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Architectes et jardiniers

Je vois souvent passer sur les réseaux sociaux des débats entre architecte et jardinier au niveau de l’écriture.

 

Pour information, les termes ont été définis par George Martin, auteur du Trône de fer, pour définir deux types d’écrivains.

 

“I think there are two types of writers, the architects and the gardeners. The architects plan everything ahead of time, like an architect building a house. They know how many rooms are going to be in the house, what kind of roof they’re going to have, where the wires are going to run, what kind of plumbing there’s going to be. They have the whole thing designed and blueprinted out before they even nail the first board up. The gardeners dig a hole, drop in a seed and water it. They kind of know what seed it is, they know if planted a fantasy seed or mystery seed or whatever. But as the plant comes up and they water it, they don’t know how many branches it’s going to have, they find out as it grows.”

 

Voici une traduction de la citation par votre serviteur :

 

« Je pense qu’il y a deux catégories d’écrivains, les architectes et les jardiniers. Les architectes préparent tout à l’avance, comme un architecte construit une maison. Ils savent combien de pièces aura la maison, quel type de toit elle aura, où se trouverons les câbles et quel type de plomberie elle aura. Ils ont conçu et ont les plans de tout avant même de planter le premier clou. Les jardiniers creusent un trou, plantent une graine et l‘arrose. Ils savent quel type de graine ils ont planté, si c’est une graine de fantasy, d’enquête policière ou autre. Mais quand la plante sort et qu’ils l’arrosent, ils ne savent pas combien de branches elle aura, ils le découvrent au fur et à mesure qu’elle grandit ».

 

En gros, l’architecte est celui qui va créer les plans de sa maison avant de la construire. Le jardinier, lui, plante une graine et voit ce qui va sortir.

A noter qu’architecte et jardiniers sont parfois appelés « plotter » et « plantser » sur les sites anglo-saxons.

 

 

J’entends souvent que tel archétype est supérieur à l’autre, parce que plus efficace ou plus intuitif. On va d’abord poser quelque chose qui me semble important de rappeler : ce n’est pas mieux d’être architecte ou jardinier, c’est différent.

 

Je suis architecte, j’ai besoin de construire mon plan à l’avance pour savoir où je vais, sinon je bloque, je procrastine et je finis par laisser tomber. A l’inverse, je connais pas mal de jardiniers qui ont l’impression d’être enfermés par des plans et qui ont arrêté d’en écrire parce que de toute manière, ils ne les respectent pas.

Vous êtes architecte ou jardinier, aucun des deux n’est supérieur à l’autre, c’est juste une manière différente d’aborder l’écriture.

 

 

Chaque méthode a pour moi ses avantages et ses inconvénients

 

Architecte :

 

Les avantages

—  On sait souvent de manière assez précise où on va en terme de longueur.

—  Faire des fiches, c’est plus pratique pour travailler et éviter de perdre des détails.

—  On peut faire relire sa trame en amont à des bêta lecteurs pour éviter les gros plantages.

—  C’est plus simple pour vendre un projet à un éditeur (qui demande souvent d’avoir les trames préparatoire des romans suivants quand on part sur une série. L’éditrice de Au Loup m’a avoué que pour Aiden Jones, le fait que j’ai déjà la trame pour les deux tomes suivants a joué dans la signature du contrat).

 

Les inconvénients

—  Il est facile de se perdre dans sa trame. On procrastine en raffinant une trame qui est déjà très complète, au lieu de l’écrire.

—  Si l’on suit sa trame sans écouter son histoire, et qu’on refuse de dévier, on peut très facilement aller dans le mur. On peut aussi vite paniquer quand on sort de la trame et qu’on se rend compte que ce qu’on avait prévu ne fonctionne pas.

 

 

Jardinier :

 

Les avantages

—  L’histoire est très souvent organique : elle a « poussé » de manière naturelle, les personnages ont une bonne cohérence.

—  Si les jardiniers se prennent tout autant la tête que les architectes sur les textes, ils ont souvent un rapport plus spontané avec l’écriture et leurs histoires. On écrit, on se laisse porter, et il y a souvent de jolies surprises.

 

Les inconvénients

—  On peut parfois se perdre dans son histoire et se retrouver face à un mur, sans savoir comment on est arrivé là et comment on s’en sort.

—  La mémoire humaine est faillible, on oublie souvent des détails de l’histoire (noms de personnages, apparence physique…).

—  On a beau savoir ce qu’on veut faire avec son histoire, les éditeurs veulent du concret et souvent un plan.

