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Mécomptes de fées – Terry Pratchett

Résumé

Une mission de tout repos pour trois sorcières de haut vol (Air Balai) : empêcher les épousailles d’une servante et d’un prince. Pas de quoi impressionner Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail. Oui, mais : 1. Ça se passe à l’étranger (beurk !), dans la cité lointaine de Genua. 2. Que faire d’une baguette magique de seconde main qui ne sait que transformer les choses en citrouille ? 3. Comment s’opposer au pouvoir irrésistible des contes s’ils sont manipulés par la redoutable « bonne fée » Lilith ? N’est-ce pas le merveilleux destin d’une servante que d’épouser le prince ? Comme celui des mères-grands de se faire dévorer par le loup ? Tel n’est pourtant pas l’avis de madame Gogol, la sorcière vaudou des marais de Genua. « enco an piti zassiette di gombo, ma chè ? »

 

Mon avis

J’ai une affection toute particulière pour les Terry Pratchett mettant en scène les sorcières. Je trouve qu’il a vraiment réussi à dépeindre des femmes fortes, importantes dans leur communauté, mais chacune avec leurs défauts et les choix qu’elles doivent porter.

J’aime beaucoup Mécomptes de fées parce qu’il ajoute à cela une parodie des contes de fées.

 

On retrouve donc Mémé Ciredutemps, qui se retrouve à devoir aller à Genua avec Nounou et Magrat, alors qu’on leur a bien spécifié de ne pas y aller.

 

Toute la première partie qui raconte leur voyage est absolument truculente. J’ai lu ce livre plusieurs fois, mais à chaque lecture je ris autant. Nains, vampires et toréadors n’ont qu’à bien se tenir et surtout, à ne pas sous-estimer les petites vieilles.

Ils vont également croiser nombre de personnages de contes de fées : le grand méchant loup, le petit chaperon rouge, Cendrillon. C’est assez drôle de repérer les clins d’œil et de voir comment les contes de fées s’articulent avec les pouvoirs des sorcières.

 

Le roman prend un tour plus sombre lors de l’arrivée à Genua, quand entre véritablement en scène Lady Lilith, qui a un lien tout particulier avec Mémé Ciredutemps.

Les contes sont ici pervertis par Lady Lilith, qui veut faire de Genua une cité où tout le monde est heureux, qu’il le veuille ou non.

Le personnage est assez glaçant, parce qu’elle est persuadée d’être la bonne sorcière et d’agir pour le mieux. J’ai beaucoup aimé la confrontation entre sa vision et celle de Mémé, et la manière dont chacune utilise son pouvoir.

Tout le passage au bal est à la fois hilarant (car les sorcières tentent d’infiltrer un bal masqué) et absolument épique.

 

Genua est aussi très réussie : plutôt que d’avoir une ville typique de conte de fées, Pratchett la métisse avec des influences Louisianaises. Certains personnages parlent une sorte de créole, on pratique le vaudou, les habitants aiment faire la fête et Nounou découvre le rhum et les bananes.

 

Côté personnages, on retrouve le trio formé par Magrat, Nounou et Mémé (alias la pucelle, la mère et… l’autre). Lilith est haïssable et effrayante, Madame Gogol, la sorcière vaudoue est un personnage qui commence comme une caricature, mais qui révèle beaucoup de subtilités. Mon petit chouchou sur ce tome, c’est Gredin, le chat de Nounou, qui va jouer un rôle à la fois important et inattendu. Un des grands moments du livre.

 

En résumé : un de mes pratchett préférés, que je ne me lasse pas de relire.

Accros du roc

Résumé

Suzanne est une jeune étudiante discrète. Si discrète qu’elle devient très souvent invisible.
Un beau jour, la Mort aux Rats vient la chercher : son grand-père, la Mort en personne, vient d’avoir une petite crise existentielle et a délaissé ses affaires courantes. Suzanne doit assurer l’intérim. Pendant ce temps-là, un jeune barde débarque en ville, accompagné d’une étrange guitare.
Le premier concert — illégal — est un feu d’artifice : le premier Groupe de rocs du Disque-Monde vient de se créer et fait un sacré remue-ménage à Ankh-Morpork ! Mais cette guitare met le barde en danger de mort, et Suzanne devra intervenir… Roc and troll, quand tu nous tiens !

