de l’édition, de ce qu’attend un éditeur, mais également au sujet de l’autoédition.

C’est un sujet qui me tient à cœur car si je suis publiée chez différents éditeurs pour des nouvelles (Bragelonne,  Etherval, Brins d’éternité, L’IvreBook…), et chez Au Loup pour une série de romans jeunesse, je suis aussi autoéditée depuis 2015.

J’ai en effet à mon actif deux séries : La Ligue des ténèbres (un feuilleton steampunk et geek) et Kerys (une comédie de steampunk lovecraftien).

Je me rends compte que même si on parle beaucoup plus volontiers de l’autoédition qu’il y a quelques années, certains pans restent assez méconnus. Je me permets donc d’ajouter ma pierre à l’édifice et de parler, attention, roulement de tambour, des vérités de l’autoédition !

1. Vous allez en baver

Si, si, autant l’accepter tout de suite : vous allez en baver, parce que c’est parfois le parcours du combattant.

Parce que si vous croyez qu’autoéditer consiste à charger votre fichier dans Amazon KDP et appuyer sur « publier », vous allez au-devant de grandes désillusions.

Je m’explique.

2. Ce n’est pas la solution de facilité

Je l’entends souvent : les auteurs autoédités sont des aigris qui ont été refusés par l’édition traditionnelle et qui choisissent la voie de la facilité en publiant eux-mêmes.

Je pense que c’est vrai pour certaines personnes et que, si un texte a été refusé par les ME, il faut se demander pourquoi et si l’on ne peut pas l’améliorer.

Après, de mon expérience, les autoédités publient surtout parce qu’ils ont des textes qui ne rentrent pas forcément dans les cases de l’édition traditionnelle, ou que c’est une histoire qui leur tient à cœur et dont ils veulent garder le contrôle.

Certains auteurs passent par l’autoédition car ils ne se reconnaissent pas dans le temps éditorial : à quoi bon attendre parfois des années une réponse, travailler des mois et des mois sur un roman, qui finalement n’aura une durée de vie que de quelques semaines dans les rayons des librairies, avant de sombrer dans les limbes de l’oubli ?

Le constat est aussi financier : dans un contexte économique où les droits d’auteurs fondent à vue d’œil, l’autoédition offre une rémunération bien plus conséquente que les pourcentages du circuit traditionnel.

Pour La Ligue des ténèbres, je tenais à garder le contrôle de mon projet. Je savais que c’était un projet atypique et j’avais envie de le mener à bien. Saut de l’ange dans le monde de l’autoédition, donc. Youpi, agitez les pompons d’encouragement !

À ce stade, je savais que ce serait du boulot, mais je ne réalisais pas à quel point.

Dans l’édition traditionnelle, votre éditeur emploie un correcteur (pour le fond et la forme), il s’occupe de la maquette de votre livre, de sélectionner et payer un artiste pour la couverture. Il gère la préparation des ebooks et le tirage papier. Il prend en charge la diffusion, la relation avec les librairies, avec les festivals. Il assure la communication.

Dans l’autoédition, tout ça, c’est à votre charge.

3. Soyez honnête avec vous-même

Une des grosses difficultés de l’autoédition est pour moi l’autoévaluation.

Dans l’édition traditionnelle, vous travaillez avec un correcteur qui s’occupe de relire votre texte et votre éditeur vous dit quand un texte est prêt à être publié. Il y a donc une validation extérieure.

Dans l’autoédition, cette lourde charge vous revient.

Comment décider qu’un texte est prêt à être publié et qu’on a été jusqu’au bout des corrections ? Que c’est le meilleur texte que vous puissiez proposer à vos lecteurs ?

Il n’existe pas de réponse parfaite à ces questions, chaque auteur doit se connaître suffisamment pour en juger et doit considérer son œuvre avec honnêteté : sans mégalomanie excessive mais sans laisser non plus libre cours à son syndrome de l’imposteur.

Croyez-moi, quand vous avez la tête dans le guidon, céder à un excès ou à un autre est très aisé.

4. Soyez bon en communication

On l’entend souvent qu’il faut être bon en communication pour s’autoéditer efficacement, et pour le coup, c’est vrai.

