Corriger un roman en 7 points

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Dans une précédente série d’articles, j’ai abordé ma méthode pour écrire un roman (première partie, deuxième partie et troisième partie). Je souhaiterais aujourd’hui revenir plus spécifiquement sur les corrections. Pourquoi ? Eh bien peut-être parce que je finis les corrections pour « Ceux du mercure », avant envoi aux éditeurs. Ou encore parce que je suis en pleine correction/réécriture de « La perle d’ambre ». Ou peut-être parce que j’aide mon amie Rachel Fleurotte à corriger son deuxième tome de « la septième prophétie ». Bon en gros, je suis en plein dans les corrections.

Quand on débute, on croit souvent que le plus dur, c’est d’écrire le premier jet, et qu’une fois ce passage franchi, les corrections sont une partie de plaisir. Grossière erreur. Corriger représente une étape cruciale dans l’écriture d’un roman (ou même d’une nouvelle). Voici sept points que je souhaite aborder à ce sujet.

  1. Corriger les autres

Oui, j’aimerais commencer par l’importance de faire des corrections pour d’autres auteurs. Pourquoi ?

D’abord parce que c’est comme ça qu’on se fait des amis et qu’on trouve de bons bêta-lecteurs. C’est la règle du donnant-donnant, qu’hélas beaucoup d’écrivains inscrits sur des forums ont du mal à comprendre : quelqu’un dont vous avez commenté le texte ira plus volontiers vous rendre la pareille ; et c’est au fil des échanges que vous trouverez des personnes qui partagent vos goûts, vos affinités, et que vous trouverez de bons relecteurs.

Ensuite, parce qu’en corrigeant des écrits qui ne sont pas les vôtres, vous apprendrez beaucoup. Vous apprendrez à repérer les fautes, les tournures maladroites, les répétitions, mais aussi, étudier le style d’un autre auteur vous fera réfléchir sur le vôtre et vous poser les questions qui vous permettront d’avancer.

  1. Se corriger

Avant de faire lire sa prose aux autres, il est préférable de bien se relire de manière à offrir à ses relecteurs le texte le plus parfait possible afin de leur faciliter le travail (moins vous laisserez de fautes plus grosses que vous, plus ils pourront se concentrer sur l’essentiel : votre texte).

C’est bien joli tout ça, mais qu’est-ce qu’on corrige ? Je vais vous livrer ici ma méthode de travail. Elle n’a pas vocation à être universelle, mais pour moi, elle a fait ses preuves :

— D’abord, je laisse reposer le texte pour l’aborder avec les idées claires (je le laisse de côté minimum trois jours pour les nouvelles et deux semaines pour les chapitres de roman, plus si possible, de manière à disposer d’un recul suffisant).

— Je commence par une première relecture globale où je corrige plutôt le fond. Je traque les incohérences, les mauvaises formulations, je réécris ce qui a besoin de l’être, j’étoffe ou sabre dans les descriptions…

— Je fais une deuxième relecture plus ciblée orthographe/grammaire/syntaxe.

— Je passe la bête dans le logiciel Antidote, et j’applique ce « programme », pour traquer les fautes, répétitions, lourdeurs de style… Je m’arrête un instant sur Antidote pour une petite parenthèse. Grâce aux prismes de ce logiciel, je peux travailler ce qui a tendance à plomber le style de mes textes :

– La voix passive (si vous pouvez rajouter « par un zombie » à la fin de la phrase, c’est que la tournure peut être améliorée).

– Les tournures impersonnelles (il y a, il faut…)

– Les formulations faibles (un peu, quelque,…) pour essayer de les remplacer par quelque chose de plus parlant.

– Les verbes ternes (être, avoir, faire…)

– Les phrases trop longues et les imbrications de subordonnées (trop de « qui » tue le « qui »).

– Les abus de conjonctions,

– Les adverbes en pagaille (les adverbes sont étonnamment parlants mais simplement trop de foisonnement peut rapidement plomber un texte pourtant éminemment bien écrit).

– L’abus de participe présent.

– Les répétitions (ma plus grosse faiblesse).

Le correcteur orthographique est assez bien fichu et vous permettra de détecter pas mal de fautes, notamment celles de typographie (attention tout de même à rester vigilant, ça reste un programme qui se plante parfois).

  1. Comment « recruter » ses correcteurs

Ça y est, le grand jour est arrivé, vous avez terminé votre chef-d’œuvre et êtes prêts à le dévoiler au monde. Il vous faut donc des correcteurs. Mais où les trouver ?

