La Passe-miroir, Christelle Dabos

Je pense que tout le monde maintenant a entendu parler de La Passe-miroir, saga de Christelle Dabos, révélée par le concours Gallimard jeunesse.

 

J’avoue que le pitch était alléchant : 

 

Sous ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons, la jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

 

 

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour le lire ? Et bien parce que je me méfie des effets de mode et que les dernières fois qu’on m’avait vendu un roman en m’annonçant que c’était la révélation en fantasy du siècle, j’avais été un peu déçue (coucou, Kvothe !). J’ai aussi attendu parce que, à l’inverse, si ça me plaisait, je n’avais pas envie d’attendre la sortie des romans (oui, je sais, je suis compliquée ^^).

Alors bon, comme le tome 4 est sorti, je me suis lancée. Verdict :

 

 

Tome 1 : Les fiancés de l’hiver

 

Tout d’abord ce qui m’a frappé, c’est la finesse de la plume de Christelle Dabos. C’est très délicat et poétique, il y a pas mal de description mais elles sont imagées et parlantes. Le texte est complexe, mais reste très fluide à lire.

 

On découvre en suivant Ophélie un monde étrange, où les humains vivent regroupés sur des arches (après que la Terre ait plus ou moins explosé, ça reste flou) et où chacun a des pouvoirs.

Ophélie vit sur l’arche d’Anima et a la capacité de lire le passé des objets, et c’est ce talent qui lui vaut d’être fiancée au sombre Thorn et d’être envoyée sur une arche lointaine, où les trahisons et les complots font partie du quotidien.

 

J’ai trouvé Ophélie assez attachante. Elle est timide et maladroite, mais possède quand même une grande force de caractère (méfiez-vous des discrets !) et malgré l’adversité, elle ne se laisse pas abattre.

Il y a quand même deux ou trois fois où je lui aurais mis des baffes pour la faire réagir. J’en aurais aussi collé une ou deux au fiancé, Thorn, qui ne maîtrise pas du tout (mais alors vraiment pas !) l’art de la communication. Il est froid et bourru, mais petit à petit, on devine qu’il n’est pas si insensible que ça au charme d’Ophélie.

 

À côté d’eux gravitent une foule de personnages. Certains aideront Ophélie : la revêche tante Roseline, le rusé Renard et la mystérieuse Gaëlle. D’autres, à l’instar de Bérénilde ou d’Archibald, sont bien plus troubles.

 

L’intrigue fait la part belle aux personnages, mais aussi aux complots. Si vous espérez une intrigue trépidante avec de longues scènes d’actions, passez votre chemin : Les fiancés de l’hiver est plutôt un roman de cour, dont l’ambiance m’a rappelé Les Liaisons dangereuses ou le film Ridicule, notamment. Tout est feutré et affaire de complots, de manigances et de trahisons.

J’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et des retournements qu’on voit venir. C’est parfois un peu lassant de voir Ophélie se faire manipuler sans cesse.

Malgré tout, l’autrice parvient à garder l’intérêt tout au long du livre.

 

Une des grandes forces du livre est d’ailleurs son univers. Il est incroyable. Franchement, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi dépaysant et d’une telle richesse. On sent que chaque détail a été réfléchi et que rien n’est laissé au hasard. Tout a un sens et une fonction. C’est un monde à la fois beau et cruel, un monde où les objets s’animent et où on peut tisser des illusions pour camoufler la crasse du réel.

J’ai franchement été bluffée.

 

Petit bémol quand même sur la fin, que j’ai trouvé un peu abrupte (je n’aime pas trop les cliffhangers). Ça me conforte dans mon choix d’avoir attendu que la série soit complète pour la lire en tout cas !

 

 

Tome 2 : Les disparus du Clairdelune

 

 

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours périlleuse, pourra-t-elle compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions des personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité.

 

 

Il n’aura pas fallu longtemps pour que je me lance dans la lecture de ce tome : j’ai enchaîné les deux et là aussi je n’ai pas été déçue.