Il faut maîtriser au minimum les outils de communication (Facebook, Twitter, Instagram et autres, il faut avoir un site ou un blog). Il ne faut pas hésiter à se mettre en avant, à démarcher de parfaits inconnus, que ce soit sur Internet ou dans la vie réelle.

Mais pas de panique : ça s’apprend. On peut se former sur le tas ou au contact d’autres personnes, ou suivre des formations (j’en ai vu passer quelques-unes sur les bases du marketing et l’utilisation des réseaux sociaux).

Alors, on ne va pas se leurrer, c’est plus simple pour certaines personnes que pour d’autres. Ayant un caractère introverti, c’est dur pour moi de me mettre en avant et de prendre contact avec des gens que je ne connais pas du tout pour leur proposer mes livres. Le jeu en vaut pourtant la chandelle et on apprend rapidement à passer outre l’inconfort.

Je me permets également d’insister sur un point essentiel : la politesse.

C’est très facile d’être malpoli sur le net, surtout avec les idiots. Rappelez-vous, soyez polis, même avec les cons. Je sais, ça fait mal, des fois le clavier démange. Mais une engueulade virtuelle ne vous apportera qu’un moment passager de satisfaction et risque au contraire de ternir durablement votre image.

Un des meilleurs conseils que j’aie pu lire à ce sujet vient du livre Write Publish Repeat et disait en substance que, sur le net, il fallait se comporter comme si on était invités chez des gens qu’on ne connaissait pas et donc rester poli, même si on n’était pas d’accord.

5. Sachez vous entourer

S’il y a vraiment une chose que cette aventure m’a apprise, c’est qu’il ne faut pas rester seule.

Revenons au point 2 et regardez toutes les tâches que vous allez devoir accomplir. Dites-vous que vous ne pourrez pas tout faire bien tout seul : il va falloir trouver des personnes qui pourront vous aider.

C’est suite à ce constat que des amis auteurs et moi avons créé le collectif Hydralune.

Nous sommes un regroupement d’auteurs, similaire à une association, et qui a le fonctionnement d’une maison d’édition : les œuvres passent par un comité de lecture avant d’être validées, nous avons des correcteurs/trices attitrés/ées, nous avons une charte graphique et une maquette commune, nous vendons via le même site internet. Nous louons des stands ensemble dans les salons du livre. La particularité est que chaque auteur reste propriétaire de ses droits et responsable de l’exploitation de ses œuvres

Chaque membre a des compétences (communication, gestion du site internet, création de la maquette, relecture…) qui sont mises en commun.

Nous utilisons beaucoup le bénévolat, mais payons certains intervenants, notamment les artistes pour les couvertures. À titre personnel, je sais que si un jour je dégage assez de bénéfices, je chercherai un/e correcteur/trice professionnel/les pour les relectures, et quelqu’un qui s’y connaisse bien en fabrication d’ebook (parce que c’est chronophage !).

Il faut néanmoins se dire que pour autoéditer, il faut un pécule de départ.

6. L’autoédition coûte de l’argent

On a trop tendance à croire que l’autoédition ne coûte rien et c’est faux.

Même si vous publiez en numérique uniquement, vous devrez payer votre illustrateur, ou les photos que vous allez utiliser pour la couverture (même si des sites comme Shutterstock offrent des banques d’images à des prix réduits, il faut quand même mettre la main au portefeuille).

Si vous choisissez un tirage papier, il faudra avancer les fonds pour le financer.

Vous aurez également des frais annexes : hébergement du site internet, impression de marque-pages, de flyers, d’un roll-up, matériel pour les salons (une nappe, des porte-livres…).

Si vous voulez participer à des salons, l’inscription est très souvent payante, et les prix peuvent grimper très très vite pour les gros événements. Il faut de plus se rendre sur place et s’y loger. Il faut prévoir un budget nourriture, bref, tous les frais annexes qui peuvent rapidement plomber un budget.

C’est un constat bassement matériel mais qu’il faut garder en tête : si vous voulez vous autoéditer, il faudra un petit pécule de départ.

J’espère vous avoir éclairés avec cet article.