Je sais que les avis divergent sur la question mais pour ma part, je préfère choisir des personnes avec lesquels j’ai une affinité. Je trouve que d’une part, leur avis est plus pertinent, car nous partageons des centres d’intérêt. En plus, corriger un roman demande du temps et de l’investissement (surtout que pour bien corriger, il faut lire le même texte plusieurs fois), que je me vois difficilement exiger ça d’un parfait inconnu (alors que d’un ami, à qui je vais rendre la pareille en l’aidant sur son texte, c’est plus équitable je trouve, cf. le point n°1).

Attention, le fait que mes correcteurs soient des amis ne veut pas dire qu’ils vont me faire des cadeaux et s’extasier devant tout ce que je leur fais lire, non ! Un bon relecteur est celui qui n’hésite pas à gentiment vous signaler que votre héroïne suspendue à une fenêtre au cœur d’un quartier bourgeois a quand même toute les chances d’attirer l’attention des voisins (contrairement à ce que vous avez écrit).

  1. Que demander à vos correcteurs ?

Alors là, attention, réponse de la mort-qui-tue : ça dépend. Ça dépend de ce que vous voulez, des problèmes que vous rencontrez sur le texte. Ça dépend de vos lecteurs, du temps qu’ils ont à vous accorder…

Personnellement, je fonctionne de la manière suivante :

– Première lecture : je ne donne aucune indication à mes lecteurs, je souhaite qu’ils me fassent toutes les remarques qui leur passent par la tête. Outre les fautes que j’ai laissé passer, les répétitions qui restent, les coquilles, ils soulèvent très souvent des points sur lesquels j’avais un doute dès le départ. Mais il arrive aussi qu’ils me fassent remarquer des choses auxquelles je n’avais pas pensé (Pb de cohérence, personnage pas assez développé, description peu claire…), ou qu’ils me confortent dans mes choix (une bonne scène de bataille, un androïde de combat remportant tous les suffrages des lecteurs…).

– Deuxième lecture (et relectures suivantes) : je connais les profils et les compétences de chacun, donc je demande une attention spécifique sur des détails (grammaire et orthographe pour Rachel ; cohérence, ponctuation, typographie pour Amandine, par exemple).

  1. Recorriger

Voilà, vos lecteurs ont fini, vous récupérez des posts de forum long comme le bras, ou un fichier texte plein de jolies couleurs et d’annotations. Prenez une grande inspiration, il est temps d’entamer les réjouissances. Commençons du plus simple au plus compliqué :

– Les fautes : grammaire, orthographe, syntaxe, choisissez votre parfum… et corrigez. C’est long, souvent pénible, parfois vous aurez envie de mourir de honte en voyant les énormités que vous aviez laissées, mais dites-vous que ça ira mieux après.

– Les remarques de style : descriptions embrouillées, formulation assez lourde, dialogues peu réalistes… Là, c’est plus compliqué de corriger, surtout quand les remarques pointent des passages que vous pensiez très bons. Dites-vous que si le relecteur a tiqué dessus, c’est probablement que vous pouvez l’améliorer. Dans le doute, réécrivez.

– Les problèmes de structure : personnages falots, incohérences dans la trame, baisse de rythme dans l’histoire. On arrive au morceau épineux des corrections : que faire quand vos relecteurs vous signalent un problème de ce genre ? À mon humble avis, il n’existe pas de solution miracle. Mais dites-vous que vos correcteurs sont des personnes à qui vous faites confiance, que si quelque chose les gêne, il faut probablement s’y pencher. Si un correcteur note un problème sur un point, c’est peut-être juste une affaire de goût de sa part. Par contre, si deux personnes ou plus remarquent la même chose, préparez-vous à effectuer les changements nécessaires pour le bien de l’histoire.

  1. Maintenir sa motivation

Je ne vais pas le cacher, corriger, recorriger et re-re-re-recorriger un texte peut venir à bout de la patience de même un maître zen. Il y aura des moments où vous ne pourrez plus voir ce que vous avez écrit en peinture, et où vous vous demanderez pourquoi au juste vous faites tout ça (pour l’argent et la gloire ! Ah, on me souffle dans mon oreillette que c’est mal barré). L’important dans ces cas-là est de garder sa motivation et son envie d’écrire. Quelques trucs pour ça :

– Faites des pauses. À moins que vous soyez tenus par une deadline très très courte, quand le texte vous sort par les yeux, laissez-le de côté, faites autre chose avant d’y revenir.

– Définissez des objectifs réalisables et tenez-les. Dites-vous par exemple que vous allez corriger un chapitre, ou traquer les répétitions sur un passage donné. Inutile d’essayer de trop en faire, vous ne réussirez qu’à vous dégoûter.

– Entourez-vous. Que vous ayez besoin d’encouragements, ou de menaces pour vous motiver, mettez votre entourage à contribution. Vous pouvez aussi faire des stocks de bonbons, coca, thé ou café pour vous motiver, mais c’est à vos risques et périls concernant les sucreries.