Mon avis

Oui, je sais, encore un Terry Pratchett. Mais que voulez-vous, j’aime tellement les romans du Disque-Monde qu’il faut que je les relise régulièrement.

C’est au tour d’Accros du roc, qui met pour la première fois en scène Suzanne, petite fille de la Mort.

J’aime beaucoup ce personnage, jeune fille élevée dans l’amour de la logique et des études et qui découvre sa filiation pour le moins… encombrante. Suzanne est forte, mais en même temps touchante, j’aime beaucoup la relation qu’elle a avec la Mort (« tu as les genoux cagneux ! »).

Ce dernier (on ne reviendra pas dessus ^^) aussi a énormément évolué depuis ses premières apparitions. Il apparaît ici presque humain, tiraillé entre le devoir et la volonté de faire évoluer les choses.

Sa crise de conscience en tout cas met Suzanne dans la panade, et offre au lecteur des moments à la fois savoureux et riches en émotion.

 Parallèlement, se continue l’exploration des Arts. Après le cinéma dans les Zinzins d’Olive Oued, Pratchett s’attaque ici à la musique, et plus particulièrement au rock, grâce à un barde qui tombe sous l’emprise d’une guitare enchantée.

À partir de là, le Disque-monde découvre le rock, et tout le monde est touché par le sortilège. Notamment les mages. J’avoue que les passages avec le Doyen et sa bande sont parmi les plus réussis du livre. C’est tellement bien vu dans les réactions (comme souvent chez Pratchett).

Il y a aussi beaucoup de clins d’œil, que ce soit avec les titres des chansons, les noms des groupes et des personnages. J’en ai repéré pas mal, mais je pense ne pas tout avoir.

À ce titre, la couverture de Simonetti est vraiment réussie.

Le tome met un petit moment à démarrer, le temps que les lignes narratives convergent, mais le final est vraiment très bon. Carrément explosif !

Le Régiment Monstrueux

Le Régiment monstrueux

Résumé

Le frère de Margot Barrette est parti au front et ne donne plus de nouvelles. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme se déguise en homme et s’engage dans l’armée. Ce qui brave tous les interdits de son pays, la Borogravie, où les femmes n’ont même pas le droit de porter des pantalons… Voilà Margot plongée en pleine guerre, entourée par de nouvelles recrues tout aussi inexpérimentées qu’elle — dont un vampire, un troll et Igor — sous la houlette d’un caporal sadique. Ce monstrueux régiment saura-t-il vaincre l’ennemi ?

Mon avis

On continue la relecture du Disque-Monde, avec cette fois-ci un arrêt dans la Borogravie, petit pays inspiré de l’Europe de l’Est, et qui est en guerre avec ses voisins depuis des temps immémoriaux.

Dans ce contexte troublé, on rencontre Margot, héroïne très Pratchettienne (débrouillarde, vive, et assez dure de caractère) qui se déguise en homme et s’engage dans l’armée pour retrouver son frère. Elle est intégrée au sein d’une escouade, et découvre assez rapidement qu’elle n’est pas la seule femme à s’être travestie, loin de là.

On retrouve comme d’ordinaire chez Pratchett un côté assez burlesque et une bonne dose d’humour. J’avoue avoir hurlé de rire devant certaines répliques, la plupart du fait de Jackrum.

C’est drôle et rythmé, mais comparé à d’autres tomes du disque-monde, ici, l’humour est plus volontiers grinçant, car Le Régiment Monstrueux est l’un des romans les plus sombres de la série.

Il est question de guerre, avec toutes ses atrocités et ses horreurs. Le conflit est ici absurde, mais également meurtrier. Les jeunes recrues ne sont pas épargnées et le lecteur non plus. On ressent bien le désespoir et la folie de ce pays, engagé dans une guerre centenaire dont il n’arrive pas à se dépêtrer.

C’est aussi un roman sur la condition et le rôle des femmes. Là aussi, les règles de Borogravie sont dépeintes comme absurdes, et Pratchett réussit bien à rendre le carcan dont Margot et les autres sont victimes.