L’autoédition est pour moi une formidable aventure, avec de bons moments et de fichus quarts d’heures, mais je ne regrette aucunement de m’être lancée, car j’ai énormément appris, que ce soit tant en écriture qu’en management.

Et puis, pour rien au monde je ne renoncerai à la proximité avec mes lecteurs !

Into the woods – John Yorke

Comprendre comment les mécanismes narratifs et les histoires fonctionnent ou pourquoi certains personnages nous touchent plus que d’autres est important pour moi. On ne peut pas bien écrire si on ne comprend pas ce qu’on fait, on ne peut pas se renouveler si on ne fait pas attention aux schémas qu’on utilise, aux archétypes et aux clichés qu’on emploie.

Dans cette optique, j’essaye d’écouter des podcasts sur l’écriture (Writing Excuses en tête) ou de lire des livres sur le sujet. Après les classiques (Truby et Lavandier), sur les conseils de mon mari, j’ai attaqué Into the woods de John Yorke

L’auteur est anglais (ça change de la pléthore d’auteurs américains qui ont écrit sur le sujet, avec plus ou moins de bonheur). Il a travaillé beaucoup pour la télé, notamment pour la BBC. Vu son CV, pas d’inquiétude, il sait de quoi il parle.

Son livre n’est pas un manuel de scénario (même s’il donne beaucoup de conseils à ce sujet), mais plutôt une réflexion sur les histoires en général : pourquoi les écrit-on ? À quelles règles obéissent-elles ? Que peut-on en déduire ?

Si vous cherchez un manuel d’écriture, je ne vous conseille pas la lecture : c’est de la théorie beaucoup plus que de la pratique. L’ouvrage est ardu à lire, avec beaucoup de références et de notes de bas de page (qui d’ailleurs sont reportées en fin d’ouvrage au lieu d’être justement en bas de la page. Pas très pratique pour les consulter).

Malgré tout, il vaut vraiment le coup qu’on s’y accroche et certaines idées développées dans le livre ont trouvé un fort écho chez moi.

John Yorke prend en effet à contrepied la théorie des trois actes qu’on voit souvent fleurir dans le cinéma américain. Pour lui, cette structure existe, mais elle est tellement vague qu’on peut l’appliquer à tout. Il préfère y substituer sa théorie des 5 actes, dérivées du théâtre classique (notamment Shakespeare), du monomythe de Campbell et de pas mal d’autres dramaturges (à noter que sa théorie des 5 actes s’applique à la structure présentée par Truby).

À travers une foule d’exemples, Yorke montre que les œuvres les plus percutantes s’articulent en cinq parties. On va essayer de résumer ça simplement :

— Acte 1 : l’exposition, le personnage n’a pas de connaissance et se trouve confronté à ce manque de connaissance. Il s’éveille à la fin de l’acte.

— Acte 2 : Les doutes, que le personnage doit surmonter pour s’éveiller à la connaissance et l’accepter.

— Acte 3 : Il expérimente avec cette nouvelle connaissance et subit (ou provoque) un événement qui va changer la donne.

— Acte 4 : Les conséquences de ce changement, le personnage doute de nouveau et touche le fond.

— Acte 5 : renouveau, le personnage accepte la connaissance et renaît.

Yorke insiste particulièrement sur le milieu. Pour lui, dans une bonne histoire, il s’y trouve donc un retournement, qui permet de rebondir et de se réorienter pour la fin.

C’est une théorie qui, comme toutes les théories peut être contestée. Seulement, il y a effectivement beaucoup d’exemples de cette structure qui fonctionnent et dans différents médias (films, séries, romans, pièces de théâtre…). Je l’ai déjà croisée, formulée différemment, notamment dans certains épisodes de Writing excuses (notamment cet épisode)

J’ai de plus réalisé, en lisant le livre, que c’est quelque chose que j’ai fait assez naturellement pour certaines histoires (dans ma trilogie de Kerys, les trois tomes ont chacun un retournement à peu près au milieu, qui donne de nouveaux enjeux à l’histoire. Mes lecteurs sauront de quoi je parle ^^).