 

 

De plus, on n’est jamais totalement jardinier ou totalement architecte. Pour moi, on a une dominante, mais on n’est pas 100 % l’un ou 100 % l’autre.

 

Je reprends comme exemple mon humble personne (la tête, ça va. Par contre, les chevilles sont un peu à l’étroit dans mes Dr Martens).

Je suis architecte pour le plan général de l’histoire, mais j’ai remarqué que je suis totalement jardinière sur des éléments précis. Par exemple, je sais que les personnages doivent aller d’un point A à un point B, mais je ne sais pas comment, ou ce qui va leur arriver. Je ne sais pas exactement à quoi ressemblent les lieux avant de les écrire, et je découvre souvent des tics et des manies des personnages.

 

Rachel Fleurotte qui est plutôt jardinière dans l’âme, fait quand même une tonne de recherches avant tout roman, notamment sur sa dernière série, Les mystères de Joux, parce que c’est une uchronie et qu’il faut être parfaitement au point sur les détails historiques.

 

Une amie autrice, Hermine Lefebvre m’a récemment parlé d’une catégorie d’auteurs qui se définissent comme paysagistes ou randonneurs.

En gros, cette troisième voie se situe entre les deux. Un paysagiste va être plutôt un jardinier, qui décide de “treiller” un peu son oeuvre en amont (avec une trame générale, ou des fiches de personnage par exemple) ou bien un architecte qui décide de partir un peu à l’aventure sur un pan de son oeuvre.

De plus en plus, je me reconnais dans cette voie et je croise des gens sur les réseaux sociaux à qui ça parle.

D’ailleurs, je trouve que cette charte résume assez bien la diversité des profils

Et vous, où vous situez vous? Moi j’étais très lawful plotter il y a quelques années, je suis plus neutral plotter maintenant, avec quelques touches de lawful plantser ^^

 

 

 

Je suis actuellement en train d’écrire un roman en mode total jardinier : sur un carnet, on y va comme ça vient, un peu à l’arrache. Je ne sais pas où ça va me mener et si même ça va donner quelque chose d’exploitable, mais je teste.

 

Pour résumer, il n’y pas de méthode supérieure à l’autre, chacune se valent et vont mieux correspondre à un type de personne. Je pense néanmoins que rien n’est vraiment figé, qu’on évolue au fil de sa carrière et qu’il ne faut pas se cantonner à ce qu’on pense être. Changer de méthode pour un roman, une nouvelle, ou tout simplement pour écrire une scène, ça peut permettre de débloquer un passage. C’est aussi une manière de ne pas rester dans sa zone de confort et d’évoluer.

 

Ecrire dans les transports en commun

Comme j’en parlais dans un précédent article, il n’est pas toujours facile de trouver du temps pour écrire, surtout au quotidien.

 

En septembre dernier, j’ai changé de travail et donc repris les transports en commun. Vu que je n’aime pas être inactive, j’ai décidé de mettre à profit ce temps pour écrire. Ça a été un peu dur au début, mais j’arrive à m’y tenir, et maintenant, ça fait partie de ma routine journalière.

 

Rachel Fleurotte, qui coécrit cet article, écrit dans le bus depuis des années. Sa série La 7ème prophétie a en partie été rédigée dans le bus.

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Nous avons toutes les deux des méthodes différentes : j’écris sur téléphone, elle sur papier, alors voici nos trucs et astuces. (Note : pour cet article, j’écris en normal, et Rachel en italique)

 

Read more…

Escrime pour les écrivains : les armures

Dans ce billet, je ne vous parlerai pas d’épées ni de technique, mais je resterai dans le domaine des arts martiaux, et du Moyen-Âge, car nous allons parler d’armures.

 

Les armures, c’est génial.

Un personnage en armure, c’est le bien.

Un combat de personnages en armure, c’est la classe intégrale.

Avouons-le, quand on écrit de la fantasy, et surtout du médiéval fantastique, l’armure, c’est un peu un passage obligé.

 

 

 

 

Une armure, en quoi c’est fait ?

 

Il existe des armures en cuir, en tissus collés, en papier même, en bronze, mais le modèle qui je pense intéressera le plus les écrivains est celui en acier. Je laisse volontairement de côté les armures asiatiques pour ce billet, pour me concentrer sur la tradition occidentale.