  1. Polir le diamant

Dernière étape de la lecture, mais non la moindre : les derniers réglages. Vous avez récupéré les dernières remarques de vos lecteurs, vous êtes au clair avec les tenants et les aboutissants de l’histoire, vous avez corrigé toutes les fautes, bref, vous êtes prêts à envoyer votre bébé à un éditeur, aux organisateurs d’un AT, ou vous vous préparez à le publier.

Avant de franchir le pas, une dernière relecture pour vérifier que tout est parfait s’impose. Pour cette étape, je vous conseillerai la relecture à voix haute. Alors oui, je sais, c’est long, ça irrite la gorge et vous fait passer pour un dangereux maniaque auprès des voisins. Mais dites-vous que vos voisins vous prennent déjà pour un fou (après tout, votre loisir consiste à inventer des histoires), et relire à voix haute vous permettra de dépister les dernières fautes. Alors lancez-vous.

Voilà, voilà, vous savez tout maintenant des corrections. Enfin presque. Si vous avez vos propres trucs et astuces, vos méthodes de travail, n’hésitez pas à les partager, ça m’intéresse, et en attendant, à vos claviers et stylos !

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Ce billet a 8 commentaires

  1. Léa dit :

    Merci pour ces conseils et ce billet très sympathique, particulièrement drôle concernant le paragraphe 6 « maintenir sa motivation ».
    Pour ma part, j’ai choisi les bonbons: chacun son vice… Mais malheureusement, ils ne m’aident pas beaucoup !
    Je viens tout juste de finir d’écrire mon premier roman (en bâclant évidemment la fin puisque j’étais très pressée de mettre un point final à mon oeuvre) mais maintenant, quand je relis ne serait-ce que la première ligne, j’ai simplement envie de tout jeter tellement je trouve ça nul.
    ça fait un peu mal. Mais bon, je suis consciente que n’ayant pas encore pris de recul sur la chose, je ne dois pas être très objective… Quoiqu’il en soit, je sens que l’étape de réécriture ne sera pas de tout repos, et rien qu’en y pensant, j’ai envie de m’arracher les cheveux !!

    1. Cat dit :

      Merci, ravie que le billet t’ait plu.
      Il ne faut surtout pas jeter ton premier jet. Un conseil, laisse reposer un peu et travaille ça à tête reposée. Je trouve qu’on a les idées beaucoup plus claires avec un peu de recul (moi aussi, j’ai toujours l’impression que mon premier jet est totalement pourri, alors qu’en fait, il y a toujours du bon et du moins bon).

  2. P Muller dit :

    Bonjour,
    Moi j’ai eu recours une fois à un site, Sus aux fautes.fr. J’avais mis plusieurs semaines avant de me décider car j’avais peur de tomber sur une arnaque avec tous ces sites qui proposent des corrections.
    Mais même si je ne connaissais pas les gens derrière ce site, j’ai été parfaitement satisfait de la prestation. C’était fait en une semaine et il n’y avait plus de fautes. Même la typo était harmonisée et arrangée. Et j’ai eu des commentaires par mail.
    Parce que s’il faut faire tout ce que vous avez dit là, ça prend un temps fou ! En tout cas j’ai trouvé dans votre article un tas de choses intéressantes !

    1. Cat dit :

      Ah, je ne connaissais pas le site. Je note qu’il est à éviter, apparemment.

      1. P Muller dit :

        Euh, non, pourquoi ? Je me suis mal exprimé ? Ou bien vous vous fondez sur autre chose ? Moi j’en suis ravi ; ils sont allés bien au-delà de la simple correction d’orthographe. Alors que d’autres sont deux fois plus chers et ne corrigent que l’orthographe (et en plus les correction ne sont pas visibles alors que sur Sus aux fautes, oui).

        1. Cat dit :

          Au temps pour moi, j’avais mal lu. Je note l’adresse du site, du coup, au cas où.

  3. Terps dit :

    « les adverbes sont étonnamment parlants mais simplement trop de foisonnement peut rapidement plomber un texte pourtant éminemment bien écrit »
    Héhé ! 🙂

    Joli article.
    C’est peu ou prou déjà comme ça que je procède (Antidote en moins), mais au minimum, c’est rassurant de voir que je suis pas un ovni.^^

    J’aurais tendance à conseiller d’alterner corrections et création… ça permet justement de moins avoir envie de jeter notre manuscrit aux castors. (c’est déjà plus ou moins ce que tu dis.

    1. Cat dit :

      ça me rassure de constater aussi que pas mal d’écrivains utilisent plus ou moins cette méthode.

      Après, si tu as des trucs de relecture que tu souhaites partager, je suis preneuse !

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