Allez, les lecteurs ! Dites-moi quel est le retournement dans ce tome ^^

Je pense aussi à tous ces auteurs avec qui j’ai pu échanger sur les forums et les réseaux sociaux. Très souvent, le milieu d’une histoire pose problème, c’est le ventre mou. On sent que quelque chose ne va pas, n’est pas assez dynamique et je pense que ce livre peut apporter des pistes de réponses.

Donc oui, il y a matière à réflexion et j’avoue que la manière organique de construire les histoires développées par Yorke m’a beaucoup parlé. Bien plus que tout ce que j’avais pu lire à ce sujet.

Cette théorie est le cœur de l’ouvrage et pour moi la partie la plus intéressante. Ce passage est très dense, complexe à lire. Je pense qu’il méritera plusieurs relectures pour pouvoir se l’approprier.

Outre ces cinq actes, Yorke développe aussi d’autres théories, notamment sur le rythme, les personnages et le dialogue.

J’ai trouvé cette partie-là un peu moins percutante. Non pas qu’elle soit inintéressante et qu’il n’y ai pas des choses à glaner de ce côté-là. Mais elle est plus orientée écriture pour le cinéma ou la télévision (Yorke parle beaucoup des contraintes de ces médias et de l’influence qu’elles ont sur l’écriture). C’est moins universel que ses théories sur la structure et moins parlant pour un auteur ou une autrice.

Voilà en résumé, un livre que je conseille vraiment aux auteurs qui ont envie d’aller plus loin. C’est un livre exigeant, qui suscitera sûrement plus de questions qu’il n’apportera de réponses, mais n’est-ce pas l’essence de l’écriture, toujours se demander « et si » ?

Bilan 2017 et projets 2018

L’année 2017 s’est terminée et 2018 se profile, c’est l’heure du bilan et des bonnes résolutions !

 

 

L’année 2017 a pour moi été très remplie. Sur le plan personnel, mon mari et moi avons acheté une maison, avec tout ce que ça comporte de paperasses, coup de stress, tracas, emballage, déballage et travaux d’installation. Mais nous sommes maintenant installés dans notre petit cocon !

 

Côté écriture, j’avais prévu pour 2017 :

 

— Mettre le point final à la Ligue des ténèbres

 

C’est chose faite ! La saison 3 a été publiée début novembre. Elle est disponible d’ailleurs en numérique sur les plateformes habituelles (Amazon, Fnac, Kobo et Google play) et en papier sur ma boutique ! (L’une des nouveautés de cette année, d’ailleurs).

 

La version papier Amazon sera d’ailleurs très bientôt disponible.

 

 

— Terminer les corrections de Ceux du dehors et avancer sur Celles dont le nom fait frémir

 

Ah, Kerys… Mon nouveau bébé qui m’a bien occupée au cours de cette année 2017.

 

Ceux du mercure, le premier tome est paru en septembre chez Hydralune ! (Disponible en numérique et en papier).

 

Nouvelles de Kerys, situé dans le même univers, est quant à lui paru en juin, toujours chez Hydralune (Là aussi, disponible en papier et gratuitement en numérique !).

 

Pour Ceux du dehors, le tome 2 de Kerys, les corrections sont presque achevées (j’attends encore la relecture orthographe grammaire sur les derniers chapitres). Puis, on pourra attaquer la maquette pour la publication !

 

Celles dont le nom fait frémir, le tome 3, est parti à la bêta lecture chez Hydralune !

 

 

— Écrire le premier jet de Myriade

 

Il s’agit d’un projet de dark fantasy assez ambitieux et complexe (5 histoires entremêlées). J’ai terminé d’écrire le 1er jet en septembre !

 

 

— Faire évoluer ce site

 

J’ai ouvert récemment une boutique sur laquelle vous pouvez commander La Ligue des ténèbres. Pour le reste, je n’ai pas trop eu le temps d’y retravailler…

 

Une année bien remplie, donc…

 

 

Projets pour 2018

 

— Publier Ceux du dehors

 

Si tout se passe bien et que j’avance comme je veux, le tome 2 de Kerys, Ceux du dehors, devrait sortir en juin 2018.

 

— Travailler sur une intégrale illustrée de la Ligue des ténèbres

 

C’est une idée qui me trotte dans la tête depuis un petit moment déjà : regrouper les trois saisons de la Ligue dans une belle intégrale avec les superbes couvertures de la Ligue des ténèbres.