 

Je commencerai par une typologie des armures. Attention, je vais vous donner ici des généralités, les grandes lignes en quelque sorte, mais il faut savoir que les évolutions ne sont jamais aussi nettes que ce qu’on voudrait bien croire, et que des périodes se chevauchent toujours.

 

 

Typologie des armures :

 

  • Les armures antiques

 

L’hoplite grec

Il s’agit d’un soldat armuré, dont l’équipement se compose d’un casque, d’une cuirasse, d’un bouclier et des cnémides (protège-tibias). L’ensemble est en général en bronze.

Si vous cherchez de l’iconographie à ce sujet, il y en a pléthore sur les vases grecs.

 

 

Le soldat romain

« Soldat romain » c’est vaste, vu que la domination romaine s’étend sur quelques siècles et que l’équipement du légionnaire a bien évidemment évolué. Cela dit, voici les principales pièces d’armures : un casque (galea), un plastron de plates (lorica segmentata), éventuellement une cotte de maille (même si les archéologues n’en ont retrouvé que quelques-unes et que ce genre de protection devait sûrement être anecdotique).

 

 

 

  • Le Haut Moyen-Âge (du Ve au XIe siècle)

 

À cette époque, l’armure de plate n’existe pas encore (elle apparaît plus tardivement). On porte pour se protéger la broigne : un plastron de cuir, sur lequel étaient attachées des mailles de fer. D’abord sans manche, elle évolue jusqu’à couvrir les épaules.

 

Pour se protéger la tête, on revêt le camail : sorte de coiffe en maille qui apparaît progressivement.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Vers 900, on commence à voir apparaître des casques ronds.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Moyen-Âge central (XIe, XIIe et XIIIe siècles)

 

À cette période, l’armure se développe pour devenir l’armure de plates ou harnois (armure complète) qui a marqué l’imaginaire collectif.

 

La broigne évolue pour devenir la cotte de maille. On y adjoint un plastron d’acier.

 

Côté tête, on voit apparaître des casques comme la cervelière ou le nasal, qui protègent le haut du crâne.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Le heaume devient plus courant à partir du XIIe siècle. Au départ, il n’est pas totalement enveloppant, il le devient au cours des siècles.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Autre modèle de casque : le bassinet.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Ou la salade

crédit : http://www.jmebert.com

 

Le gorgerin vient se placer autour du cou et protéger la gorge.

 

Pour les bras : on place aux épaules des spalières (plaques qui protègent les épaules)

Crédit : http://www.jmebert.com

 

puis des canons (protections d’avant-bras) et bien évidemment des gantelets.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

Pour les jambes : apparaissent les jambières ou grèves (qui protègent les mollets et genoux), les tassettes (lames de métal qui descendent sur les cuisses) et les solerets (sortes de chaussures en lamelles articulées, qui protégeaient les pieds des cavaliers).

Crédit : http://www.jmebert.com

 

 

  • Fin du Moyen-Âge et Renaissance (XIVe à la fin du XVIe siècle)

 

Cette période voit l’essor des armes à feu, dont l’utilisation change la donne en combat et modifie petit à petit les armures.

 

De l’époque, on peut retenir les armures gothiques ou maximiliennes, caractérisées par leur style très ouvragé.

Crédit : http://www.jmebert.com

 

La forme du plastron change et devient plus incurvée (formant une sorte de pointe vers l’avant).

 

Côté casque, on voit apparaître le morion (le casque des conquistadors)

 

 ou la bourguignotte.

 

Sur la fin de la période, les armures tendent à se simplifier : les solerets disparaissent, les tassettes diminuent.

 

 

 

 

Cette chronologie est très généraliste. Mon but n’est pas d’être exhaustive, mais de vous donner les différents repères et de vous présenter les différentes pièces qu’on peut trouver.

Il faut savoir qu’il existe beaucoup de modèles d’armures différents : piéton, cavalier, chevau-léger, armure de joute, armure de siège… Rien ne vous empêche (bien au contraire) de poursuivre vos recherches sur le sujet qui vous intéresse.

 

 

Vous trouverez ici une frise qui résume les différentes évolutions et vous donnera une idée des différentes silhouettes.

 

 

Porter l’armure

 

Commençons déjà par tordre le cou à plusieurs mythes :

 

— On ne porte pas l’armure à même la peau.

C’est inconfortable, c’est froid, et ça pince. De plus, il faut une couche entre l’armure et le porteur pour dissiper les chocs, sinon, c’est le corps qui prend directement, et c’est précisément ce qu’on veut éviter.