 

Le tome commence doucement : Ophélie se retrouve vice-conteuse pour l’esprit de famille Farouk, qui se révèle assez vite très instable. Elle doit naviguer entre sa charge et les différentes intrigues de cours, tout en démêlant ses sentiments pour Thorn.

 

J’avoue que j’ai trouvé le début un peu long. Pas déplaisant, car la plume de Christelle Dabos est toujours aussi ciselée et que l’attachement aux personnages est là, mais l’histoire prend beaucoup de détours. On erre de chambre en salon en station balnéaire. Le mystère des disparus du Clairedelune (qui donne son titre à l’ouvrage) est présent mais assez diffus.

 

J’ai plus accroché à la deuxième moitié du livre, que j’ai trouvé plus rythmé. Les différents éléments mis en place s’imbriquent, on approfondit ce mystère des disparitions tout comme on en apprend plus sur Farouk, Artémis et les autres esprits de famille. Bon j’avais deviné qui était le méchant de l’histoire, mais c’était bien mené quand même ^^.

Le final est vraiment bien, beaucoup moins frustrant que la fin du tome 1. Certes, cette fin ouvre sur de nouvelles possibilités, et pose beaucoup de questions, mais elle clôt l’intrigue beaucoup plus que celle des Fiancés de l’hiver.

 

Côté personnages, Ophélie évolue beaucoup et commence à s’affirmer. J’aime vraiment ce personnage, qui est fort malgré sa réserve et sa timidité.

J’aurais bien collé quelques baffes à Thorn, qui est décidément très, très mauvais en communication.

J’aime vraiment la manière dont la relation entre les deux évolue, c’est très délicat et touchant.

 

Dans les personnages secondaires, Archibald, Berenilde et Farouk m’ont frappé parce que tous les trois portent des masques, mais qu’on devine des blessures et une vraie profondeur psychologique. La tante Roseline est toujours aussi attachante et j’ai vraiment aimé l’amitié sincère qui naît entre elle et Berenilde.

 

Au final, l’univers continue de me plaire et les personnages de me séduire, on attaque le tome 3.

 

 

Tome 3 : La Mémoire de Babel

 

 

Deux ans et sept mois qu’Ophélie se morfond sur son arche d’Anima. Aujourd’hui il lui faut agir, exploiter ce qu’elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d’informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d’adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?

 

 

On retrouve Ophélie, sans Thorn suite aux événements du tome 2. La jeune fille est plus ou moins prisonnière sur son arche natale et tourne en rond. Une photographie donnée par son parrain et l’arrivée d’Archibald lui donnent à la fois une piste et le moyen de s’échapper : direction donc Babel, une arche très cosmopolite où elle espère retrouver Thorn.

 

J’avoue que j’ai eu un peu de mal avec le début de ce premier tome : j’ai trouvé que ça ressemblait beaucoup aux deux premiers. Ophélie arrive sur une nouvelle arche, sa maladresse coutumière lui joue des tours, elle peine à s’adapter et se fait manipuler.

Ça m’a un peu agacée, parce que le personnage avait grandi au cours des deux premiers tomes et la voir se faire balader comme ça était frustrant.

 

Et puis, l’histoire décolle à peu près au tiers du roman : on s’attache aux nouveaux personnages (je crois que mon préféré est Octavio), on obtient des réponses aux questions qu’on se posait, et ces réponses suscitent de nouvelles questions.

Côté émotions, c’est très bien dosé. Les retrouvailles avec Thorn sont émouvantes, même si ça prend le temps pour que ces deux-là se parlent à cœur ouvert (communication, les enfants ! La clé de tout !).

 

Je regrette un peu qu’on ne voie pas plus Roseline, Berenilde, Archibald et toute la bande de la Citacielle, car ils n’apparaissent que dans les quelques chapitres du point de vue de Victoire.

 

En tout cas, si le roman prend son temps pour démarrer, il termine en apothéose. Vivement le quatrième tome qu’on ait enfin les réponses aux dernières questions.