 

Affaire à suivre…

 

 

— Terminer Myriade

 

J’aimerais cette année relire et retravailler ce roman et le faire partir en bêta lecture. Il y a du boulot, mais on y croit.

 

 

— Une novella de fantasy victorienne jeunesse

 

C’est un projet qui m’est tombé dessus alors que je travaillais sur un appel à texte sur le thème de la fantasy victorienne : l’histoire d’un jeune garçon dans un Londres alternatif qui chasse les créatures féériques pour vivre, et qui va découvrir quelque chose d’inconnu dans les souterrains de Londres.

Initialement, le texte devait être une nouvelle, mais l’univers et les personnages me plaisent bien et l’histoire a suffisamment de potentiel pour être développée en quelque chose de plus consistant.

 

 

— Réécrire des nouvelles

 

Depuis que j’ai terminé d’écrire la Ligue des ténèbres, je n’ai presque plus touché au format court. J’ai bien envie de m’y remettre un peu !

 

— Projets annexes

 

Si j’ai le temps et l’énergie, j’essayerai d’avancer sur Rhenna, tome 1 d’une trilogie mêlant romance et space opera. J’ai déjà écrit le 1er jet, il faudra que je retravaille tout ça et que je réfléchisse à la suite.

 

Sinon, j’essayerai peut-être de me pencher sur les Efenters, une quadralogie jeunesse. Le 1er tome est écrit et corrigé, le 2e écrit pour un premier jet, mais va nécessiter pas mal de corrections.

 

On verra lequel de ces bébés j’ai envie de reprendre…

 

 

 

Voilà ! Encore une année bien occupée en perspective ^^

Ecrire dans les transports en commun

Comme j’en parlais dans un précédent article, il n’est pas toujours facile de trouver du temps pour écrire, surtout au quotidien.

 

En septembre dernier, j’ai changé de travail et donc repris les transports en commun. Vu que je n’aime pas être inactive, j’ai décidé de mettre à profit ce temps pour écrire. Ça a été un peu dur au début, mais j’arrive à m’y tenir, et maintenant, ça fait partie de ma routine journalière.

 

Rachel Fleurotte, qui coécrit cet article, écrit dans le bus depuis des années. Sa série La 7ème prophétie a en partie été rédigée dans le bus.

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Nous avons toutes les deux des méthodes différentes : j’écris sur téléphone, elle sur papier, alors voici nos trucs et astuces. (Note : pour cet article, j’écris en normal, et Rachel en italique)

 

Read more…

Escrime pour les écrivains : les armures

Dans ce billet, je ne vous parlerai pas d’épées ni de technique, mais je resterai dans le domaine des arts martiaux, et du Moyen-Âge, car nous allons parler d’armures.

Les armures, c’est génial.

Un personnage en armure, c’est le bien.

Un combat de personnages en armure, c’est la classe intégrale.

Avouons-le, quand on écrit de la fantasy, et surtout du médiéval fantastique, l’armure, c’est un peu un passage obligé.

 

 

 

 

Une armure, en quoi c’est fait ?

Il existe des armures en cuir, en tissus collés, en papier même, en bronze, mais le modèle qui je pense intéressera le plus les écrivains est celui en acier. Je laisse volontairement de côté les armures asiatiques pour ce billet, pour me concentrer sur la tradition occidentale.

Je commencerai par une typologie des armures. Attention, je vais vous donner ici des généralités, les grandes lignes en quelque sorte, mais il faut savoir que les évolutions ne sont jamais aussi nettes que ce qu’on voudrait bien croire, et que des périodes se chevauchent toujours.

Typologie des armures :

  • Les armures antiques

L’hoplite grec

Il s’agit d’un soldat armuré, dont l’équipement se compose d’un casque, d’une cuirasse, d’un bouclier et des cnémides (protège-tibias). L’ensemble est en général en bronze.

Si vous cherchez de l’iconographie à ce sujet, il y en a pléthore sur les vases grecs.