On porte donc l’armure sur des vêtements rembourrés : gambisons (qui lui-même pouvait servir de protections aux piétons) ou buffletins, selon les époques.

On peut aussi porter de la maille en dessous, aux ouvertures de l’armure notamment, mais toujours avec une épaisseur pour amortir.

 

— On n’enfile pas son armure seul.

C’est très compliqué de mettre son armure complète seul (notamment pour boucler le plastron et mettre le casque), il vaut mieux avoir quelqu’un pour assister à la manœuvre.

D’autant plus que si votre personnage a assez d’argent pour se payer une armure complète, il peut aussi avoir un écuyer qui l’aide à la mettre.

 

Vous trouverez ici une illustration qui montre les différentes couches d’une armure de type XVe siècle. Comme vous le voyez, c’est assez complexe.

 

— Ça prend des heures de se mettre en armure

Sans s’enfiler aussi rapidement qu’un T-shirt, un écuyer compétent peut équiper son chevalier en à peu près un quart d’heure (comptez plutôt une demi-heure pour des personnes moins expérimentées).

 

Vous trouverez ici une vidéo qui montre l’habillage. Elle dure une vingtaine de minutes et le monsieur en armure prend son temps de montrer pas mal de choses.

 

 

 

 

Une armure, ça protège comment ?

 

Une armure, on ne la porte pas pour faire joli (enfin, des fois si, mais j’y reviendrai).

Une armure, ça sert avant tout à éviter de mourir au combat. À ce titre, la pièce principale de l’armure, celle que votre personnage doit à tout prix porter s’il ne veut pas mourir, c’est le casque.

On le voit très rarement dans les films et séries, parce qu’il faut qu’on puisse reconnaître les personnages, et avec un casque, c’est moins pratique. Les auteurs n’ont pas cette contrainte, donc mettez des casques à vos personnages !

(Note : prenez exemple sur le manga Berserk, dans les volumes consacrés à la troupe de mercenaires. Ils vont au combat avec leurs casques et de mémoire, ça sauve la vie à Guts dans une ou deux occasions).

 

 

Abordons maintenant le degré de résistance des armures, car je sais qu’il y a pas mal d’idées préconçues de ce côté-là.

 

D’un côté, on a l’armure version feuille de papier : le moindre coup suffit à la percer et à la déchirer. Franchement, croyez-vous que les humains se seraient embêtés à fabriquer et à porter des armures durant des siècles si elles étaient aussi peu efficaces ?

Ceux que j’ai interrogés et qui ont porté l’armure en combat témoignent que, avec le bon « rembourrage » en dessous de l’armure, on sent les coups, mais sans réelle douleur.

 

À l’inverse, il ne faut pas croire que les armures étaient absolument indestructibles. Même la plus couvrante des armures a des défauts où une arme peut toucher : sous le gorgerin, sous le casque, sous l’aisselle, au creux du coude, dans la paume de la main, à l’arrière des genoux, sur le pied et sur le fessard.

 

Un bon moyen de nuire à adversaire en armure est de taper un de ces points, ou de faire tomber l’adversaire, et de l’immobiliser au sol avec une clé par exemple.

 

 

Et vu que l’être humain est un petit animal taquin qui adore se chamailler avec ses semblables et briser os et crânes, on a rapidement trouvé la parade aux armures.

 

L’armure protège bien, mais les chocs répétés peuvent occasionner des contusions, des fractures, ou même un bon vieux KO technique. Mes experts m’indiquent que c’est une chose intéressante à savoir si on veut malmener un peu un personnage sans le tuer.

 

Les armures sont de qualités différentes, celles de qualité moindre peuvent être percées par des flèches ou carreaux d’arbalètes. Les armes contondantes servent aussi contre un combattant en armure : marteaux d’armes, masses ou haches d’armes, par exemple (note : ces armes appartiennent à la famille des armes d’hast).

 

Mais finalement, les armes les plus efficaces sont les armes à poudre, qui auront petit à petit raison des armures en combat.

 

 

La mobilité en armure

 

Là aussi, c’est un questionnement qui revient souvent et qui accompagné en général de l’image d’un chevalier qu’un treuil doit hisser sur son cheval.

C’était vrai pour les armures de tournois, mais globalement, les armures étaient conçues pour permettre une certaine mobilité. La preuve en image. 

 

 

 

Alors oui, une armure, c’est lourd. Un haubert de maille pèse entre 12 et 20 kg. Une armure de plate complète peut monter jusqu’à 30 kg (rarement plus de 35 kg). C’est un poids qui peut impressionner, mais qui n’est pas plus élevé que celui de l’équipement d’un pompier ou d’un militaire. Si vous ne me croyez pas, regardez la vidéo.