Le Régiment monstrueux parle de viol, de torture, de sévices physiques et psychologiques. Quand on apprend l’histoire de certains des personnages, on frissonne à l’idée de ce qu’elles ont enduré. On comprend pourquoi l’Asperge adore le feu, ou pourquoi Alice est cinglée.

Le roman aborde aussi la question de la représentation des sexes : qu’est-ce qu’une femme ? Comment se définit-elle ? Si on porte un pantalon et une paire de chaussettes comme rembourrage (ça fait sens dans le contexte, promis), est-ce qu’on reste une femme ? Que faire quand les chaussettes commencent à penser à votre place ?

Comme d’habitude chez Pratchett, c’est traité avec beaucoup de subtilité et de pudeur (à noter aussi que ce roman met en scène une couple de lesbiennes, et il me semble que c’est une première dans le Disque Monde).

En résumé, si vous cherchez une lecture légère, je vous conseillerai plutôt un autre tome, mais si vous avez envie d’une histoire profonde, rythmée, drôle et poignante à la fois, Le Régiment Monstrueux est fait pour vous !

Le cinquième éléphant, Terry Pratchett

 

 

Résumé

Überwald est la contrée des Nains, des vampires et des mines de graisse, grâce au cinquième éléphant – parmi ceux qui soutiennent le monde – qui s’est écrasé sur ces terres. Alors que les Nains sont sur le point de couronner leur nouveau roi, les loups-garous fomentent un coup d’État.

C’est dans cette atmosphère tendue que débarque le commissaire Samuel Vimaire, ambassadeur d’Ankh-Morpork, chargé de négocier une nouvelle livraison de graisse antique et d’assister à la cérémonie. Or rien ne se déroule comme prévu…

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Mon avis

Avant de mettre mes livres en carton, pour cause de déménagement, j’ai eu envie de me relire un Pratchett, et mon choix s’est arrêté sur celui-ci.

J’adore les histoires du guet, et j’aime beaucoup Vimaire, parce que, voilà quoi ! Cette image (illustration de Paul Kidby) résume bien le personnage.

Vimaire

Pour le Cinquième éléphant, direction l’Uberwald, qui a de faux airs de Transylvanie avec ses loups-garous, ses vampires, et ses Igors (mais attention à ne pas confondre Igor du guet, Igor de la famille Von Uberwald, ou l’Igor de Dame Margolotta).

Vimaire se retrouve à devoir jouer les diplomates, ce qui, connaissant son caractère, est assez jouissif. On comprend pourquoi Vétérini l’a appointé à ce poste.

Comme d’ordinaire, Vimaire ne peut rester en place, surtout pas quand un crime est commis et qu’il renifle les relents de manipulations.

L’intrigue est bien menée, sans temps mort. Tout s’enchaîne bien, jusqu’aux révélations finales. Même en connaissant la fin, c’est un plaisir de relire cette histoire et de s’amuser à voir les indices laissés par Pratchett au fil du texte.

Le Cinquième éléphant comporte aussi une part de réflexion et de critique. Les loups-garous font quand même furieusement penser à divers groupes extrémistes, qu’on peut hélas croiser dans le monde réel. Le livre aborde les thématiques du racisme, du poids des traditions et de la volonté de changement.

Pratchett introduit là des thèmes qui seront exploités dans les tomes suivants, notamment le conflit Nains/Trolls qui atteint son paroxysme dans Jeux de nains.

Le tome permet aussi de développer la relation entre Angua et Carotte. On comprend mieux les réticences de cette dernière à s’engager, et la peur qui la hante. Franchement, vu la famille qu’elle se trimballe, elle s’en tire plutôt bien niveau santé mentale.

Le Cinquième éléphant fait aussi, comme tous les Pratchett, la part belle à l’humour. Il y a de vrais moments de bravoure, comme la fuite de Vimaire contre les loups, ou Sybil qui chante de l’opéra nain (cela fait sens dans le contexte, je vous l’assure).

En résumé

Un très bon livre, à la fois drôle, divertissant et très riche