 

Le soldat romain

« Soldat romain » c’est vaste, vu que la domination romaine s’étend sur quelques siècles et que l’équipement du légionnaire a bien évidemment évolué. Cela dit, voici les principales pièces d’armures : un casque (galea), un plastron de plates (lorica segmentata), éventuellement une cotte de maille (même si les archéologues n’en ont retrouvé que quelques-unes et que ce genre de protection devait sûrement être anecdotique).

  • Le Haut Moyen-Âge (du Ve au XIe siècle)

À cette époque, l’armure de plate n’existe pas encore (elle apparaît plus tardivement). On porte pour se protéger la broigne : un plastron de cuir, sur lequel étaient attachées des mailles de fer. D’abord sans manche, elle évolue jusqu’à couvrir les épaules.

Pour se protéger la tête, on revêt le camail : sorte de coiffe en maille qui apparaît progressivement.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Vers 900, on commence à voir apparaître des casques ronds.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Moyen-Âge central (XIe, XIIe et XIIIe siècles)

À cette période, l’armure se développe pour devenir l’armure de plates ou harnois (armure complète) qui a marqué l’imaginaire collectif.

La broigne évolue pour devenir la cotte de maille. On y adjoint un plastron d’acier.

Côté tête, on voit apparaître des casques comme la cervelière ou le nasal, qui protègent le haut du crâne.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Le heaume devient plus courant à partir du XIIe siècle. Au départ, il n’est pas totalement enveloppant, il le devient au cours des siècles.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Autre modèle de casque : le bassinet.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Ou la salade

crédit : http://www.jmebert.com

 

Le gorgerin vient se placer autour du cou et protéger la gorge.

Pour les bras : on place aux épaules des spalières (plaques qui protègent les épaules)

Crédit : http://www.jmebert.com

 

puis des canons (protections d’avant-bras) et bien évidemment des gantelets.

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Pour les jambes : apparaissent les jambières ou grèves (qui protègent les mollets et genoux), les tassettes (lames de métal qui descendent sur les cuisses) et les solerets (sortes de chaussures en lamelles articulées, qui protégeaient les pieds des cavaliers).

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Fin du Moyen-Âge et Renaissance (XIVe à la fin du XVIe siècle)

Cette période voit l’essor des armes à feu, dont l’utilisation change la donne en combat et modifie petit à petit les armures.

De l’époque, on peut retenir les armures gothiques ou maximiliennes, caractérisées par leur style très ouvragé.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

La forme du plastron change et devient plus incurvée (formant une sorte de pointe vers l’avant).

Côté casque, on voit apparaître le morion (le casque des conquistadors)

 

 ou la bourguignotte.

 

Sur la fin de la période, les armures tendent à se simplifier : les solerets disparaissent, les tassettes diminuent.

 

 

 

 

Cette chronologie est très généraliste. Mon but n’est pas d’être exhaustive, mais de vous donner les différents repères et de vous présenter les différentes pièces qu’on peut trouver.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup de modèles d’armures différents : piéton, cavalier, chevau-léger, armure de joute, armure de siège… Rien ne vous empêche (bien au contraire) de poursuivre vos recherches sur le sujet qui vous intéresse.

 

 

Vous trouverez ici une frise qui résume les différentes évolutions et vous donnera une idée des différentes silhouettes.

 

 

Porter l’armure

Commençons déjà par tordre le cou à plusieurs mythes :

— On ne porte pas l’armure à même la peau.

C’est inconfortable, c’est froid, et ça pince. De plus, il faut une couche entre l’armure et le porteur pour dissiper les chocs, sinon, c’est le corps qui prend directement, et c’est précisément ce qu’on veut éviter.

On porte donc l’armure sur des vêtements rembourrés : gambisons (qui lui-même pouvait servir de protections aux piétons) ou buffletins, selon les époques.

On peut aussi porter de la maille en dessous, aux ouvertures de l’armure notamment, mais toujours avec une épaisseur pour amortir.

— On n’enfile pas son armure seul.

C’est très compliqué de mettre son armure complète seul (notamment pour boucler le plastron et mettre le casque), il vaut mieux avoir quelqu’un pour assister à la manœuvre.

D’autant plus que si votre personnage a assez d’argent pour se payer une armure complète, il peut aussi avoir un écuyer qui l’aide à la mettre.