 

 

Le poids est en plus réparti sur tout le corps et non sur un seul point. Rien d’insurmontable pour quelqu’un d’un peu entraîné.

 

Je n’ai pas encore eu la chance de porter une armure (j’en rêve…), mais j’ai interrogé plusieurs personnes (reconstituteurs, batteurs d’armure et chercheurs) qui ont porté, ou portent l’armure régulièrement.

Ce qui ressort, c’est qu’une bonne armure, bien adaptée à la morphologie n’est pas inconfortable et ne gêne pas les mouvements.

Au début, se mouvoir est étrange. Puis, on s’habitue à marcher avec un poids supplémentaire. Avec de l’entraînement, on peut se relever assez rapidement, sans trop de mal.

La respiration dépend du casque qu’on porte. Mais là aussi, avec un peu d’expérience, on apprend à gérer son souffle.

 

 

Le statut social de l’armure

 

C’est quelque chose qu’on oublie parfois : une armure, ça coûtait cher et ça prenait du temps à réaliser.

 

L’armure complète est un objet réservé à une élite. Les combattants de base se protégeaient plutôt avec des gambisons, ou des armures de cuir, ou quelques pièces d’armure. Certaines pouvaient d’ailleurs parfois être payées par le suzerain.

 

L’armure servait à protéger, mais aussi à montrer le pouvoir du porteur (donc oui, des fois, on portait une armure pour faire joli). Si vous avez l’occasion d’aller à Paris, je vous conseille le musée des Invalides, qui a une impressionnante collection d’armures princières (au département des armes et armures anciennes, de mémoire), toutes plus magnifiques les unes que les autres. Elles valent le détour et montrent bien le faste des armures d’apparat.

 

Sinon, vous pouvez vous rabattre sur le livre Sous l’égide de Mars : Armures des princes d’Europe

 

 

Les armures féminines

 

J’aimerais ici aborder un point qui me semble assez important pour les auteurs de fantasy : le cas des armures féminines.

Enfin, ça risque d’être plutôt un coup de gueule qui va se résumer en quelques mots : par pitié, oubliez les bikinis en côté de maille et autres armures qui tiennent plus de la lingerie que d’une véritable protection !

 

Outre le côté hyper sexualisation, et le fait de réduire une combattante à un objet de désir masculin, les armures féminines telles qu’on peut les voir souvent en BD, jeux vidéo et autres me gênent profondément parce qu’elles ne sont pas crédibles.

Comme je l’ai dit plus haut, le but premier d’une armure, c’est de protéger. Alors courir à la bataille en soutif de métal, avec le ventre à l’air, c’est moyen quand même.

 

Ce billet de blog explique pourquoi les nichons en métal, c’est pas l’idée du siècle en terme de protection (article en anglais).

 

 

Pour ceux qui voudraient de l’inspiration pour des armures féminines qui restent crédibles tout en étant esthétiques, vous pouvez jeter un coup d’œil sur le site Babes in armor.

 

Les armures SF

 

Pour avoir fait, et porté en GN, une armure de sœur de bataille de Warhammer 40k, je peux le dire : les armures version SF, ça envoie.

 

A peu près 6 mois de boulot…

 

Pas de grosses différences avec la structure d’une armure de plates pour moi, sauf qu’on épice tout ça avec des réacteurs et de l’armement lourd par exemple.

 

Je pense que pour des raisons de crédibilité il faut quand même limiter ce genre d’armures. Soyons réalistes (si, si, même avec des aliens et des vaisseaux), ce type de protection relève de la haute technologie et ne doit pas vraiment être accessible au commun des mortels.

En plus, d’un point de vue narratif, réserver ces armures, faire que votre héros doive combattre et se dépasser pour l’avoir, ça ajoute quand même du piquant et peut donner une bonne dynamique.

 

En conclusion, j’espère avoir été suffisamment claire et vous avoir aidé.

 

 

Je remercie pour la rédaction de cet article :

 

Gilles Martinez, de l’académie d’armes de Rochemaure (Qui m’avait déjà été pour mon article sur le combat épée et bouclier)

Jean-Marc Réchignac, batteur d’armures (Qui a fabriqué la plupart des armures en photo dans cet article).