 

 

Tome 4 : La Tempête des échos

 

 

Les effondrements se multiplient, de plus en plus impressionnants : Babel, le Pôle, Anima… aucune arche n’est épargnée. Pour éviter l’anéantissement total, il faut trouver le responsable. Trouver l’Autre. Mais comment faire sans même savoir à quoi il ressemble ? Plus unis que jamais, Ophélie et Thorn s’engagent sur des chemins inconnus où les échos du passé et du présent les mèneront vers la clef de toutes les énigmes.

 

 

On reprend l’action là où le tome 3 l’avait interrompue : le bonheur de Thorn et Ophélie n’est que de courte durée, car un nouveau péril s’ajoute à ceux qui les menacent déjà. Les effondrements se multiplient.

Ophélie doit à la fois découvrir la source de ces effondrements, retrouver l’autre, mais aussi éviter d’être expulsée de Babel (vu qu’elle est étrangère).

 

Comme pour le tome 2 et le tome 3, j’ai eu du mal avec le début de ce tome 4. J’ai trouvé que sur le premier tiers, ça patinait un peu. L’intrigue part dans différentes directions. Ophélie se retrouve encore en position de faiblesse, où elle se fait allégrement malmener et manipuler.

Et puis, les différents fils lancés commencent à se rejoindre et là, le roman devient vraiment addictif.

Ça s’enchaîne bien, des éléments qui paraissaient n’avoir aucun rapport (notamment les passages du point de vue de Victoire et tout ce qui se passe à Arc-en-ciel) se relient au reste.

 

Le final du roman (et donc de la série) a été assez critiqué (note annexe : faut vous calmer, les gens ! Quand je lis que l’autrice a préféré se retirer des réseaux sociaux tellement elle en a pris plein la figure, ça me fait bondir !). Moi il m’a plu, même si j’ai quelques bémols. Je vais essayer de revenir là-dessus en limitant les spoils.

 

Concernant la vérité sur les échos, ce qu’est le projet cornucopiasme, j’ai trouvé ça bien amené et satisfaisant. On apprend vraiment ce que sont les échos, pourquoi y a-t-il des effondrements et ce que sont vraiment les esprits de famille.

 

On sait aussi qui est vraiment l’Autre. J’avoue que j’avais quelques doutes sur sa véritable identité. La révélation est bien amenée, même si j’ai trouvé que la confrontation finale partait un peu dans le Grand-Guignol (la série avait habitué à plus de subtilité au niveau des combats).

 

Au sujet d’Eulalie Dilleux, je suis plus mitigée. Les révélations la concernant arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe. Certes, il y avait quelques indices sur sa vraie identité, mais c’était un peu léger quand même.

 

Je trouve aussi dommage que certains personnages phares de la série soient passés sous silence (Bénénilde, Roseline, ou même Octavio) et que certains disparaissent de manière très brusque, sans que ça émeuve plus que ça les personnages.

 

Concernant la toute fin et la résolution des conflits, on retrouve un équilibre. Les arches ne vont plus s’effondrer, mais le monde va vraiment changer, même si on peut espérer que tout le monde aura appris des erreurs du passé à ce sujet.

 

La fin est belle niveau émotions, même si j’ai quand même un gros bémol. Là, je suis obligée de spoiler un peu.

Je trouve dommage d’avoir séparé Thorn et Ophélie, sachant tout ce qu’ils ont vécu, et tout ce qu’ils ont sacrifié, ils méritaient leur happy ending. Même si les dernières pages laissent penser qu’Ophélie va trouver un moyen de le faire revenir, je n’ai pas trop aimé cette manière ouverte de finir, les deux méritaient mieux.

 

 

En conclusion

 

C’est vraiment une très bonne série, avec l’un des univers les plus originaux que j’ai eu l’occasion de lire ces dernières années.

Les personnages sont attachants, la romance menée avec beaucoup de pudeur. Malgré quelques longueurs, l’histoire est très prenante.

Un mot aussi sur la plume, très ciselée, tout en restant fluide.

Une série que je recommande vraiment !

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