Vous trouverez ici une illustration qui montre les différentes couches d’une armure de type XVe siècle. Comme vous le voyez, c’est assez complexe.

 

— Ça prend des heures de se mettre en armure

Sans s’enfiler aussi rapidement qu’un T-shirt, un écuyer compétent peut équiper son chevalier en à peu près un quart d’heure (comptez plutôt une demi-heure pour des personnes moins expérimentées).

 

Vous trouverez ici une vidéo qui montre l’habillage. Elle dure une vingtaine de minutes et le monsieur en armure prend son temps de montrer pas mal de choses.

 

 

 

 

Une armure, ça protège comment ?

 

Une armure, on ne la porte pas pour faire joli (enfin, des fois si, mais j’y reviendrai).

Une armure, ça sert avant tout à éviter de mourir au combat. À ce titre, la pièce principale de l’armure, celle que votre personnage doit à tout prix porter s’il ne veut pas mourir, c’est le casque.

On le voit très rarement dans les films et séries, parce qu’il faut qu’on puisse reconnaître les personnages, et avec un casque, c’est moins pratique. Les auteurs n’ont pas cette contrainte, donc mettez des casques à vos personnages !

(Note : prenez exemple sur le manga Berserk, dans les volumes consacrés à la troupe de mercenaires. Ils vont au combat avec leurs casques et de mémoire, ça sauve la vie à Guts dans une ou deux occasions).

Abordons maintenant le degré de résistance des armures, car je sais qu’il y a pas mal d’idées préconçues de ce côté-là.

D’un côté, on a l’armure version feuille de papier : le moindre coup suffit à la percer et à la déchirer. Franchement, croyez-vous que les humains se seraient embêtés à fabriquer et à porter des armures durant des siècles si elles étaient aussi peu efficaces ?

Ceux que j’ai interrogés et qui ont porté l’armure en combat témoignent que, avec le bon « rembourrage » en dessous de l’armure, on sent les coups, mais sans réelle douleur.

À l’inverse, il ne faut pas croire que les armures étaient absolument indestructibles. Même la plus couvrante des armures a des défauts où une arme peut toucher : sous le gorgerin, sous le casque, sous l’aisselle, au creux du coude, dans la paume de la main, à l’arrière des genoux, sur le pied et sur le fessard.

 

Un bon moyen de nuire à adversaire en armure est de taper un de ces points, ou de faire tomber l’adversaire, et de l’immobiliser au sol avec une clé par exemple.

 

 

Et vu que l’être humain est un petit animal taquin qui adore se chamailler avec ses semblables et briser os et crânes, on a rapidement trouvé la parade aux armures.

L’armure protège bien, mais les chocs répétés peuvent occasionner des contusions, des fractures, ou même un bon vieux KO technique. Mes experts m’indiquent que c’est une chose intéressante à savoir si on veut malmener un peu un personnage sans le tuer.

Les armures sont de qualités différentes, celles de qualité moindre peuvent être percées par des flèches ou carreaux d’arbalètes. Les armes contondantes servent aussi contre un combattant en armure : marteaux d’armes, masses ou haches d’armes, par exemple (note : ces armes appartiennent à la famille des armes d’hast).

Mais finalement, les armes les plus efficaces sont les armes à poudre, qui auront petit à petit raison des armures en combat.

 

 

La mobilité en armure

 

Là aussi, c’est un questionnement qui revient souvent et qui accompagné en général de l’image d’un chevalier qu’un treuil doit hisser sur son cheval.

C’était vrai pour les armures de tournois, mais globalement, les armures étaient conçues pour permettre une certaine mobilité. La preuve en image.

 

 

 

Alors oui, une armure, c’est lourd. Un haubert de maille pèse entre 12 et 20 kg. Une armure de plate complète peut monter jusqu’à 30 kg (rarement plus de 35 kg). C’est un poids qui peut impressionner, mais qui n’est pas plus élevé que celui de l’équipement d’un pompier ou d’un militaire. Si vous ne me croyez pas, regardez la vidéo.

 

 

Le poids est en plus réparti sur tout le corps et non sur un seul point. Rien d’insurmontable pour quelqu’un d’un peu entraîné.