Daniel Jacquet, docteur en histoire, université de Genève (Que vous avez pu admirer dans ces superbes vidéos)

Escrime pour les écrivains : Raconter une bataille

Arbo_-_Battle_of_Stamford_Bridge_(1870)

Comme je l’ai déjà dit dans mes précédents articles sur l’escrime pour les écrivains, j’ai une autre passion que l’écriture : l’escrime historique. Mon mari et moi pratiquons les AMHE (Arts martiaux historiques européens), discipline qui consiste à tenter de retrouver les techniques martiales d’époques. Nous travaillons sur des manuscrits italiens du XVIe siècle, mais quand l’occasion se présente, nous aimons expérimenter d’autres techniques.

Sous la direction de Gilles Martinez, de l’académie d’armes de Rochemaure, qui prépare un doctorat en archéologie expérimentale (Gilles Martinez qui m’a d’ailleurs aidée pour l’article sur le combat épée bouclier, encore merci à lui), nous avons participé à plusieurs expérimentations sur le combat en groupe au bouclier XIIIe siècle.

Nous nous sommes affrontés en groupes, au bouclier/lance et bouclier/épée une main. Cette expérience m’a appris beaucoup d’un point de vue martial, mais elle m’a permis aussi de réfléchir beaucoup à la manière dont se déroule un combat en groupe, et surtout comment on peut le raconter.

Parce que, ne le cachons pas, la bataille, c’est quelque chose qui revient assez souvent dans les romans des fantasy et que ce n’est pas forcément évident à raconter. Voici donc quelques trucs et astuces issus de la ma propre expérience.

Disclaimer : cette fiche est comme je l’ai signalée entièrement subjective, je ne prétends pas détenir une vérité absolue, je vous livre juste mon ressenti et mes analyses (mais bon, sachez quand même que je pratique les arts martiaux et l’écriture depuis plus de 15 ans, donc je ne suis pas une entière débutante). Je laisse donc de ce côté pour cette fois-ci la technique, pour plus vous parler de notions générales.

Notez également que je pars du principe que vous écrivez une scène de mêlée du point de vue de l’un, ou de plusieurs, des personnages, qui se trouve justement au cœur de combats. Je laisse de côté les points de vue plus « cinématographiques » (genre le général qui contemple la bataille et voit du coup les grands mouvements de troupes).

 

 

  1. Une mêlée, c’est le bazar

 

Pour moi qui aie plutôt l’expérience d’affrontements en un contre un, j’ai été assez désarçonnée dans les premiers assauts : ça tombe de tous les côtés. Vous combattez un adversaire, et hop, vous prenez un coup de lance en pleine tête parce que vous n’avez pas surveillé le bonhomme à votre gauche. Il faut faire attention à se protéger, à ne pas toucher les copains… Le stress monte, les gestes sont moins précis. Votre vision est limitée, vous ne voyez que très peu de choses au final. Il y a énormément de bruit (et encore, nous n’étions qu’une vingtaine, mais vingt mille, et nous n’avions pas les trompettes, tambours, cors et autres instruments qui accompagnaient souvent les armées).

Comme me l’a aussi fait remarqué Axis Mundi dans les commentaires, le terrain joue aussi beaucoup : l’herbe ça glisse, les pavés mouillés aussi. Le soleil aveugle rapidement, et ne parlons même pas des combats de nuit et de leur cruel manque de visibilité…

Bref, une bataille, c’est le bazar.

D’un point de vue martial, c’était une super expérience, car ça m’a forcée à être propre techniquement, à ne laisser aucune ouverture dans ma défense, sous peine de récolter un coup.

D’un point de vue d’écrivain, ça m’a ouvert des pistes sur la manière de raconter ça. Lorsqu’on est dans une mêlée, la perception du temps n’est pas la même. Un mouvement qui dure une fraction de seconde peut paraître ralenti. On éprouve tout le temps un sentiment d’urgence, il faut parer un coup, contre-attaquer, vérifier qu’on ne se fait pas contourner…

Lorsqu’on écrit une bataille, je pense qu’il faut garder à l’esprit cette idée d’urgence, ce rythme et le chaos qui règne, mais tout en restant compréhensible pour le lecteur (qui doit savoir ce qui arrive à qui, et à quel moment).