Je n’ai pas encore eu la chance de porter une armure (j’en rêve…), mais j’ai interrogé plusieurs personnes (reconstituteurs, batteurs d’armure et chercheurs) qui ont porté, ou portent l’armure régulièrement.

Ce qui ressort, c’est qu’une bonne armure, bien adaptée à la morphologie n’est pas inconfortable et ne gêne pas les mouvements.

Au début, se mouvoir est étrange. Puis, on s’habitue à marcher avec un poids supplémentaire. Avec de l’entraînement, on peut se relever assez rapidement, sans trop de mal.

La respiration dépend du casque qu’on porte. Mais là aussi, avec un peu d’expérience, on apprend à gérer son souffle.

 

 

Le statut social de l’armure

 

C’est quelque chose qu’on oublie parfois : une armure, ça coûtait cher et ça prenait du temps à réaliser.

 

L’armure complète est un objet réservé à une élite. Les combattants de base se protégeaient plutôt avec des gambisons, ou des armures de cuir, ou quelques pièces d’armure. Certaines pouvaient d’ailleurs parfois être payées par le suzerain.

 

L’armure servait à protéger, mais aussi à montrer le pouvoir du porteur (donc oui, des fois, on portait une armure pour faire joli). Si vous avez l’occasion d’aller à Paris, je vous conseille le musée des Invalides, qui a une impressionnante collection d’armures princières (au département des armes et armures anciennes, de mémoire), toutes plus magnifiques les unes que les autres. Elles valent le détour et montrent bien le faste des armures d’apparat.

 

Sinon, vous pouvez vous rabattre sur le livre Sous l’égide de Mars : Armures des princes d’Europe

 

 

Les armures féminines

 

J’aimerais ici aborder un point qui me semble assez important pour les auteurs de fantasy : le cas des armures féminines.

Enfin, ça risque d’être plutôt un coup de gueule qui va se résumer en quelques mots : par pitié, oubliez les bikinis en côté de maille et autres armures qui tiennent plus de la lingerie que d’une véritable protection !

 

Outre le côté hyper sexualisation, et le fait de réduire une combattante à un objet de désir masculin, les armures féminines telles qu’on peut les voir souvent en BD, jeux vidéo et autres me gênent profondément parce qu’elles ne sont pas crédibles.

Comme je l’ai dit plus haut, le but premier d’une armure, c’est de protéger. Alors courir à la bataille en soutif de métal, avec le ventre à l’air, c’est moyen quand même.

 

Ce billet de blog explique pourquoi les nichons en métal, c’est pas l’idée du siècle en terme de protection (article en anglais).

 

 

Pour ceux qui voudraient de l’inspiration pour des armures féminines qui restent crédibles tout en étant esthétiques, vous pouvez jeter un coup d’œil sur le site Babes in armor.

 

Les armures SF

 

Pour avoir fait, et porté en GN, une armure de sœur de bataille de Warhammer 40k, je peux le dire : les armures version SF, ça envoie.

 

A peu près 6 mois de boulot…

 

Pas de grosses différences avec la structure d’une armure de plates pour moi, sauf qu’on épice tout ça avec des réacteurs et de l’armement lourd par exemple.

Je pense que pour des raisons de crédibilité il faut quand même limiter ce genre d’armures. Soyons réalistes (si, si, même avec des aliens et des vaisseaux), ce type de protection relève de la haute technologie et ne doit pas vraiment être accessible au commun des mortels.

En plus, d’un point de vue narratif, réserver ces armures, faire que votre héros doive combattre et se dépasser pour l’avoir, ça ajoute quand même du piquant et peut donner une bonne dynamique.

 

En conclusion, j’espère avoir été suffisamment claire et vous avoir aidé.

 

 

Je remercie pour la rédaction de cet article :

 

Gilles Martinez, de l’académie d’armes de Rochemaure (Qui m’avait déjà été pour mon article sur le combat épée et bouclier)

Jean-Marc Réchignac, batteur d’armures (Qui a fabriqué la plupart des armures en photo dans cet article).

Daniel Jacquet, docteur en histoire, université de Genève (Que vous avez pu admirer dans ces superbes vidéos)