 

 

  1. Malgré tout, un combat de groupe obéit à certaines règles

 

Une fois passées les premières reprises, je trouve qu’on s’habitue au côté chaotique de la mêlée et qu’on découvre un avantage au combat en groupe : on n’est pas tout seul. Il y a toujours un camarade pour défendre un côté, surveiller les angles morts…

Le groupe où j’ai combattu avait peu d’expérience, nous nous connaissions, mais n’avions jamais vraiment combattu ensemble. Du coup, il nous a fallu un peu de temps pour nous habituer à prendre, et surtout garder des positions. En face de nous se trouvaient les élèves de Gilles Martinez, un groupe qui lui avait l’habitude des formations et maîtrisait bien mieux les différentes manœuvres. Autant vous dire qu’on s’est fait laminer une paire de fois (notamment une mémorable où ils étaient en infériorité numérique et ont quand même proprement éclaté nos lignes. Je peux vous dire que ça fait drôle).

Ce qui m’amène à dire que l’aspect chaotique de la mêlée sera nuancé par le degré d’expérience de votre/vos protagonistes : si votre personnage est un jeune fermier sorti de sa cambrousse, il ne connaîtra pas les manœuvres et le travail en groupe. À l’inverse, si vous écrivez sur un soldat de métier, il aura une vision beaucoup plus claire du champ de bataille. À vous de décider où vous placez le curseur.

 

 

  1. L’importance de l’entraînement et de la préparation

 

C’est un corollaire du précédent point : les groupes efficaces en combat sont ceux qui ont de l’entraînement, de la préparation et un bon équipement.

Pour bien décrire votre bataille, il faut déterminer le degré de préparation. Une bataille rangée préparée de longue date ne sera pas la même chose qu’une embuscade en forêt.

De la même manière, dans un combat en groupe, le chef joue un rôle crucial. Vous savez, le cliché du chef qui galvanise les troupes par sa simple présence et les pousse à se dépasser pour combattre ? Eh bien, je pense de plus en plus que ce n’est pas totalement un cliché…

Comme je l’ai dit, le groupe dans lequel j’ai combattu était composé de personnes possédant toutes une petite expérience martiale, mais n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble, ou des mouvements de groupe. Nous étions parfois (bon d’accord, souvent) désorganisés. À un moment, Gilles, l’organisateur des tests, est venu combattre avec nous et a joué le rôle du chef. Sa présence a changé beaucoup de chose. Avec quelqu’un d’expérimenté pour nous guider, les mouvements sont devenus plus fluides, les lignes se tenaient mieux, nous nous replacions avec plus d’efficacité et de rapidité.

Réfléchissez à l’organisation de votre groupe. Y a-t-il un chef ? Est-il compétent ? Va-t-il mourir dans la bataille ?

 

 

  1. Le degré de violence

 

Lors d’un combat de groupe, on prend des coups. Point à la ligne, il n’y a pas à discuter.

Comme en duel, en fait, la moindre erreur d’inattention est sanctionnée. Et en plus, ça tombe de plusieurs côtés à la fois. Même si on est bien protégé, il reste toujours des zones un peu moins couvertes. Et même avec des protections, les coups peuvent faire mal. Pour moi, aucune chance de sortir de ce genre d’affrontement totalement indemne.

Note annexe : attention tout de même à ne pas en faire trop. Des expériences ont été menées à ce sujet, qui ont révélé qu’un gambison arrête plutôt bien les coups de taille. La maille protège bien des coups de taille et des coups d’estoc. Quand aux armures, si on pouvait les détruire aussi facilement que ce qu’on voit dans les films, je pense que les humains ne se seraient pas embêtés à les fabriquer et les porter durant des siècles. Ceux que le sujet intéresse peuvent consulter mon article sur les clichés à éviter, et sur le combat à l’épée et au bouclier.

Ceux qui ne veut pas dire que participer à une bataille signe forcément l’arrêt de mort et qu’il faut à tout prix mutiler ses personnages, non.

Généralement, surtout si on se place dans un contexte fantasy, on ne va pas combattre à poil, mais avec un minimum d’équipement. Sans aller jusqu’à l’armure complète, les soldats étaient un peu équipés (casques, jambières, boucliers, vestes rembourrées, plastrons).

De ma propre expérience, on apprend assez rapidement à utiliser les protections pour limiter l’impact des coups : présenter plutôt le haut du crâne, protégé par le casque, que le visage découvert, garder son bouclier bien contre soi…

Par contre, si vous envoyez vos personnages au cœur d’une mêlée sans équipement ni rien… euh, on va dire que j’espère pour eux qu’ils courent vite, ou qu’ils ont de bons pouvoirs magiques. Et surtout, par pitié, oubliez le personnage qui jette son casque et qui, cheveux aux vents, va dégommer de l’orque (ou toute autre bestiole tendance chaotique mauvaise).

La question du gore : les blessures par armes blanches c’est sale. Celles par armes contondantes encore plus. À vous de déterminer, en fonction de la tonalité de votre histoire à quel point vous allez décrire précisément les blessures qui surviennent au cours du combat.

 

 

  1. Les héros meurent rapidement

 

Grosse déconvenue pour moi, qui ait plutôt un tempérament de fonceuse, les héros meurent rapidement. Vous pouvez foncer sur l’ennemi et peut-être percer ses lignes, mais il y a de fortes chances que vous restiez sur le carreau (j’ai essayé en GN et j’ai trépassé. J’ai essayé en combat bouclier/épée et j’ai pris des coups)

Dans une bataille, la meilleure garantie de survie réside dans la cohésion du groupe. Comprenez que tant que vous restez à portée de vos camarades, ils peuvent vous protéger. Celui qui s’amuse à jouer les héros et à foncer tout seul sur les ennemis risque de connaître une existence aussi mouvementée que brève.

Ce qui ne signifie pas que vous deviez renoncer à toute action d’éclat. Bien au contraire. Pour moi, les actions d’éclat représentent l’articulation d’un combat. Ce sont les moments marquants, c’est pour ça que le lecteur va lire la bataille, parce qu’il est attaché aux personnages et qu’il a envie de voir ce qu’ils vont faire.

Ces actions héroïques doivent être plausibles, sous peine de détruire la suspension d’incrédulité et de faire décrocher le lecteur. Elles doivent aussi être préparées en amont par le déroulement du combat.

 

 

En conclusion

J’espère que ces quelques notes vous auront aidé.

J’encourage tous les écrivains à tester au moins une fois dans leur vie un combat en groupe. Le plus simple (et le moins dangereux) serait une mêlée de GN (jeux de rôle grandeur nature, qui se pratique avec des épées en mousse). Vous verrez, ça change la perspective.

 

Si on résume, avant d’écrire un combat de groupe, voici quelques points à vérifier :

— Qui sont les protagonistes par les yeux desquels vous allez raconter le déroulement des événements ?

— Ont-ils de l’expérience martiale ? Ont-ils déjà combattu dans un groupe ? Vont-ils combattre avec des gens qu’ils connaissent ou avec des inconnus ?

— Le groupe est-il organisé ? S’attend-il à l’attaque ? Quel est son degré de préparation ?

— Quel est le degré de réalisme que vous êtes prêts à intégrer au niveau de la violence et des blessures ?

— Quelles seront les actions d’éclat et les moments marquants de la bataille ? Comment allez-vous les amener pour que le lecteur ne se dise pas que c’est complètement irréaliste et tiré par les cheveux ?

 

 

Si vous avez d’autres suggestions, vos propres trucs, des éléments que vous aimez retrouver dans les batailles et dont je n’ai pas parlé ici, n’hésitez pas à m’en faire part, je suis preneuse !

En attendant, bonne écriture !

Writing excuses : Introduction au concept de genre

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Writing Excuses revient pour une 11ème saison !

La dernière saison avait constitué une masterclass géante, abordant tous les mois un aspect différent de l’écriture d’un roman. Cette année, l’équipe de Writing excuses s’attaque aux différents genres élémentaux. 

Chaque mois sera organisé en leçon, avec à chaque fois des épisodes traitant d’un genre donné, et un épisode « libre », sur un sujet donné. 

On commence par le premier mois de cette master class : l’introduction au concept de genre. 

 

Épisode 1 : une introduction aux différents genres

Les genres : pour beaucoup, c’est la fantasy, la SF…, les différents rayons qu’on trouve dans une librairie. Pour les auteurs, c’est un concept plus vaste, qui inclut des notions fines, comme le sens de l’émerveillement et le mystère. C’est ce qu’on va trouver dans les livres, mais pas dans les rayons (il y a un rayon fantasy, mais pas de rayon fantasy avec une touche de réalisme, ou fantasy polar…). Une histoire n’est jamais une seule chose. Ex. Avengers, c’est à la fois un film de super héros et un film d’ensemble de personnages.

Les genres qui seront traités : L’émerveillement, les idées, l’aventure, l’horreur, le mystère, le thriller, l’humour, les relations, le drama, les problèmes, les ensembles de personnages.

 

Exercice : Prendre l’histoire sur laquelle on travaille, identifier le genre principal et l’émotion principale.

 

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